‹ Œuvres;Chapitre 94 sur 422 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

HERMIONE

Ah ! falloit-il en croire une amante insensée * ? 1 5 4 5

Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée?

Et ne voyois-tu pas, dans mes emportements,

Que mon cœur démentoit ma bouche à tous moments?

Quand je Faurois voulu, falloit-ii y souscrire?

N'as-tu pas dû cent fois te le faire redire ? 1 5 5 o

Toi-même avant le coup me venir consulter,

Y revenir encore, ou plutôt m'éviter?

Que ne me laissois-tu le soin de ma vengeance?

Qui t'amène en des lieux où l'on fuit ta présence?

Voilà de ton amour le détestable fruit: i5 55

Tu m'apportois, cruel , le malheur qui te suit.

C'est toi dont l'ambassade, à tous les deux fatale ,

sentiment qui remplisse l'âme. C'est ainsi que Talma conçoit la situation : un cri s'échappe du cœur d'Oreste ; il dit les premiers mots avec force , et ceux qui suivent avec un abattement toujours croissant : ses bras tombent, son visage devient en un instant plus pâle que la mort, et l'émotion des spectateurs s'augmente à mesure qu'il semble perdre la force de s'exprimer. » (Mme de Staël, de V Allemagne, 2« partie, chapitre xxvii.) Est-ce à dire qu'à la différence de le Kain, Talma, ne tenant nul compte de la ponctuation, telle que la donnent toutes les anciennes éditions , n'insistait pas sur chaque circonstance de l'ordre? Il est difficile de le croire. — Dans ce beau dialogue Racine n'a certainement pas songé à imiter Shakspeare. Mais voici une rencontre singulière. Dans la tragédie du Koi Jean^ le Roi dit à Hubert, l'assassin d'Arthur :

/ had mightj cause

To wish him dead^ but thou hast none to 'hill him.

Hubert lui répond :

Had none^ Mylord! TVhy? did you not provoke me?

I. Un nouvel emprunt, plus heureux que le premier, paraît à M. Piccolos, dans les notes déjà citées de sa traduction de Bernardin de Saint-Pierre, avoir été fait ici par Racine au roman d'Héliodore. Il compare ces reproches d'Hermione à Oreste à ceux que Déménète, cette autre Phèdre, fait à Thisbé sa complice, après que toutes deux ont réussi à perdre Cnémon. Nous ne citerons pas le passage d'Héliodore : si l'on y trouve , dans une situation analogue, un sentiment et un mouvement passionné qui rappellent ces vers d'Andromaque, l'expression diffère. On pourrait seulement rapprocher du vers i56o, « il m'aimeroit peut-être..., » cette phrase : tu^^ov àv f/.sTS7V£((jd-/] )(p6vc^ Tcpà^ to vj/AîpoJTcpov. » Voyez le livre I des Ethioviques j chapitres xiv et xv.

ANDROMAQUE

L'a fait pour son malheur pencher vers ma rivale.

Nous le verrions encor nous partager ses soins;

Il m'aimeroit peut-être, il le feindroit du moins. i 5 6o

Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Epire :

Je renonce à la Grèce , à Sparte , à son empire ,

A toute ma famille ; et c'est assez pour moi ,

Traître, qu'elle ait produit un monstre comme toi *.

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