SCENE IV
ORESTE, seal^
Que vois-je ? est-ce Hermione ? Et que viens-je d'entendre ? Pour qui coule le sang que je viens de répandre? Je suis, si je l'en crois, un traître, un assassin. Est-ce Pyrrhus qui meurt? et suis-je Oreste enfin? Quoi? j'étouJQPe en mon cœur la raison qui m'éclaire*, J'assassine à regret un roi que je révère ^ ; 1570 Je viole en un jour les droits des souverains, Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains,
1. Dans l'édition de lySô, dans celles de Luneau de Boisjerraain, de Geoffroy et de M. Aimé-Martin on lit ainsi ce vers :
Traître, qu'elle ait produit un monstre tel que toi.
Dans l'édition de 1668, Hermione, après ce vers, ajoutait en s'adressant à Aiidromaque :
Allons, Madame, allons. C'est moi qui vous délivre. Pyrrhus ainsi l'ordonne, et vous pouvez me suivre. De nos derniers devoirs allons nous dégager. Montrons qui de nous deux saura mieux le venger.
2. Au lieu d'oRESTE, seul, les éditions de 1668 et de 1673 portent : orestk, Soldats Oreste.
3. « La manière dont Talma récite ce monologue est sublime. L'espèce d'innocence qui rentre dans l'âme d'Oreste pour la déchirer, lorsqu'il dit ce vers :
J'assassine à regret un roi que je révère,
inspire une ])itié que le génie même de Racine n'a pu prévoir tout entière. » (Mme de Staël, de V Allemagne, 2" partie, cliajntre xxvii.)