CHAPITRE PREMIER
SXTIIfCTIOIflKS PLÉBÉIEIfS PAUVRES, REMPLACtS SAHS LA CVLTrEB PAS LES B8CLATB8, DANS LA CITÉ PAR LES AFFRAHCHIS. — LUTTE DES RICHES ET CHEVALIERS COITTRE LES IfOBLES. TRIBUN AT BES GRACCHB8, 188-1». LES CHEVALIERS BlILfeVERT AUX NOBLES LE POUVOIR JUDICIAIRE.
Au moment où tous les rois de la (erre venaient rendre hommage au peuple romain, représenté par le sénat, ce peuple s'éteignait rapidement. Consumé par la double action d*nne guerre éternelle et d'un système de législation dévorante , il disparaissait de l'Italie. Le Romain, passant sa viedansles camps,
1 Cette troisième période reproduit la première. La lutte des nobles et des chevaliers répond à celle des patriciens et des plébéiens. La guerre êociale à la guerre dee Samniteê , la guerre des Gaulois tranêolpins à celle des ciêalpina, — Sylla est an Appius, César un «S'ctpion, etc.
' Plaçons ici quelques notes ingénieuses de M. Comte, Traité de législation, 4« vol., sur Tesclavage : « Silence général de Tbistoire sur les populations esclaves. Trois Âges : antiquité , féodalité, colonies modernes; esclavage domestique, esclavage de la glèbe, nègres. — Les races libres de Pantiquité devenaient belles : lo par une vie d^exercices continuels; 9o par leur mélange avpc les plus belles femmes esclaves ; mais les races inférieures se détérioraient d'autant. — Les citoyens des. peuples anciens étant égaux entre eux, Thomme avait besoin d'pgir sur Thomme (sciences morales, politique, éloquence); mais leurs esclaves les dispensaient d^agir sur la nature ( point d'arts industriels ). Lorsque les maîtres furent asservis eux-mêmes, tout s'éteignit. — Sous le régime féodal, les maîtres étant soumis à une hiérarchie 6xe, n'avaient pas besoin d'agir les uns sur les autres , par la puissance de l'esprit; de là , etc. — L'esclavage nuit non-seulement aux maîtres et aux esclaves, mais aux hommes libres qui n'ont pas d'esclaves: lo il compromet la condition des hommes libres. Dans l'antiquité, les peuples étaient ennemis, aucun homme libre n'osait émîgrer isolément (Virginie, — danger des hommes de couleur en Amérique ) ; fo les hommes
au delà des mers , ne revenait guère visiter son petit champ. La plupart n'avaient plus même ni terre, ni abri, plus d'autres dieux domestiques que les aigle» des légions. Un échange s'établissait entre l'Italie et les provinces. L'Italie envoyait ses enfants mourir dans les pays lointains, et recevait en compensation des millions d'esclaves'. De ceuxci, les uns, attachés aux terres, les cultivaient et les engraissaient bientôt de leurs restes'; les autres, entassés dans la ville, dévoués aux vices d'un maître, étaient souvent affranchis par lui', et devenaient citoyens. Peu â peu les fils des affranchis furent seuls en possession de la cité, composèrent le peuple romain, et sous ce nom donnèrentdes lois au monde. Dès le temps des Gracches, ils remplissaient presque
libres restent inactifs , de peur d*étre méprisés ; S» ils ne peuvent se procurer un travail régulier ; A^ à mesure que les esclaves devinrent nombreux à Rome , ils cultivèrent les terres; les petits propriétaires disparurent ; l'agriculture étant trop compliquée pour des es^ claves, tout fut changé en pâturages. — Une partie de la population travaillant machinalement d'après les ordres de l'autre , les sciences , les arts, Pindustrie , tombèrent en décadence. Le conquérant romain , devenu maître d'un homme libre et industrieux , donnait les ouvrages de cet homme pour modèles à ses esclaves. Lorsqu'il n'y eut plus d'hommes industrieux à subjuguer , les esclaves ne furent plus instruits que par les esclaves. Les ouvrages devinrent de plus en plus grossiers. Les maîtres eux-mêmes ne souhaitaient pas mieux. Cherté de la main d'œuvre; ni machines,. ni divisioa du travail, etc. «
' On s'étonnera moins de la rapide extinction des esclaves , si l'on songe qu'ils étaient traités comme choses et non point comme hommes. Dans leur définition du mot servi, JElius Gallus et Cicéron comprennent les chevaux et les mulets. Varron compte les esclaves parmi les instruments aratoires.
* Ceux-ci même laissaient rarement une famille. Le maître affranchissait ordinairement l'esclave , sons la condition expresse qu'il ne se marierait point , pour que tout le bien qu'il pourrait acquérir revint au patron par héritage. Auguste défendit d'exiger ce serment. Dio., XLVII, 14.
seuls le Forum. Un jour quHls interrompaient par leurs clameurs Scipion Émiiien , il ne put endurer leur insolence , et il osa: leur dire : Siience , faux fils de V Italie ^ ! Et encore : Fouê aveM beau faire, ceux que j'ai amenés garrotiés à Borne, ne me feroni jamais peur, tout déliés qu'ils sont maintenant. Le silence dont fut suivi ce mot terrible, prouve assez qu'il était mérité. Les affranchis craignirent qu'en descendant de la tribune , le vainqueur de Carlhage et de Numance ne reconnût ses captifs africains ou espagnols, et ne découvrit sons la toge les marques du fouet.
Ainsi un nouveau peuple succède au peuple romain absent ou détruit. Les esclaves prennent la place des mattres, occupent fièrement le Forum, et dans ces bizarres saturnales, gouvernent par leurs décrets les Latins, les Italiens qui remplissent les légions. Bientôt il ne faudra plus demander où sont les plébéiens de Rome. Ils auront laissé leurs
1 a Taceant, qaibu8 Italia noverca est ; non efficietis
• at solutos verear, qaos alligatosadduzi. » Val, Max., VI, 9. — « Hostiam armatorum toties clamore non ter- » rit us, qai possam vestro laoveri, quorum noverca est
• Italia. » Veli. Pat., II, cil.
' En comparaison des flottes de la première guerre punique, où combattirent jusqu^à sept cents quinquérèmes, celles des successeurs d^Alexandre , des guerres médiques, et de la guerre du Péloponèse, étaient peu de chose; on n^y employait que de simples trirèmes... Comment se fait-il que les Romains, maîtres du monde, ne paissent plus équiper de si grandes flottes? s Polyb., lib. I.
' Tit.-Liy., XLIÏ, c. 34 : « Dès que le consul eut fini de parler, Sp. Ligustinus, un des centurions qui avaient CD recours à la protection des tribuns, demanda la permission d'adresser quelques mots au peuple, et Tobtint sans difficulté : « Romains, dit-il, je suis Sp. Ligustinus, né au pays des Sabins, dans la tribu Crustumine. Mon père m*a laissé pour' héritage un arpent de terre et la chaumière où je suis né , où j^ai été élevé , et où j'habite encore aujourd'hui. Quand je fus en âge de me marier, il me fit épouser la fille de son frère, laquelle ne m'apporta d'autre dot que la liberté , la vertu , avec une fécondité suffisante, même pour une maison riche. De cette union sont nés six. fils, et deux filles déjà mariées Tune etTautre. Quatre de mes fils ont la robe virile , les deux autres portent encore la prétexte. J'ai donné mon nom à la milice sous le consulat de P. Sulpicius et de C. Aurelius; j'ai servi deux ans comme simple soldat contre Philippe, dans l'armée qui a passé en Maeédoine; la troisième année, T. Quintius Flaminius m*a donné, pour prix de mon courage, le comman<> dément de la dixième compagnie des kastats. Après la défaite de Philippe et des Macédoniens , lioenoié avec mea camarades et ramené en Italie , j*ai suivi, comme volontaire, le consul Porcius Caton en Espagne. Tous ceux que de longs services ont mis à portée de le connaître , savent que , parmi les généraux existants , le
OS sur tons les rivages. Des camps , des urnes , des^ voies éternelles, voilà tout ce qui doit rester d'eux.
Veut-on savoir dans quel état de misère et d'épuisement se trouvait le peuple dès le commencement de la guerre contre Persée '? qu'on lise le discours d'un centurion qui , comme plusieurs autres , avait eu recours à la protection des tribuns , pour ne pas servir au delà du temps prescrit ". A cinquante ans, ce vaillant soldât n'avait qu'un arpent pour nourrir sa nombreuse famille. Il est évident que la multitude des pauvres légionnaires no subsistait que des distributions d'argent qui se fai> saienià chaque triomphe. La plupart n'avaient plus de terres , et quand ils en eussent eu , toujours éloignés pour le service de l'État, ils ne pouvaient les cultiver. La ressource insuffisante et précaire des distributions ne leur permettait guère de se marier ou d'élever des enfants. Le centurion que
courage n*a pas de témoin plus éclairé ni de meilleur juge. Ce général m*a cru digne du grade de premier centurion dans le premier manipule des bastats. J'ai pris parti , pour la troisième fois , comme volontaire dans l'armée envoyée contre Antiochus et les Étoliens, et dans cette guerre , Manius Acilius m'a fait premier centurion du premier manipule des princes. Après Texpulsion d'Antiochus et la soumission des Êtoliens, nous sommes revenus en Italie, où je suis resté deux ans sous le drapeau. Ensuite, j'ai servi encore deux ans en Espagne, d'abord sous les ordres de Q. Fulvius Flaccus, puis sous le préteur T. Sempronius Gracchus. Je fus du nombre de ceux que Flaccus ramena pour partager l'honneur de sou triomphe; mais je ne tardai pas à retourner dans cette province, à la prière de T. Gracchus. En très-peu d'années , j'ai quatre fois été mis à la léte de la première centurie de ma légion ; trente - quatre fois mes généraux ont accordé à ma valeur des récompenses militaires, entre lesquelles sont six couronnes civiques ; je compte déjà vingt- deux ans de service, et j'ai passé cinquante ans. Quand même je n'aurais pas fait mon temps, quand même mon âge ne serait pas un titre d'exemption , pouvant fournir quatre soldats k ma place , j'aurais le droit de demander ma retraite. Voilà ce que j'ai à dire dans la cause qui m'est personnelle. Cependant, tant que les officiers chargés des enrôlements me jugeront propre à servir l'État , on ne m'entendra point alléguer d'excuse. C'est aux tribuns des soldats à juger de quel grade ils me croient digne, et c'est à moi de faire tous mes eflbrts pour ne céder à personne le prix de la valeur, comme je l'ai fait jusqu'à présent. Mes généraux et tous ceux qui ont servi avec moi peuvent témoigner si je dis vrai. Imitez-moi, mes vieux camarades; quelque soit votre droit d'en appeler, comme, dans votre jeunesse, il ne vous est jamais arrivé de résister à l'autorité des magistrats , il est digne de vous de rester soumis au sénat et aux consuls. Croyezmoi , tous les postes sont honorables pour qui défend sa patrie, » Trad^ dt M, Noël,
HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE
le sénat fit parier ainsi devant le peuple, était sans doate un modèle rare qu'on lui proposait.
Indépendamment de la rapide consommation d*hommes que faisait la guerre , la constitution de Rome suffisait pour amener à la longue la misère et la dépopulation. Cette constitution était, comme nous allons le prouver, une pure aristocratie d*argent. Or , dans une aristocratie d*argent sans industrie, c'est-à-dire sans moyen de créer de nouvelles richesses , chacun cherche la richesse dans la seule voie qui puisse suppléer à la production, dans la spoliation. Le pauvre devient toujours plus pauvre , le riche toujours plus riche. La spoliation de l'étranger peut faire trêve à la spoliation du citoyen. Mais tôt ou tard il faut que celui-ci soit ruiné , affamé , qu'il meure de faim , s'il ne périt à la guerre.
La vieille constitution des curies patriciennes, où les pères des getttes, seuls propriétaires, seuls juges et pontifes , se rassemblaient la lance à la main (quir, quirites), et formaient seuls la cité, cette première constitution avait péri* On en conservait une vaine image par respect pour les augures. Les testaments, les lois rendues parles tribus, étaient confirmés parles curies. Du reste personne ne venait à ces assemblées. Les trente curies étaient représentées par trente licteurs.
Le pouvoir réel était entre les mains des centuries, c'est-à-dire de l'armée des propriétaires. Les centuries , composées d'un nombre inégal de citoyens, participaient au pouvoir politique, en raison de leur richesse , et en raison inverse du nombre de leurs membres. Ainsi, chaque centurie donnant également un suffrage, les nombreuses centuries qui se trouvaient composées d'un petit nombre de riches, avaient plus de suffrages que les dernières où l'on avait entassé la multitude des pauvres. Les dix-huit premières centuries comprenant les riches, sénateurs ou autres , avaient droit de servir à cheval , et comme , dans l'ancienne constitution , les plus nobles de la cité étaient désignés par l'arme jusque-là la plus honorable , je veux dire la lance, de même dans l'organisation militaire et politique des centuries, les plus riches de la cité liraient leur
1 « Dans leur conquête suceessivc des diverses contrées de ritalie , les RomaÎDS étaient dans Tu sage ou de 8*approprter une partie du territoire et d*y bâtir des villes, ou de fonder, dans les villes déjà existantes, une colonie composée de citoyens romains. Ces colonies servaient comme de garnisons pour assurer la conquête. La portion de territoire dont le droit de la guerre les avait rendus propriétaires, ils la distribuaient sur-lechamp aux colons si elle était en valeur; ou bien ils la vendaient ou la baillaient à ferme : si, au contraire, elle avait été ravagée par la guerre, ce qui arrivait sof«-
nom de leur service dans la cavalerie ; on les appelait chevaliers. Toutefois ceux d'entre eux qui étaient sénateurs dédaignaient le nom de cavaliers ou chevaliers , et le laissaient aux autres riches qui n'avaient point de distinction politique.
Au-dessous des centuries, composées de ceux qui payaient et servaient à la guerre, se trouvaient les œrarii qui n'y contribuaient que de leur argent. Ceux-là ne donnaient point de suffrage. Mais leur position politique n'était guère plus mauvaise que celle des citoyens placés dans les centuries des pauvres. Celles-ci , consultées les dernières et lorsque le suffrage des autres avait décidé la majorité, ne l'étaient que pour la forme; et le plus souvent on ne prenait pas la peine de recueillir leurs suffrages.
Le peuple avait cru échapper à cette tyrannie de la richesse, en opposant aux comices par centuries les comices par tribus, que les tribuns convoquaient et présidaient. Les augures n'étant pas consultés dans ces assemblées , les riches ne pouvaient les rompre à leur gré au nom de ces vieilles religions qu'ils avaient héritéesdes patriciens. Mais les riches poursuivirentles pauvres dans cet asile. Portés par les assemblées des centuries aux fonctions de censeurs , ils rejetaient tous les cinq ans les pauvres dans les tribus urbaines, dans celles qui votaient les dernières. Chaque tribu donnant un seul vote, sans égard au nombre de ses membres, les tribus riches formaient, malgré le petit nombre des leurs, plus de votes que celles où se trouvait réunie la multitude des pauvres. Il en était des tribus comme des centuries. Le radicalisme du système des tribus était idéal. C'était une consolation pour les pauvres. En réalité, la richesse donnait la puissance dans toutes les assemblées de Rome. Les maîtres de l'État étaient les riches. Ils dominaient les comices, recrutaient le sénat, remplissaient toutes les charges. Ils spoliaient le monde en qualité de consuls et de préteurs ; comme censeurs, ils spoliaient l'Italie, en adjugeant aux riches, aux hommes de leur ordre , la ferme des domaines de l'État, au préjudice des pauvres qui les tenaient au prix très-bas des anciens baux. Peu à peu ces terres devenaient la propriété du riche locataire ', et , par la connivence
vent , ils n^attendaient point pour la distribscr pur la voie du sort, mais ils la mettaient à renchéri telle qn*elle était, et se chargeait de Texploiter qui voulait, moyennant une redevance annuelle en fruits : savoir : du dixième pour les terres qui étaient susceptibles d'être ensemencées, et du cinquième pour les terres à plantations. Celles qui n*étatent bonnes que poor le pâturage, ils en retiraient un tribut de gros et mena bétaiU Leur vue en cela était de multiplier la raee italienne, qui leur paraissait U plus propre à supporter des travaux pénibles, et de s*as«urer d^anxiliaires na-
mSTOIBE DE LÀ RÉPUBLIQUE ROMAINE.
des censeurs, il cessait d'en payer le fermage à TÉtat.
Lecens frappait encore le petit propriétaire d'une antre manière. Il déclarait, il soumettait à rimp6t sa propriété, res maneipi, comme disaient les Ro* mains, ce qui comprenait la terre, la maison, les esclares et les k)étes, le bronze monnayé'. Cet imp6t lourd et variable, dans lequel on ne tenait pas compte du produit divers des années, changeait tons les cinq ans. Au contraire, le riche ne payait, ni pour les terres du domaine dont il jouissait sans titre de propriété, ni pour les reê née maneipi qm faisaient une grande partie de sa fortune , tandis qu'elles n'entraient pour rien dans celle du pauvre. Les lois de Gaton sur les meubles de luxe avaient sans doute pour principal but d'égaliser rimp6t.
Toutefois , entre les riches qui composaient les dix-huit centuries équestres , il n'y avait pas unité d^intérèt. Ceux d'entre eux qui étaient entrés dans le sénat , et qui avaient occupé les charges y se dis* tinguèrent par le nom de nobleê, et s'efforcèrent d^en exclure les riches citoyens , ou chevalien. Depuis la fin de la seconde guerre punique, le gouvernement était devenu si lucratif et dans les missions lointaines de consuls et de préteurs , et dans le sénat même où devaient affluer les présents des rois, que les nobles dédaignèrent les lents bénéfices de l'usure, et essayèrent de réprimer sous ce rapport l'avidité des chevaliers (195-2). En récompense, ils leur laissaient usurper ou leur adjugeaient par la voie du cens tous les domaines publics dont ils expulsèrent les pauvres. Quant â
tionaax. Le contraire arriva. Les citoyens riches accaparèrent la plus grande partie de ces terres incultes , et , à la longue , ils s'en regardèrent comme les propriétaires incommutables. Ils acquirent de gré ou de force les petites propriétés des pauvres qui les avoisinaient. Les terres et les troupeaux furent remis à des maint esclaves ; des hommes libres eussent été souvent éloignés par le service militaire. Gela était très-a?antagenx aux propriétaires , les esclaves n^étant pas appelés à porter les armes , multipliaient à leur aise. Il résulta de toutes ces circonstances que les grands devinrent très-riches , et que la population des esclaves fit dans les campagnes beaucoup de progrès , tandis qae celle des hommes libres allait diminuant par suite da malaise , des contributions et du service militaire qai lea aecabUient; et lors même qu^ils jouissaient , à ce dernier égard, de quelque relâche, ils ne pouvaient qne langoir dans Pinaction, puisque les terres étaient entre les mains des riches , qui employaient des esclaves préférablement ans hommes libres.
9 Cet état de choses excitait le mécontentement du peuple romain. Car il voyait que les auxiliaires italiens allaient loi manquer , et que sa puissance serait compronûse an milieu d*anc si grande multitude d*esclaves. On n^imaginait pas néanmoins de remède h ce mal ,
ceux-ci , on leur jeta d'al)ord quelque pâture pour étouffer leurs cris. En 251 et 196, on leur vendit i très-bas prix une énorme quantité de blé. Après chaque triomphe (en 197, 196, 191 , 189, 187, 167), on distribuait aux soldats du bronze monnayé. En même temps on donnait des terres, on fondait des colonies. Les soldats romains profitèrent des biens dont on dépouillait les Italiens qui s'étaient déclarés pour Hannibal (201-199). Cinq colonies sont fondées en 197 dans la Gampanie et dans l'Apulie ; six, en 194-5, dans la Lucanie et le Bnitium. En 199, 190, nouvelles colonies dans la Gaule italienne; en 189, fondation de celle de Bologne ; en 181, de Pisaurum et Pollentia ; en 185 , de Parme et Modène; en 181, de Gravisc», de Saturnia et d'Aquilée; de Pise en 180; de Lucques en 177.
Vers répoque de la guerre de Persée , les nMe$, voyant le monde à leurs pieds, ne se soucient plus du peuple. Qu'il vive ou meure , peu leur importe; Us ne manqueront pas d'esclaves pour cultiver leurs terres. D'ailleurs Caton lui-même, le grand agriculteur, n'a-t-il pas reconnu, à la fin de sa vie, que les meilleures possessions étaient les pâturages ? Pour conduire des troupeaux, on n'a que faire de la main intelligente d'un homme libre; un esclave suffit. Le laboureur expulsé de sa terre n'y peut donc rester , même comme fermier. Il se réfugie à la ville, et vient demander sa nourriture à ceux qui Tout exproprié. Là, peutH^tre, il subsistera des gratifications du sénat, des dons des riches. 11
parce qu*il n*était ni facile, ni absolument juste de dépouiller de leurs possessions agrandies, améliorées, couvertes d*édifices, tant de citoyens qui en jouissaient depuis longues années. Les tribuns du peuple avaient anciennement fait passer avec bien de la peine une loi qui défendait de posséder plus de cinq cents arpents de terre, et d^avoir en troupeaux plus de cent tètes de gros bétail et cinquante de menu. La même loi avait enjoint aux propriétaires de prendre à leur service un certain nombre d*hommes libres, pour être les surveillants et les inspecteurs de leurs propriétés. Cette lot fut consacrée par la religion du serment. Une amende fut établie contre ceux qui y contreviendraient. Le surplus des cinq cents arpents devait être vendu à bas prix aux citoyens pauvres : mais ni la loi ni les serments ne furent respectés. Quelques citoyens , afin de sauver les apparences, firent, par des transactions frauduleuses, passer leur excédant de propriété sur la tête de leurs parents; le plus grand nombre bravèrent la loi.B Appian., t. II, p. 604.
(J'ai corrigé Tinexacte et prolixe traduction de Combes-Donnons. )
> rof. Niebuhr, t. II. Ce critique, ancien directeur de la banque de Copenhague, a supérieurement traité rhistoire primitive des finances de Rome.
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attendra la chance d'une noayelle colonie. Mais le sénat n'accorde plus ni blé, ni terres. Pas une seule colonie pendant un demi-siècle. Que reste^t-il aui pauvres? leur vote. Ils le vendront aux candidats. Ceux-ci peuvent bien payer ces consulats , ces prétnres , qui leur livrent les richesses des rois. Mais les censeurs ne laisseront pas cette ressource aux pauvres. Ils entasseront dans la tribu esquiline , avec les affranchis , tous les citoyens qui n'ont pas en terre trente mille sesterces. Relégués dans une des dernières tribus , leur vole est rarement nécessaire. D'ailleurs , le sénat ne daigne plus guère consulter le peuple; depuis la victoire de Paul Emile, il décide seul de la guerre et de la paix. Il a substitué aux jugements populaires quatre tribunaux permanents (qua$tiomeB perpetuœ ,\ii^'\iA) composés de sénateurs, qui connaissent des causes criminelles , particulièrement des crimes dont les sénateurs peuvent se rendre coupables, de la brigue, de la concussion , du péculat. Le jugement des crimes est remis aux criminels. Ainsi le sénat s'est affranchi du peuple. Le pauvre citoyen n'avait plus que son vote pour gagner sa vie : on le lui 6te. Il faut qu'il meure, qu'il fasse place aux affranchis dont Rome est inondée. Tel était le sort du citoyen romain , et le Latin , l'Italien lui portaient encore envie.
L'ancien système de Rome, qui avait fait sa force et sa grandeur, était d'accorder des privilèges plus ou moins étendus aux villes en proportion de leur éloignement. Ainsi , autour de Rome , se trouvait d'abord une ceinture de villes municipales, investies du droit de suffrage et égales en droits â Rome elle-même ; c'étaient les villes des Sabins, et Tusculum , Lanuvium, Aricie, Pedum, Nomentum, Acerres, Cumes, Priverne, auxquelles on joignit, en 188, celles de Fundi, Formies et Arpinum. Puis venaient les municipes sans droit de suffrage et les cinquante colonies fondées avant la seconde guerre punique , toutes (moins trois) dans l'Italie centrale ; vingt autres furent établies de 197 à 177 , mais dans une position plus éloignée. Ces
1 Ou sait le saccès des poursuites intentées pour concussions à Scipion, à Métellus, àScaurus, à Fonteius, etc.
' Calo., f'n Gell., X, S. « De falsis pufpnig vel pœnis : * Dixit a dccemviris parnm sibi bene cibaria curata n esse. Jussit vesttmenta detrahi atque flagro cœdt. *i Decemviros Bruttiani verberavere. Yidere mnlti oior- » taies. Quis hanc contumeliam , quis hoc imperium, » quis hanc ser?itutem ferre posset? Nemo hoc rex au- » sus est facere. Eane 6eri bonis , bono génère gnatis , » boni consulitis? Ufci societas? ubi fides majorum? » insijrnitas injurias, plagas, verbera, ▼ibices, eos do- » lores atque carnificinas, per dedetus atque maximam
colonies avaient toutes la eùé, mais sans le privilège qui lui donnait de la valeur , le droit de suffrage. Au-dessous des munieipe» et des coUmieê, se trouvaient les Lathiê et les Italiens. Les Italiens conservaient leurs lois et étaient exempts de tributs. Dépouillés de leurs meilleures terres par les colonies romaines, on peut dire qu'ils avaient bien payé le tribut d'avance. Les LtUùM avaient de pins l'avantage de devenir citoyens romains en laissant des enfants pour les représenter dans leur ville natale , en y remplissant quelque magistrature, enfin en convainqua$U de préearicaiùm un magieirat romain. Est -il nécessaire de dire que personne n'était assez hardi pour tenter de devenir citoyen par cette dernière voie ' ?
L'Italien, le Latin, le colon, le munidpe sans suffrage, dont les droits, plus ou moins brillants , se réduisaient dans la réalité i recruter jusqu'à extinction de leur population les armées romaines, tous voulaient devenir Romains. Chaque jour ce titre était plus honorable; chaque jour aussi tous les autres changeaient en sens inverse et devenaient plus humiliants. Dans cette fatale année de la défaite de Persée (172), un consul ordonne, pour la première fois, aux alliés de Préneste de venir audevant de lui et de lui préparer un logement et des chevaux. Bientôt un autre fait battre de verges lc;s magistrats d'une ville alliée, qui ne lui avait pas fourni des vivres. Un censeur, pour orner un temple qu'il construit, enlève le toit de celui de Junon Lacinienne, le temple le plus saint de l'Italie. A Férente, un préteur veut se baigner aux bains publics , en chasse tout le monde , et , pour je ne sais quelle négligence, fait battre de verges un des questeurs de la ville. A Teanuro , la femme d'un consul fait traiter de même le premier magistrat du lieu. Un simple citoyen porté dans une litière sur les épaules de ses esclaves , rencontre un bouvier de Vénusium : Est-ce que vous parîest un mort? dit le rustre. Ce mot lui coûta la vie. Il expira sous le bâton '.
Pour échapper à une pareille tyrannie , chacun
•> contumeliam , inspectantîbus popularibus sais atque « muUis mortalibus, te facere aosum esse! Sed quan- » tum luctnm , quantumque gemitum , qnid lacruma- » rum , quantumque fletum factum audivi! Servi inju- » rias nimis œgre ferunt ; quid illos bono génère gnatos, 1» magna virtute praditos opinamini animi haboisse » atque habituros dùm vivent. «
« II dit que les décemvirs n^vaient pas assez soin de ses provisions. Il ordonne qu*on arrache leurs vêlements , et qn*on les frappe de verges. Des Bruttiens frappèrent les décemvirs! et une foule d^hommes ont vu cela! Qui pourrait souffrir un pareil outrage? qui, un pareil despotisme? qui, une pareille aervitade? Pas
HISTOIRE DE LÀ RÉPUBLIQUE ROMAINE
Uchait de se rapprocher de Rome, et de s'y établir, s*ii était possible. Rome exerçait ainsi sur Tltalie ane sorte d'absorption, qui devait en peu de temps faire du pays no désert, et 4a surcharger elle-même d'une énorme population. L'Italie , n'ayant pu détruire Rome, ne songeait plus qu'à s'unir à elle, et l'étouffait en l'embrassant. Les Latins pouvant seuls devenir citoyens romains, l'Italie affluait dans le Latium , le Latium dans Rome. D'une part , les SanMiites et les Péligniens, ne pouvant plus fournir leur contingent de troupes, dénoncent la transplantation de quatre mille familles des leurs dans la ville latine de Frégelles (177). Les Latins déclarent la même année, pour la seconde fois, que leurs villes et leurs campagnes deviennent désertes par l'émigration de leurs citoyens dans Rome. Ils faisaient â un Romain une vente simulée d'un de leurs eaiants,qui, par l'affranchissement, se trouvait citoyen. La servitude était la porte par laquelle on entrait dans la cité souveraine. Dés 187, Rome avait chassé de son sein douze mille familles latines. En 172, une nouvelle expulsion diminua la population de seize mille citoyens.
Telle était la situation de l'Italie. Les extrémités du corps devenaient froides et vides. Tout se portait au cœur, qui se trouvait oppressé. Le sénateur repoussait du sénat et des charges Yhomme noifveau, le chevalier, le riche, et lui abandonnait en récompen^ l'envahissement des terres du pauvre. Le Romain repoussait le colon du suffrage, le Latin de la cité; celui-ci à son tour repoussait ritalien du Latium et des droits des Latins. Rome avait ruiné l'Italie indépendante par ses colonies , où elle rejetait ses pauvres ; désormais elle ruinait l'Italie colonisée, par l'envahissement des riches qui partout achetaient, affermaient, usurpaient les terres et les faisaient cultiver par des esclaves.
« Les chevaliers étaient les traitants de la république; ib étaient avides, ils semaient les malheurs
uo roi n^a osé le faire. Trouvez-vous bon qu^on le fasse contre des hommes bons et de bonne race ? Où sont les droits des cités? où , la foi des ancêtres? Des outrages publies, des plaies, des meurtrissures , des coups de fouets, de telles douleurs, de telles tortures, avec la honte et le déshonneur, sous les yeux de leurs coocitoyena et d*une foule d^bommes assemblés; ton audace a pn cela ! Mais ô combien de pleurs, 6 combien de gémissements! que de larmes, et combien de sanglots! des esclaves supportent à peine de telles injures. Quel souvenir pensez-vous que ces hommes de bonne race et de grande vertu gardent au fond de leur Ame , et garderont tant qu'ils vivront? » Trad, de M. Ctuêan.
Tib, Gt,j in Gell., X, 5. — « Dernièrement le consul vint à Teanum Sidicinum : sa femme dit qu*elle youlait se baigner dans les bains des hommes. M. Harius char-
dans les malheurs , et faisaient nattre les besoins publics des besoins publics. Rien loin de donner à de tels gens la puissance de juger, il aurait fallu qu'ils eussent été sans cesse sous les yeux des juges. 11 faut dire cela à la louange des anciennes lois françaises; elles ont stipulé avec les gens d'affaires , avec la méfiance que l'on garde à des enner mis. Lorsqu'à Rome les jugements furent transportés aux traitants , il n'y eut plus de vertu , plus de police, plus de lois, plus de magistrature, plus de magistrats.
N On trouve une peinture bien naïve de ceci dans quelques fragments deDiodore de Sicile, et de Dion. Muitus Scévola, dit Diodore ^ , twulut rappeler les anciennes mœurs , et vivre de son bien propre avec frugalité et intégrité. Car ses prédécesseurs axant fait une société avec les traitants, qui avaient pour tors tes jugements à Borne, ils avaient rempli la province de toutes sortes de crimes. Mais Scévota fit justice des publicains , et fit mener en prison ceux qui y traînaient les autres,
» Dion nous dit ' que Publius Rutilius, son lieutenant, qui n'était pas moins odieux aux chevaliers, fut accusé à son retour d'avoir reçu des présents , et fut condamné à une amende. Il fit sur-le-champ cession de biens. Son innocence parut , en ce que l'on lui trouva beaucoup moins de bien qu'on ne l'accusait d'en avoir volé , et il montrait les titres de sa propriété ; il ne voulut plus rester dans la ville avec de telles gens.
» Les Italiens, dit encore Diodore ', achetaient en Sicile des troupes d'esclaves pour labourer leurs champs, et avoir soin de leurs troupeaux; ils leur refusaient la nourriture. Ces malheureux étaient obligés d'aller voler sur les grands chemins, armés de lances et de massues, couverts de peaux de bêtes, de grands chiens autour d'eux. Toute la province fut dévastée ; et les gens du pays ne pouvaient dire avoir en propre que ce qui était dans l'enceinte des
gea le questeur d*en faire sortir ceux qui s^y baignaient . La femme du consul se plaint à son mari qu'on a mis peu d^empressement à loi livrer les bains , et peu de soin à les préparer. En conséquence, un poteau est dressé dans la place publique : on y amène Tbomme le plus distingué de la ville, M. Marins. On lui arrache ses vêtements, il est battu de verges. Les habitants de Calenum, à cette nouvelle, défendirent par un décret que personne approchât des bains, lorsqu'un magistrat romain serait dans leur ville. A Férentinum , pour un semblable motif, notre préteur ordonna d'arrêter les questeurs. L'un d'eux se précipita du haut d'un mur ; l'autre fut saisi et battu de verges. «
^ Diod., Fragm., lib. XXXYI, esir, Const, Porphyr,
^ Dion., Fragm,
» Diod., Fragm.,\\h, XXXIV.
HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE
villes. Il D'y arait ni proconsul , ni préteur qui pût ou voulût s'opposer à ce désordre, et qui osât punir ces esclaves , parce qu'ils appartenaient aux chevaliers qui avaient à Rome les jugements. Ce fut pour^ tant une des causes de la guerre des esclaves. ^ Je ne dirai qu'un mot : Une profession qui n'a ni ne peut avoir d'objet que le gain ; une profession qui demandait toujours , et à qui on ne demandait rien ; une profession sourde et inexorable, qui appauvrissait les richesses et la misère même , ne devait point avoir à Rome les jugements. » (Mortis- QCiBii, Esprit de» Lois, XI, 17.)
La première guerre des esclaves éclata en Sicile dans la ville d'Enna (138). Un esclave syrien d'Apamée , qu'on appelait Eunus , se mêlait de prédire , au nom de la déesse de Syrie , et souvent il avait bien rencontré. 11 s'était attiré aussi beaucoup de considération parmi les esclaves , en lançant des flammes par la bouche. Un peu de feu dans une noix suffisait pour opérer ce miracle. Eunus, entre autres prédictions , annonçait souvent qu'il serait roi. On s'amusait beaucoup de sa royauté future. On le faisait venir dans les festins pour le faire parler et on lui donnait quelque chose pour acheter d'avance sa faveur. Ce qui fut moins risible , c'est que la prédiction se vérifia. Les esclaves d'un Damophile, qui était fort cruel , commencèrent la révolte, et prirent pour roi le prophète. Tous les maîtres furent égorgés. Les esclaves n'épargnèrent que la fille de Damophile, qui s'était montrée compatissante pour eux. Un Cilicien qui avait soulevé les esclaves ailleurs , se soumit à Eunus, qui se trouva bientôt à la tète de deux cent mille esclaves , et se fit appeler le roi Antiochus. Le bruit de la révolte de Sicile s'étant répandu , il y eut des tentatives de soulèvement dans l'Attique , à Délos , dans la Campanie, et à Rome même. Cependant les généraux envoyés contre Eunus avaient été repoussés avec honte; quatre années de suite, quatre préteurs furent vaincus. Les esclaves s'étaient emparés de plusieurs places. Enfin Rupilius les assiégea dans Tauromeniqm, ville maritime, d'où ils auraient pu
1 Cic, m Femm, De supplie. j e. 5 : « Toas les édita des préteors défendaient aux eselaves de porter des armes... On avait apporté an sanglier énorme à L. Domitiua, prétevr en Sicile. Sorpris de la grosseur de cet animal , il demanda qoi Tavait taé. On lui nomma le berger d*an Sicilien. Il ordonna qtt*on le fit venir. L*esolave accourt, s*attendant à des éloges et à des récompenses. Domitius lai demande comment il a taé cette bétc formidable. Avec un épieu, répondit -il. A rinstant le préteur le fit mettre en croix. Peut- être cet ordre vous semblera plus que sévère. Je ne prétends ni le blâmer, ni le justifier, etc. »
3 Plutarch., m Graeeh,, c. 8, p. 335 (Paris 1634).
communiquer avec l'Italie. Il les réduisit à une telle famine , qu'ils se mangeaient les uns les autres. Ud des leurs ayant livré la citadelle, Rupilius lee prit tous et les fit jeter dans-un précipice. Même trahison, même succès à Enna, malgré l'héroïque valeur du lieutenant cilicien d'Eunus , qui fat tué dans une sortie. Le roi des esclaves , qui n'était pas si brave, se réfugia dans une caverne, où on le trouva avec son cuisinier, son boulanger, son baigneur et son bouffon (132). Des règlements atroces ^ continrent pour vingt-huit ans les esclaves découragés par le mauvais succès de cette première révolte.