‹ ŒuvresChapitre 122 sur 232 · MIGVZLET · texte numérisé non relu

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retrouvèrent d'anciennes tribus cimbriques, et leur laissèrent, dit-on, en dépôt une partie de leur butin. Mais la Gaule centrale fut dévastée , brûlée , affamée sur leur passage. Les populations des campagnes se réfugièrent dans les villes pour laisser passer le torrent , et furent réduites à une telle disette, qu'on essaya de se nourrir de chair humaine'. Les Barbares , parvenus au bord du Rhône , apprirent que de l'autre côté du fleuve c'était encore l'empire romain , dont ils avaient déjà rencontré les frontières en Illyrie, en Thrace, en Macédoine. L'immensité du grand empire du Midi les frappa d'an respect superstitieux ; avec cette simple bonne foi de la race germanique , ils dirent au magistrat de la province , M. Si la nus , que si Rome leur donnait des terres, ils se battraient volontiers pour elle, Silanus répondit fièrement que Rome n'avait que faire de leurs services, passa le Rhône et se fit battre. Le consul P. Cassius, qui vint ensuite défendre la province, fut tué; Scaurus, son lieutenant, fut pris, et l'armée passa sous le joug des Helvètes, non loin du lac de Genève. Les Barbares enhardis voulaient franchir les Alpes. Us agitaient seulement si les Romains seraient réduits en esclavage ou exterminés. Dans leurs bruyants débats, ils s'avisèrent d'interroger Scaurus , leur prisonnier. Sa réponse hardie les mit en fureur, et l'un d'eux le perça de son épée. Toutefois , ils réfléchirent, et ajournèrent le passage des Alpes. Les paroles de Scaurus furent peut-être le salut de l'Italie.

Les Gaulois Tectosages de Tolosa , unis aux Cimbres par une origine commune , les appelaient contre les Romains dont ils avaient secoué le joug. La marche des Cimbres fut trop lente. Le consul C. Servilius Cépion pénétra dans la ville et la saccagea. L'or et l'argent rapporté jadis par les Tectosages du pillage de Delphes , celui des mines des Pyrénées , celui que la pi été des Gaulois clouait dans un temple de la ville , ou jetait dans un lac voisin^ avaient fait de Tolosa la plus riche ville des Gaules. Cépion en tira , dit-on , cent dix mille livres pesant d'or et quinze cent mille d'argent. II dirigea ce trésor sur Marseille,, et le fil enlever sur la route par des gens à lui , qui massacrèrent l'escorte. Ce brigandage ne profita pas. Tous ceux qui avaient touché cette proie funeste finirent misérablement; etquandonvoulaildésignerunhommedévouéàune fatalité implacable, on disait : Il a de l'or de Tolosa.

D'abord Cépion, jaloux d'un collègue inférieur par la naissance, veut camper et combattre séparément. Il insulte les députés que les Barbares envoyaient à l'autre consul. Ceux-ci, bouillants de

» palti, ac inopiâ subacti, eorum corporibns qoi stalc » inutiles ad t>elluiD videbantur, vitam tol«raveront. »

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fureur, dévouent solennellement aux dieux tout ce qui tombera entre leurs mains. De quatre- vingt mille soldats, de quarante mille esclaves ou valets d'armée, il n'échappa, dit- on, que dix hommes. Gépion fut des dix. Les Barbares tinrent religieusement leur sermenl ; ils tuèrent dans les deux camps tout être vivant, ramassèrent les armes, et jetèrent l'or et l'argent, les chevaux même dans le Rhône ^

Cette journée, aussi terrible que celle de Cannes, leur ouvrait l'Italie. La fortune de Rome les arrêta dans la province et les détourna vers les Pyrénées. De là, les Cimbres se répandirent sur toute l'Espagne, tandis que le reste des Barbares les attendait dans la Gaule.

Pendant qu'ils perdent ainsi le temps et vont se briser contre les montagnes et l'opiniâtre courage des Celtibériens, Rome épouvantée avait appelé Marius de l'Afrique. Il ne fallait pas moins que l'homme d'Arpinum, en qui tous les Italiens voyaient un des leurs, pour rassurer l'Italie etl'armer unanimement contre les Barbares. Ce dur soldat, presque aussi terrible aux siens qu'à l'ennemi, farouche comme les Cimbres qu'il allait combattre , fut , pour Rome, un dieu sauveur. Pendant quatre ans que l'on attendit les Barbares, le peuple, ni même le sénat, ne put se décider à nommer un autre consul que Marius. Arrivé dans la province, il endurcit d'abord ses soldats par de prodigieux travaux. 11 leur fit creuser la Fossa Mariana, qui facilitait ses communications avec la mer, et permettait aux navires d'éviter l'embouchure du Rhône, barré par les sables. En même temps, i! accablait les Tectosages et s'assurait de la fidélité de la province avant que les Barbares se remissent en mouvement.

Enfin ceux-ci se dirigèrent vers l'Italie , le seul pays de l'Occident qui eût encore échappé à leurs ravages. Mais la difficulté de nourrir une si grande multitude les obligea de se séparer. Les Cimbres et les Tigurins tournèrent par THelvétie et le Norique; les Ambrons et les Teutons, par un chemin plus direct, devaient passer sur le ventre aux légions de Marius, pénétrer en Italie par les Alpes maritimes et retrouver les Cimbres aux bords du Pô.

Dans le camp retranché d'où il les observait, d'abord près d'Arles , puis sous les murs d'Aqu» Sextiœ (Aix), Marius leur refusa obstinément la bataille. Il voulut habituer les siens à voir ces Barbares , avec leur taille énorme , leurs yeux farouches, leurs armes et leurs vêtements bizarres. Leur roi Teutobocus franchissait d'un saut quatre et même six chevaux mis de front ^ ; quand il fut con-

' Paul., Oros., 1. V, c. 16. Aurnm argentumque in flumen abjectum... eqai ipsi gurgitibus immersi.

duit en triomphe à Rome, il était plus haut que les trophées. Les Barbares, défilant devant les retranchements, défiaient les Romains par mille outrages : N'avez-imus rien à dire à vos /Wnmea? disaient-ils, nous serons bieniàt auprès d'elles. Un jour, un de ces géants du Nord vint jusqu'aux portes du camp provoquer Marius lui-même. Le général lui fit répondre que, s'il était las de la vie, il n'avait qu'à s'aller pendre; et comme le Teuton insistait, il lui envoya un gladiateur. Ainsi il arrêtait l'impatience des siens; et cependant il savait ce qui se passait dans leur camp par le jeune Sertorius, qui parlait leur langue , et se mêlait à eux sous l'habit gaulois. Marius, pour faire plus vivement souhaiter la bataille à ses soldats, avait placé son camp sur une colline sans eau qui dominait un fleuve. Vous êtes des hommes , leur dit-il , vous aurez de l'eau pour du sang. Le combat s'engagea en effet bientôt aux bords du fleuve. Les Ambrons, qui étaient seuls dans cette première action, étonnèrent d'abord les Romains par leur cri de guerre qu'ib faisaient retentir comme un mugissement dans leur bouclier: Ambrons 1 Ambrons! Les Romains vainquirent pourtant, mais ils furent repoussés du camp par les femmes des Ambrons; elles s'armèrent pour défendre leur liberté et leurs enfants , et elles frappaient du haut de leurs chariots, sans distinction d'amis ni d'ennemis. Toute la nuit les Barbares pleurèrentleursmortsavec deshurlements sauvages qui , répétés par les échos des montagnes et du fleuve, portaient l'épouvante dans l'âme même des vainqueurs. Le surlendemain, Marius les attire par sa cavalerie à une nouvelle action. Les Ambro- Teutons, emportés par leur courage, traversèrent la rivière et furent écrasés dans son lit. Un corps de trois mille Romains les prit par derrière, et décida leur défaite. Selon l'évaluation la plus modérée, le nombre des Barbares pris ou tués fut de cent mille. La vallée, engraissée de leur sang, devint célèbre par sa fertilité. Les habitants du pays n'enfermaient, n'étayaient leurs vignes qu'avec des os de morts. Le village de Fourrières rappelle encore aujourd'hui le nom donné à la plaine : Campi putridi, champ de la putréfaction. Quant au butin, l'armée le donna tout entier à Marius, qui, après un sacrifice solennel , le brûla en l'honneur des dieux. Une pyramide fut élevée à Marius, un temple à la Victoire. L'église de Sainte-Victoire, qui remplaça le temple, reçut jusqu'à la révolution française une procession annuelle , dont l'usage ne s'était jamais interrompu. La pyramide subsistajusqu'au quinzième siècle; et Pourrières avait pris pour armoiries le triomphe

> Florua, l. TII. Rex TeotobochuB, qnatemos aenosque equos transi lire sol i ta s.

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de Marins représenté snr an dés bas-reliefs dont ce monument était orné *.

Cependant les Cimbres , ayant passé les Alpes Noriques , étaient descendus dans la vallée de FAdige. Les soldats de Catulos ne les voyaient qu'avec terreur se jouer , presque lius , au milieu des glaces, et se laisser glisser sur leurs boucliers du haut des Alpes à travers les précipices '. Gatulus, général méthodique, se croyait en sûreté derrière TAdige, couvert par un petit fort. 11 pensait que les ennemis s'amuseraient à le forcer. Ils entassèrent des rochers, jetèrent toute une forêt par-dessus et passèrent. Les Romains s'enfuirent et ne s'arrêtèrent que derrière le P6. Les Cimbres ne songeaient pas à les poursuivre. En attendant l'arrivée des Teutons, ils jouirent du ciel et du sol italien, et se laissèrent vaincre aux douceurs de la belle et molle contrée. Le vin, le pain , tout était nouveau pour ces Barbares ', ils fondaient sous le soleil du Midi et sous l'action de la civilisation pi us énervante encore.

Marins eut le temps de joindre son collègue. Il reçut des dépulésdes Cimbres, qui voulaient gagner du temps : Donnes-nous, disaient-ils, des terres pour nous ei pour nos frères les Teutons. — Laisses là vos flores, répondit Marins, ils ont des terres. Nous leur en avons donné qu'ils garderont éternellement. Ei comme les Cimbres le menaçaient de l'arrivée des Teutons : Jls sont ici, dit-il, il ne serait pas bien de partir sans les saluer, et il fit amener les captifs. Les Cimbres ayant demandé quel jour et en quel lieu il voulait combattre pour savoir à miserait l'Italie, il leur donna rendez- vous ppur le troisième jour dans un champ, près de Yerceil.

Marins s'était placé de manière à tourner contre l'ennemi le vent, la poussière et les rayons ardents d'un soleil de juillet. L'infanterie des Cimbres formait un énorme carré , dont les premiers rangs étaient liés tous ensemble avec des chaînes de fer. Leur cavalerie, forte de quinze mille hommes, était effrayante à voir, avec ses casques chargés de mufles d'animaux sauvages , et surmontés d'ailes d'oiseaux'. Le camp et l'armée barbare occupaient une lieue en longueur. Au commencement, l'aile où se tenait Marius ayant cru voir fuir la cavalerie ennemie, s'élança à sa poursuite, et s'égara dans

1 Am. Thierry, Hiêt. des GauL, t. II, p. 236.

' Florus, 1. III. Hi jàm (quis crederet?) per hiemem, quae altiùs Alpes levât, trident inisjugis in Italiam pro; voluti ruina descenderant. Plut., c. 22. — Toù$ 6vptoùi zrXaJUç uiro7(9iv7<$ to7{ 9&ftxtvn.

' Id. , t6tW.InyenetiA,quo ferè tractu Itali amoliissima est, ipsA 6oli eœlique clementiA robur elanguit.Ad hoc panis U8U earnisque coctae et dulcedine vini mitigatos.. .

^ Plnt.,c. 37. 8)}^<a>y f oCiipây X'^^f^^^^»** ^^foi{ crrc-

la poussière, tandis que l'infanterie ennemie, semblable aux vagues d'une mer immense , venait se briser snr le centre où se tenaient Catulus et Sylla, et alors tout se perdit dans une nuée de poudre. La poussière et le soleil méritèrent le principal honneur de la victoire'^ (101 )•

Restait le camp barbare, les femmes et les enfants des vaincus. D'abord, revêtues d'habits de deuil , elles supplièrent qu'on leur promit de les respecter , et qu'on les donnât pour esclaves aux prêtresses romaines du feu^ (le culte des éléments existait dans la Germanie ). Puis, voyant leur prière reçue avec dérision, elles pourvurent elles-mêmes à leur liberté. Le mariage chez ces peuples était chose sérieuse. Les présents symboliques des noces, les bœufs attelés,' les armes, le coursier de guerre, annonçaient assez à la vierge qu'elle devenait la compagne des périls de l'homme, qu'ils étaient unis dans une même destinée, à la vie età la mort (sic vivendum, sic pereundum, Tacit.). Cest à son épouse que le guerrier rapportait ses blessures après la bataille {eul maires et conjugesvulnera referunt; nec iUœ numerare aut exigere plagas pavent ) . Elles les comptaient, les sondaient sans pâlir ; car la mort ne devait point les séparer. Ainsi, dans les poèmes Scandinaves, Brunhild se brûle sur le corps de Siegfrid. D'abord les femmes des Cimbres affranchirent leurs enfants par la mort ; elles les étranglèrent ou les jetèrent sous les roues des chariots. Puis elles se pendaient, s'attachaient par un nœud coulant aux cornes des bœufs, et les piquaient ensuite pour se faire écraser. Les chiens de la horde défendirent leurs cadavres, il fallut les exterminer à coups de flèches '•

Ainsi s'évanouitcette terrible apparition du Nord, qui avait jeté tant d'épouvante dans l'Italie. Le mot cimbHque resta synonyme de fort et de terrible. Toutefois Rome ne sentit point le génie héroïque de ces nations , qui devaient un jour la détruire ; elle crut à son éternité. Les prisonniers qu'on put faire sur les Cimbres, furent distribués aux villes comme esclaves publics , ou dévoués aux combats de gladiateurs.

Marius fit ciseler sur son bouclier la figure d'un Gaulois tirant la langue, image populaire à Rome

5 Florua , 1. III. — Plut., in Mar., c. 27. JLovtopUz àpQivloi ànXilou... ffwayuv^aaffdac xoXç Pm/a«co(c t6 xaûyuft X0CC rby^Xtov.,

^ Paul. 0ro8., 1. V, c. 16. Gonsulucrunt consulem, ut si inviolata castitate virginibus sacris ac diis scrviendum esset, vitam sibi reservarent. — Florus, 1. III, c. 5. Quùm, missâ ad Marium legatione, libertatem ac sacerdotium non impetrassent.

' Plin., 1. YIII, c. 40. Canes defendêrc , Cimbris cssis, domus eoruin plaustris impositas.

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dès le temps de Torqaatus. Le peuple Tappela le troisième fondateur de Rome , après Romulus et Camille. On faisait des libations aunom deMarius, comme en Thonneur deBacchus et de Jupiter. Luimême, enivré de sa victoire sur les Barbares du Nord et du Midi , sur la Germanie et sur les Ifules africaines, ne buvait plus que dans cette coupe à deux anses , où , selon la tradition , Bacchus avait bu après sa victoire des Indes ^

La victoire de Marius délivra Rome du danger qu^elIe redoutait le plus, mais non du plus grand. L'empire, disait-on, était désormais fermé aux Barbares; et chaque jour, sous les fers de Fesclavage, ils envahissaient Tempire. Les publicains, établis sur toutes les frontières, avaient organisé la iraite des blancs. Ce n'étaient point des prisonniers de guerre, encore moins des esclaves achetés; c'étaient des hommes libres que les marchands d'esclaves, publicains, chevaliers et autres, enlevaient en pleine paix, et le plus souvent chez les alliés de Rome. Lorsque Marius , partant pour combattre les Teutons, fit demander des secours à Nicomède, roi de Bithynie, ce prince répondit que, grâce aux publicains et aux marchands d'esclaves , il n'avait plus pour sujets que des enfants, des femmes et des vieillards'. Une émigration non interrompue de Thraces, de Gaulois, d'Asiatiques surtout, avait lieu en Italie et en Sicile. Ils y étaient amenés comme esclaves en même temps que leurs dieux y entraient comme souverains. Avant la seconde guerre punique, le sénat avait fait démolir à Rome le temple d'isis; vingt ans après cette guerre, il avait proscrit les initiés des bacchanales. Et voilà que, dans la guerre des Teutons , le sénat accueille avec honneur le Phrygien Batabacès, qui promet la victoire, et fait bâtir un temple à la Bonne Déesse '. Marius mène partout avec lui la Syrienne Marthe, la consulte avant de combattre , et ne sacrifie que par son ordre. Sylla obéit docilement aux devins de la Chaldée *. Le sénat est obligé de défendre les sacrifices humains (98 avant J.-C).

Au moment où la guerre des Cimbres éclata, le sénat, voulant s'assurer des alliés d'Asie, fit un décret pour leur rendre leurs sujets devenus esclaves. Tout homme libre , originaire d'un pays allié , et retenu injustement dans l'esclavage, fut déclaré affranchi. A l'instant, huit cents esclaves se présentèrent au préteur de Sicile, et furent rendus à la liberté : mais chaque jour d'innombrables mul-

' Vlul., in Mario.

* h'iod,, Excêrpt.

' Plut.,tn Mar., c. t8. Ba7a«âx»j«, b rf.t fityiXin fiTrilpet Icpcuf... riiç ^k wyx>i^7ow t*j l^cfi v«ov «ncvextev

titndes venaient réclamer au même titre. Ces malheureux appartenaient pour la plupart aux chevaliers romains , qui partout envahissaient les terres sur les hommes libres, et les exploitaient par des esclaves. Quel magistrat dans les provinces eût osé décider contre l'intérêt dé ces grands propriétaires, qui, en leur qualité de chevaliers, pouvaient le juger lui-môme de retour à Rome ? Celte épouvantable tyrannie , fiscale , mercantile et judiciaire tout à la fois , a été déjà caractérisée plus haut par quelques mots de Montesquieu.

Les esclaves, furieux de voir leur droit à la liberté reconnu et méprisé en même temps, s'arment de toutes paris (10S$-1 ). Celte fois, ils ne prennent pas pour chef un bouffon syrien , mais un brave Italien nommé Salvius^, un Grec intrépide nommé Athénion, qui les disciplinent à la romaine, ne donnent des armes qu'à ceux qui peuvent s'en servir, évitent de s'enfermer dans les villes, où le grand nombre des hommes libres les mettrait en péril. Le roi Salvius et son lieutenant lisaient dans l'avenir, comme Eunus. Ce qui prouve au moins leur intelligence du présent , c'est qu'ils se dirigeaient vers l'occident, et s'efforçaient de communiquer avec la mer et l'Italie, où d'autres bandes d'esclaves étaient en armes. Ta nique dura la guerre des Cimbres, celle des esclaves traîna en longueur. Trois généraux romains y échouèrent. Mais l'année même de la bataille de Yerceil, Manius Aquilius, collègue de Marius dans son cinquième consulat , passa en Sicile, tua de sa main Athénion qui avait succédé à Salvius, et poursuivit les esclaves débandés de ville en ville. Il en réserva mille pour les jeter aux bêles dans l'amphithéâtre de Rome. Mais ils envièrent au peuple l'amusement de leur agonie; ils se tuèrent les uns les autres (101). Si l'on en croit Athénée , un million d'esclaves avait péri dans les deux guerres serviles.

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