CHAPITRE VIL
LA FRANCE, DEPUIS l'eXPUISION DBS ANGLAIS JtSQU'A l'expédition de CHAILXS VIII EN ITALIE. 1465-1494.
Cette période peut se diviser en quatre parties. 1. 1444-1461, Charles VII attaque indirectement la féodalité par ses institutions monarchiques. — II. 1461 -1472, Louis XI l'attaque directement dans les intérêts des grands vassaux , mais avec peu de succès , tant qu'ils peuvent appuyer leurs révoltes du nom de son frère, et que le duc de Bourgogne suit sans distraction son véritable intérêt , l'affaiblissement du roi de France.— III. 1472-1485, La mort de Charles de Guienne , frère du roi , la folie des nouveaux projets du duc de Bourgogne , qui entraînent sa ruine, laissent le champ libre à Louis ;
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il démembre la succession de Bourgogne, recueille celle d'Anjou, et réunit dix provinces à la couronne. — lY. 1485-1494, Anne de Beaujeu, régente sous Charles VIII , continue le règne de Louis XI , par sa fermeté à Tégard des grands ; elle accable le duc d'Orléans, et réunit la Bretagne. Les étrangers n'ont plus de point d'appui dans le royaume, et la France, désormais redoutable par son unité , devient conquérante pour un demi-siècle.
Situation de la France vers le milieu duxy^êiècle (1493-77). Les Anglais chassés (1493), et occupés par leurs discordes. — Trois grandes puissances féodales subsistent encore : la maison d'Anjou, dont les domaines sont trop isolés les uns des autres pour former une puissance redoutable, et qui d'ailleurs tourne toutes ses vues vers l'Italie et l'Espagne; le duc de Bretagne, dont les États, plus compactes, sont moins riches; enfin,le duc de Bourgogne, le plus riche et le plus puissant, mais dont les États ne sont ni continus , ni homogènes. C'est à la fois un prince français et allemand. La Champagne empêche ses États de Bourgogne de toucher à ceux des Pays-Bas. — Les ducs de Bourgogne et de Bretagne, et les mécontents de Guienne, ne cessent d'appeler les Anglais. S'ils obtiennent la Norman* die, ils seront maîtres de toutes les côtes occidentales du royaume; importance de cette province, qui fournissait le tiers des impôts du royaume. — Indépendamment de ces grandes puissances entre lesquelles le roi se trouve comme enfermé, il trouve encore des ennemis du côté de la Flandre , dans Saint-Pol; du côté de la Bretagne, dans le duc d'Alençon ; au centre, dans le duc de Bourbon, lié avec les mécontents du Midi.
Dans la France du iud-ouest (autrefois espagnole et anglaise) , Bordeaux et la plupart des villes restent favorables aux Anglais, la plupart des seigneurs tiennent pour la France. Puissantes maisons de Foix, d'Albret et d'Armagnac. Les Armagnacs, qui ont contribué à assujettir la Guienne au roi de France, veulent en vain la ramener sous la domination anglaise , ou la rendre indépendante sous un frère du roi. — Le roi d'Aragon possède encore le Roussillon de ce côté des Pyrénées.
Le roi de France a des domaines compactes, des troupes réglées , et la haine du peuple contre les Anglais. Les villes se défient des grands plus que du roi. Reconnu pour la source de toute justice, il doit attirer toutes les juridictions seigneuriales dans celles de ses parlements. Il a pour alliés l'Ecosse et le Danemark contre l'Angleterre; la Casti Ile, Gènes et Florence contre la maison d'Aragon ; les Liégeois, les Suisses et la maison d'Autriche contre le duc de Bourgogne; en outre les ducs de Milan et de Savoie.
I. 1444-1461. Charles VU, qui n'a pu chasser les Anglais qu'avec le secours des grands, ménage en eux les compagnons de sa victoire. Cependant il s'assure un pouvoir matériel indépendant des grands et du peuple par l'établissement de la taille perpétuelle (non autorisée par les états généraux), et d'une première armée permanente : 1444, Compagnies d'ordonnance, et francs archers. — 11 prépare la concentration du pouvoir judiciaire dans la main des rois : 1445, Institution du parlement de Toulouse; 1454, Ordonnance pour la rédaction des coutumes ; 1458, Procès du duc d'Alençon. — Les grands excitent le Dauphin (Louis XI) contre Charles VU, comme ils exciteront le duc de Guienne contre Louis XI. 1456, Relraile du Dauphin chez le duc de Bourgogne. Chagrins et mort de Charles y II, 1461.
II. 1461-1472, Louis XI. Prépondérance de la France à son avènement. Il accorde des secours à Marguerite d'Anjou et au roi d'Aragon , qui lui donne en gage le Roussillon et la Cerdagne, 1462.
Il veut abaisser les grands feudataires , et ne tait que les irriter. Causes qui déterminent la formation de la ligue du bien public : renvoi précipité des ministres de Charles VU, abolition delà pragmatique, qui ôte aux grands leur influence dans les élections ecclésiastiques, rachat des villes de la Somme, tentative d'établir la gabelle en Bourgogne, et d'ôter au duc de Bretagne les droits régaliens , tentative d'annuler le don du gouvernement de Normandie fait au comte de Charolais. — 1464-65, Nul ensemble dans l'attaque des confédérés, lis n'ont point de chef véritable. Louis XI, sûr de Paris, a le temps d'accabler le duc de Bourbon. Le duc de Bretagne ne joint son armée à celle des confédérés qu'après la bataille de Monllhéri. Enfin, la dissolution imminente de la ligue force les confédérés d'accepter les traités de Conflans et de Saint- Maur, dans lesquels le roi ôte aux uns pour donner aux autres , et sème les haines entre tous, 1465.
Les traités de Conflans et de Saint-Maur ne sont exécutés ni à l'égard du peuple (assemblée des notables, bientôt dissoute, 1466), ni à l'égard des princes, 1465-1468. Le roi reprend la Normandie à son frère, dès 1465. — Pendant que Charles le Téméraire succède à son père ( 1467) , gagne la bataille de Saint-Trond sur les Liégeois révoltés, et épouse la sœur d'Edouard IV, Louis XI, s'appuya nt contre son frère et le duc de Bretagne de l'avis des éUts de Tours (1468), leur impose le traité d'Ancenis , par lequel ils renoncent à l'alliance du duc de Bourgogne.
1468, Entrevue de Péronneet captivité du roi. Par le traité de Péronne, le roi semble perdre tout ce qu'il a gagné depuis celai de Conflans. La des-
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truGlion de Liège et Tabolition des privilèges de Gand assurent à Charles le Téméraire la paix intérieure , et lui permettent de tourner ses Yues au dehors ; la Champagne et la Brie, promises au frère du roi, vont établir une communication directe entre les Pays-Bas et la Bourgogne ( communication qui lui est assurée déjà par Tachât de TAIsace).
Louis XI éloigne son frère du duc de Bourgogne, en lui donnant la Guienne au lieu de la Champa* gne ; il essaye de ramener le duc de Bretagne dans sa dépendance, en lui envoyant le cordon de Saint- Michel ; il fait annuler solennellement le traité de Péronne da ns l'assemblée des notables à Tours, 1 471 .
[1469-71, Nouvelles révolutions d'Angleterre, dans lesquelles interviennent le roi de France et le duc de Bourgogne. Louis XI favorise Lancastre, comme parti français, et d'ailleurs plus faible qu'Tork. Charles le Téméraire , sorti de Lancastre par son aïeule maternelle, favorise York par opposition au roi de France et dans l'intérêt du commerce de la Flandre. Victoire d'Edouard IV , allié du duc de Bourgogne.]
III. 1472-1485, Vaste puissance de Charles le Téméraire. Double but de son ambition : 1<> il songe à rétablir l'ancien royaume de Bourgogne, en réunissant à ses États la Lorraine, la Provence, le Dauphiné et la Suisse; ^ il veut démembrer la France de concert avec les Anglais , et conquérir la Champagne et le Nivernois. L'un de ces projets -fit tort à l'autre.
Il perd le moment favorable de former une confédération contre Louis XI. Le duc de Guienne meurt en 147â. Jean II n'attaque qu'en 1473, Edouard IV en 1475. Ainsi le roi n'a jamais qu'un ennemi étranger à combattre, et peut s'assurer des ennemis intérieurs ; du duc d'AIençon en l'emprisonnant (1472), du comte d'Armagnac et de Charles d'Albret en les faisant mettre à mort (1473), du roi René en lui enlevant TAnjou (1474), du duc de Bourbon en donnant Anne de France à son frère (1473-74), et en le nommant lui-même son lieutenant dans plusieurs provinces du Midi (1473).
1474-1473, Charles le Téméraire ayant échoué dans sa négociation avec l'Empereur, appelle Edouard IV en France. Louis XI oppose à cette alliance celle de Sigismond d'Autriche , de René II de Lorraine , et des cantons suisses. Le roi d'Angleterre descend à Calais , mais n'est pas secondé par les Bourguignons , qui consument leurs forces devant Nuits. Entrevue de Pecquigni. 1475, Paix honteuse pour la France , bientôt suivie d'une trêve avec Charles le Téméraire. Supplice de Saint-Pol. — Conquête définitive du Roussillon par Louis XI.
1474, Révolte du comté de Ferrette, soutenu par les Suisses contre Charles le Téméraire , et
rendu par eux à Sigismond d'Autriche. Mort du gouverneur Hagenbach. Victoire des Suisses à Héricourt. 1475-1476, Charles envahit la Lorraine, attaque la Suisse , est défait à Granson et à Morat. 1477, Sa mort au siège de Nanci.
Louis XI pouvait, en mariant le Dauphin à Marie de Bourgogne , acquérir tout l'héritage de Charles le Téméraire. Il s'empare de la Bourgogne, de l'Artois et des villes sur la Somme.
1477, Violences des Gantois. Les états de Flandre font la guerre au roi de France , et donnent la main de leur souveraine à Maximilien d'Autriche. Commencement de la rivalité des maisons de France et d'Autriche : origine de la prépondérance de la dernière.
Louis XI s'assure des secours du duc de Lorraine et des Suisses, et de la neutralité de l'Angleterre et de l'Aragon. — 1479-1482, Maximilien maître de Cambrai , et vainqueur à Guinegate; les Français envahissent la Franche-(]omté. Mort de Marie, laissant deux enfants en bas âge, Philippe le Beau et Marguerite. 1482, Traité d'Arras. Fiançailles de Marguerite avec le Dauphin Charles. Réunion temporaire de l'Artois et de la Franche-Comté.
1480, 1481 , Extinction de la seconde maison d'Anjou , par la mort du roi René et de Charles du Maine. Louis XI hérite de l'Anjou , du Maine et de la Provence , et des prétentions des princes angevins sur le royaume de Naples.
1483, Mort de Louis XI; il laisse la tutelle de son fils Charles VIII à sa fille Anne de Beaujeu. — Caractère de ce prince. — Combien son règne odieux a été utile à la France. — Il consomme la ruine de la haute féodalité , en réunissant dix provinces à la couronne ( Roussillon et Cerdagne, 1462; Guienne , 1472; Picardie, Bourgogne , 1477; Provence, Maine, Anjou, 1481 ; Perche, Artois , Franche-Comté, 1482). Il limite la juridiction des seigneurs, et fonde le pouvoir monarchique dans l'orient et le midi de la France, par l'institution de trois parlements (Grenoble, 1451 ; Bordeaux, 1462 ; Dijon, 1477). 11 abat l'audace des grands dans la personne du comte d'Armagnac et du sire d'Albret, 1473; du connétable de Saint-Pol, 1475; du duc d'AIençon, 1476} et du duc de Nemours, 1477. Il facilite l'action du gouvernement sur les provinces éloignées, par rétablissement de la poste royale,
rV. 1485-1494. — Charles VIII. Régence d'Anne
de Beaujeu. Prétentions de Louis, duc d'Orléans , et de Jean, duc de Bourbon. 1484 , États généraux de Tours. Division remarquable des états en six nations. L'administration du royaume est confirmée à la dame de Beaujeu, et le duc d'Orléans est nommé président du conseil. Les états veulent
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diriger le conseil de régence par lears délégués , voter rimpôt tous les deux ans , et en régler la répartition.
1485, Guerre folle. Le duc d*Orléans, retiré à la cour de Bretagne, excite à la guerre le duc François II et Maximilien d'Autriche. Ils sont encouragés par Henri VIL et par Ferdinand le Catholique. — 1486, Anne de Beaujeu réduit les rebelles de la Guienne, menace la Bretagne, et arrête les succès de Maximilien.
1488. Nouveaux mouvements en Bretagne. Louis d'Orléans vaincu et pris à Saint-Aubin. Mort de François II. — 1491 , Charles YIII renonce à Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien, pour épouser Anne , héritière de Bretagne, qui, à son tour , rompt ses fiançailles avec Maximilien. Première réunion du duché de Bretagne. [ Les possesseurs des trois grands fiefs, Bourgogne , Provence , Bretagne, étant morts sans enfants mâles, le roi de France a démembré la première succession , 1477, a recueilli la seconde en vertu d'un testament, 1481 , et la troisième par un mariage, 1491.]
1491-1493, Maximilien se ligue avec Henri VU et Ferdinand le Catholique contre la France. Charles , pressé de porter ses armes en Italie , rend à Ferdinand le Roussillon et la Cerdagne , à Maximilien l'Artois et la Franche-Comté , et s'engage à continuer la pension que Louis XI payait au roi d'Angleterre.
1494, Commencement des guerres d'Italie.