PUISSENT ILS TROUVER CHEZ LUI UN PORT UR LIEU DE REPOS
Dans son enseignement, Yico s'intéressait vive-
ment aux progrès de la jeunesse , et pour la désabuser ou l'empêcher de tomber dans les erreurs des faux docteurs, il ne craignit pas de s'exposer à la haine des savants. Il ne parlait jamais de l'éloquence sans l'appuyer des préceptes de la sagesse, dont elle n'est, «disait-il , que l'expression. Il ajoutait que son enseignement, en dirigeant les esprits, devait tendre à les rendre universels. En s'exprimant sur tel sujet particulier, il savait si bien conduire son discours, qu'il paraissait animé de l'esprit de toutes les sciences qui avaient quelque rapport à son objet. C'est dans ce sens qu'il avait dit dans son discours De ratione êtudiorum, qu'un Platon ( pour citer un illustre exemple ) était chez les anciens, comme une de nos universités, dirigée par un seul système. Ainsi il parlait tous les jours avec autant d'éclat , avec une érudition aussi profonde et un esprit aussi varié, que si des savants étrangers eussent assisté à son cours. 11 était porté à la colère, et il fit tous ses efforts pour ne pas s'y livrer en écrivant, et il avouait publiquement que son défaut était de s'emporter, par suite d^une sensibilité excessive, contre les erreurs d'esprit ou de système, ou contre les mauvais procédés de ses rivaux en littérature, tandis qu'il aurait dû, en vrai philosophe, en chrétien, les dissimuler et y compatir.
Du reste, s'il eut de l'aigreur contre ceux qui cherchaient à le diffamer, il témoigna toujours de l'obligeance à ceux qui professaient une juste estime pour sa personne et pour ses ouvrages , et c'étaient les plus honnêtes gens et les plus instruits de la ville. Les demi-savants , les faux savants , le traitaient de fou, ou avec plus de politesse, d'extravagant, d'esprit obscur et paradoxal. La malignité l'accablait d'éloges. Les uns prétendaient que Yico était bon à instruire la jeunesse, lorsqu'elle avait terminé ses éludes, comme si Quintilien avait tort de désirer que les Alexandre fussent dès le berceau confiés à un Aristote. D'autres lui prodiguaient un éloge qui, pour être plus flatteur, n'en était pas moins nuisible : c'est qu'il était capable de diriger plutôt les maîtres. Yico bénissait ces adversités qui le ramenaient à ses études. Retiré dans sa solitude comme dans un fort inexpugnable , il méditait , il écrivait quelque nouvel ouvrage , et tirait une noble vengeance de ses détracteurs. C'est ainsi qu'il en vînt à trouver la Science nouvelle. Depuis ce moment il crut n'avoir rien à envier à ce Socrate, au sujet duquel le bon Phèdre exprime ce vœu magnanime:
Gujus non fugio mortem, si famam asseqaar Et cedo invidix, dum mode absolvar cinis.
<( Que l'on m'assure sa gloire, et j'accepte sa mort. Que l'envie me condamne vivant, pourvu qu'on absolve ma cendre. »