CHAPITRE yi. — Dv niis
Mené est pour les Latins ce qu'est pour nous pensiere; et ils disaient que le mené est donné aux hommes, dari, indi,immitiù II fa|it donc que ceux qui ont imaginé ces locutions aient cru que les idées sont créées et éveillées par Dieu dans Vanimuê des hommes ; c'est pour cela qu'ils disaient animi mené, et qu'ils rapportaient k Dieu notre libre arbitre et notre empire sur les mouvements de l'âme; d'où cet adage : Chacun a pour Dieu son plaisir, Hbido estêuuê euique Deuê, Ce Dieu propre à chaque homme , semblerait être Vintelligenee active des aristotéliciens, le sens éthéré des stoïciens, et le démùH socratique. C'est ce qtii a fourni le sujet de beaucoup de discussions très-ingénieuses aux plus aubtils méUphysiciens de ce siècle. Mais si Malebranche, cet esprit si pénétrant, tient cette doctrine pour bonne , je m'étonne qu'il s'accorde avec Descartes sur la vérité première : Je penee, donc Je euis; puisque diaprés ce dogme, que Dieu crée les idées en moi^ il devrait phit6t dire: Quelque chose pense en moi ; donc ce quelque chose est ; or, dans la pensée , je ne reconnais aucune idée de corps j donc , ce qui pense en moi est le
plus pur esprit, c'est-à-dire. Dieu. Ou peut être l'âme est faite de telle sorte qu'une fois parvenue, en partant de l'indubitable, à la connaissance de Dieu , très - bon , très - grand , elle reconnaît pour faux cela même qu'elle avait cru hors de doute. Par suite, et en général, toutes les idées sur les créatures seraient comme fausses relativement à l'idée de l'Être suprême ; parce qu'elles ont pour objets des choses qui , comparées à Dieu, nesemblent plus fondées sur le vrai, tandis que Dieu seul est l'objet d'une idée vraie , étant seul selon le vrai. En sorte que Malebranche, s'il eût voulu être conséquent dans sa doctrine , aurait dû enseigner que l'esprit humain (mens) reçoit de Dieu non-seulement la connaissance du corps auquel cet esprit est lié, mais la^ connaissance de soi-même; en sorte qu'il ne se pourrait connaître lui-même , s'il ne se connaissait en Dieu. En effet l'esprit se manifeste en pensant; or. Dieu pense en moi ; donc, je connais en Dieu mon propre esprit. Telle devrait être la doctrine de Malebranche pour être conséquente à elle-même. Pour nous , ce que nous admettons, c'est que Dieu est le premier auteur de tous les mouvements , soit des corps, soit des âmes.
Mais voici les si.rtes et les écueils. Comment Dieu peut- il être le moteur de l'âme humaine ? Tant de choses mauvaises, tant de turpitudes, tant de faussetés , tant de vices ! Comment accorder en Dieu la science souverainement vraie et absolue, et dans l'homme le libre choix de ses actes? Nous savons avec certitude que Dieu a la toute- puissance, l'omni-science, la bonté suprême ; pour lui , penser est le vrai , vouloir est le bien ; sa pensée est parfaitement simple et toujours présente; sa volonté , stable et irrésistible. Bien plus , comme nous l'enseigne la sainte Écriture , nul de nous ne peut aller au Père, êi le Père ne Vy traine. Et comment sommes-nous traînés , si c'est volontairement? Écoutons saint Augustin. « Nous voulons être entraînés, nous le voulons de grand cœur; c'est par le plaisir qu'il entraîne. » Quoi de mieux en harmonie avec la volonté divine , toujours conséquen te à elle-même, et avec la liberté de l'homme ? C'est ce qni fait que dans nos erreurs mêmes, nous ne perdons pas Dieu de vue , car ce qui nous attire dans le foux, c'est l'apparence du vrai, et dans le mal le semblant du bien. Nous ne voyons que du fini, nous nous sentons finis, mais c'est à l'infini que nous pensons, il nous semble voir que le mouvement est produit par les corps , et transmis par les corps jusqu'il nous ; matsces productions mêmes et ces communications de mouvement nous montrent et nous prouvent que c'est Dieu, et Diea esprit qui est l'auteur du mouvement. Nous voyons droit le tortu. un le multiple, identique le diffé-
DE L'ANTIQUE SAGESSE DE L'ITALIE
rent , immobUe le mobile ; mais comme ni le droil, ni l\in 9 ni Tidentigae, ni l'immobile ne sont dans la nature, se tromper en tout cela , c'est par défaut d'attetition, par illusion sur les créatures, contempler sanslesaToir, dans des copies imparfaites, le INeu très-bon, très-grand. — Ainsi, la métaphysique traite du vrai indubitable; parce qu'elle a pour objet ce dont on est toujours certain, même lorsqu'on doute, qu'on se trompe ou qu'on est trompé.