‹ ŒuvresChapitre 28 sur 232 · ICaiLET · texte numérisé non relu

ICaiLET

S 1. — Du sens.

Les Latins désignaient par sensus non-seulement les sens externes, comme par exemple la vue, et le sens interne qui se nommait animi sensus, comme la douleur, le plaisir, la tristesse, mais aussi les jugements, les délibérations, et même les vœux. Ita senHo, c'est ainsi que je juge ; stai sentenita, cela est résolu ; es sentenOà evenii, selon mon désir ; et dans les formules : ex animi fui sentenUâ. Seraitce que les anciens phUosophes de l'Italie auraient pensé avec les aristotéliciens que l'esprit humain ne perçoit rien que par les sens? ou, avec la secte d'Épicure, qu'il n^est rien que sens ; ou, avec les platoniciens et les stoïciens, que la raison est un sens éthéré et très-pur? El en effet, il n'y a aucune école païenne qui ait cru l'âme humaine pure de toute corporéité. Voilà pourquoi l'antiquité pensait que toute OBuvre de l'esprit était sens ; c'estrà-dire que tout ce que l'esprit peut faire ou souffrir n'est qu'un tact des corps. Mais notre religion nous apprend que l'esprit est absolument incorporel, et nos métaphysiciens prouvent à l'appui que, quand les organes corporels des sens sont mus par des corps , c'est Dieu qui , à cette occasion , les met en mouvement.

$ II. -^ Memorià et phantasia.

Les Latins appellent la mémoire memoria, lorsqu'elle garde les perceptions des sens , et reminiscentia quand elle les rend. Mais ils désignaient de même la faculté par laquelle noos formons des images, et qui s'appelle chez les Grecs phaniasia,ei chei nous imaginativa; car ce que nous disons vulgairement imaginer, les Latins le disaient memih rare. EstKse parce que nous ne pouvons imaginer que ce que nous nous rappelons, et nous ne nous rappelons que ce que nous avons perçu par les sens ? Il n'y a pas de peintre qui ait jamais peint aucune espèce de plantes ou d'animaux qui ne se trouve dans la nature; les hippogriffes et les centaures ne sont que des êtres véritables mêlés en un tout fabuleux. Les poètes n'imaginent pas non plus une vertu qui ne soit dans les choses humaines ; mais après l'avoir prise dans la réalité , ils l'exaltent jusqu'à l'incroyable pour en faire un type sur lequel ils forment leurs héros. Aussi le Grecs disent- ils dans leur mythologie que les Muses, les vertus de rimagination, sont les filles de Mémoire.

IJ III.— De rt«i^amtii9i. .

Vingenium est la faculté d'amener à l'unité ce qui est séparé et divers; les Latins y joignent les

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épithètes û^acuium et obiusum; deux expressions tirées du sanctuaire de la géométrie : l'aigu pénètre plus promptement et rapproche la diversité, puisqu'il unit deux lignes en un point sons un angle plus petit qu'un droit; mais Fobtusa plus de peine à entrer dans les choses, et laisse les choses diverses très-éloignées sur la base , comme les deux lignes qu'il unit en un point hors de l'angle droit. L'esprit sera donc obtuêum quand il unit avec lenteur, acuium quand il unit rapidement. Les Latins prennent Tun pour l'autre itiffenium et natura. Est-ce parce que l'esprit humain est la nature de l'homme, ou parce que la fonction de Vingenium c'est de saisir les relations des choses, de voir ce qui est convenable, décent, beau ou honteux, faculté qui est refusée aux brutes? est-ce parce que de même que la nature engendre les choses physiques, de même Vingenium humain engendre les choses mécaniques? en sorte que Dieu est l'artisan de la nature, et l'homme le dieu de l'artificiel ? Là où est la science, là est aussi le êciium, que les Italiens rendent avec non moins d'élégance par ben' intense et aggiuetaio. Est-ce parce que la science consiste à faire que les choses se correspondent dans de belles proportions, ce qui n'est au pouvoir que des ingeniosi? C'est pour cela que la géométrie et l'arithmétique, qui en enseignent les moyens, sont les plus éprouvées de toutes les sciences, et que ceux qui y excellent sont appelés en italien ingegnieri, ingénieurs.

% iV. — De la faculté certaine du «avoir.

Ces réflexions nous donnent occasion de rechercher quelle est dans l'homme la faculté propre de savoir; car l'homme perçoit, juge, raisonne, mais souvent il a des perceptions fausses , il porte des jugements aveugles, il raisonne de travers. La philosophie grecque donna rénumération suivante des facultés de savoir qui ont été données à l'homme, et des arts par lesquels chacune se gouverne ; faculté de percevoir dirigée par la topique , de juger par la critique, de raisonner par la méthode. Pour la méthode , ils n'en ont pas donné les préceptes dans leurs ouvrages de dialectique , parce que les enfants l'apprenaient aisément en étudiant la géométrie. Hors de la sphère de la géométrie, l'antiquité pensait que l'ordre doit être confié à la prudence, qui ne se dirige par aucun art et qui est prudence par cela même. Les artisans seuls vous prescrivent de placer ceci dans un lieu, cela dans un autre, cela encore dans un troisième; manière d'agir moins propre à former un homme prudent qu'un ouvrier. Et si vous transportez la méthode géométrique dans la vie pratique :... Nihilo plue agas,

guam êi deê operam ut cum ratione insaniae (C'est vouloir déraisonner avec la raison). Et comme si l'on ne voyait pas régner dans les choses humaines le caprice, le fortuit , l'occasioo , le hasard, vouloir marcher droit à travers les anfractuosisés de la vie , vouloir dans un discours politique suivre la méthode des géomètres , c'est vouloir n'y rien mettre d'ocif^m, ne rien dire que ce qui se trouve sous les pas de chacun, c'est traiter ses auditeurs comme des enfants à qui on ne donne point d'aliment qui ne soit mâché d'avance; c'est faire le pédagogue et non pas l'orateur.

Certes, je m'étonne de voir ceux qui vantent si fort la méthode géométrique dans l'éloquenceci vile, ne proposer pour modèle que Démosthène. Bientôt, s'il platt à Dieu, Cicéron ne sera que confusion, désordre , chaos ; Cicéron, en qui les doctes ont jusqu'à ce jour admiré tant d'ordre , tant de soin de l'arrangement et de l'harmonie , lui , dont les paroles se succèdent et s'enchatnent si bien , que ce qu'il dit en second lieu semble sortir de ce qu'il a dit d'abord, plutôt que venir de l'orateur. Mais Démosthène procède-t-il autrement que par hyperbate , comme le lui reproche Longin , le plus judicieux de tous les rhéteurs? J'ajouterai que c'est dans ce désordre même que la force de son éloquence, toute en enthymèmes, se bande comme une catapulte. Son habitude est de mettre d'abord le sijyet en avant, pour avertir ses auditeurs de ce dont il s'agit : bientôt il se jette à côté dans une chose qui semble n'avoir rien de commun avec la question, pour distraire et fourvoyer ses auditeurs ; à la fin , il rétablit le rapport entre ce qu'il vient de dire et le sijget qu'il s'est proposé ; de sorte que les foudres de son éloquence tombent avec d'autant plus de puissance qu'on y est moins préparé. Il ne faut pas croire que toute l'antiquité se soit servie d'une méthode incomplète, parce qu'ils n'ont pas reconnu cette ^«a/rtdma opération de l'esprit, pour compter comme on fait aujourd'hui. En réalité, ce n'est pas une quatrième opération , mais Fart qui s'applique à la troisième , l'art par lequel on ordonne les raisonnements. Aussi toute la dialectique, dans l'antiquité, se divisait en art d'inventer et art de juger. Les académiciens se renfermaient tout entiers dans l'invention, et les stoïciens dans le jugement. Les uns et les autres avaient tort, car il n'y a pas d'invention sans jugement, ni de jugement sûr sans invention.

En efiet , comment l'idée claire et distincte de notre esprit sera-t-elie le critérium du vrai , s^il ne voit tout ce qui est dans la chose, tous ses attributs? Et comment peut- on être certain d'avoir tout vu, si l'on n'a pas discuté toutes les questions qui peuvent s'élever sur le sujet. Il faut d'abord

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Itti

examiner si la chose est, pour ne pas discourir sar un néant ; ensuite , ce qu'elle est, pour ne pas disputer sur un nom ; puis quelle est sa quantité, soit en étendue, soit en poids, soit en nombre; sa qualité, et ici considérer la couleur, la saveur, la mollesse , la dureté et autres qualités tangibles ; en outre il faut se demander quand la chose naît , combien elle dure, et en quels éléments elle se résout par la corruption; il faut y appliquer de même les autres catégories, et la comparer à toutes les choses avec lesquelles elle a quelque rapport, avec les causes dont elle naît, avec les effets qu'elle produit, avec les résultats de ses opérations, avec ce qui lui est semblable on dissemblable, ou contraire, avec ce qui est plus grand ou plus petit, ou qui lui est égal. Aussi les catégories d'Aristote et les topiques sont entièrement inutiles* Si on y veut trouver du nouveau , on deviendra un luUiste ou un kirkérien, un homme qui connaît les lettres, mais qui ne sait point épeler pour lire dans le grand livre de la nature. Mais si on les considère comme des index, des tables de ce qu'il faut examiner sur un s^jet pour en avoir une vue claire, rien de plus fécond pour l'invention ; et c'est une source d'où peuvent sortir la faconde oratoire et l'observation profonde. Réciproquement, si l'on se fie, pour voir les choses, à Vidée claire ei distincte, on sera facilement trompé, et l'on croira souvent connaître distinctement ce dont on n'aura qu'une notion confuse , parce qu'on n'aura pas connu tout ce qui est dans l'objet et qui le distingue des autres choses. Mais si l'on parcourt avec le Qambeau de la critique tous les lieus de la topique , alors on sera sûr de connaître Fobjet d'une manière claire et distincte; parce qu'on Faura soumis à toutes les questions que l'on peut élever sur l'objet proposé , et dans cet examen successif la topique même est critique. En effet, les arts sont en quelque sorte les lois de la cité de rintelligence (reipuhlicm iitterehriœ). Ce sont les observations des savants sur la nature, qui se sont converties en règle de méthode. Celui qui fait une chose selon l'art, celui-là est sûr d'avoir pour lui le sentiment de tous les doctes ; celui qui opère sans art se trompe , parce qu'il ne se fie qu'à sa nature personnelle.

Toi aussi , sage Paolo , tu es dans cette opinion, toi qui, en formant ton prince, ne lui prescris pas de s'engager tout d'abord dans la critique, mais qui as voulu qu'il fût longtemps imbu de bons exemples, avant d'apprendre à les juger. Et pourquoi cela , sinon afin que son génie s'épanouisse d'abord , et qu'on le cultive ensuite par l'art de penser et juger? Le divorce de l'invention et du jugement chez les Grecs n'est venu que du défaut de réflexion sur la faculté propre de savoir.

Cette faculté est Vingenium, par lequel l'homme a la capacité de contempler et de faire des objets semblables à ceux de sa contemplation. La première faculté qui se montre chez les enfants, où la nature est plus entière et moins altérée par la persuasion ou le préjugé , c'est celle de faire le semblable; ils appellent tous les hommes pères et toutes les femmes mères, et se plaisent à imiter :

JEdifieare casas, plaostello adjangere mures, Ludere par impar, equitare io arondine loogâ.

Or c'est la similitude des mœurs qui engendre chez les nations le sens commun. Et ceux qui ont écrit sur les inventeurs, nous apprennent que tous les arts et toutes les commodités dont le travail a enrichi le genre humain ont été trouvés ou par hasard, ou par quelque similitude qu'indiquaient les animaux, ou qu'imaginait l'industrie des hommes. — Tout ce que nous venons de dire, la philosophie italique le connaissait, la langue nous l'atteste ; ce qu'on appelle dans l'École moxen terme, ils l'appelaient argumen ou argumeniutn» Argumen vient de la même racine qu'ai^w/ttin ou acumin»-' tum. Or ceux-là sont arguti qui démêlent dans des choses très-diverses quelque rapport commun par lequel elles s'unissent ; ils franchissent ce qui se trouve sous leurs pas, et vont chercher au loin des relations qui conviennent à leur sujet, ce qui est une preuve ûHngenium, et s'appelle octtmefi. Il faut donc de Vingenium pour inventer, puisque, en général, trouver des choses nouvelles , c'est l'œuvre et l'opération, du seul ingenium, du génie. — Ainsi on peut conjecturer que les anciens philosophes de l'Italie faisaient peu de cas du syllogisme et du sorite, et se servaient, dans leurs recherches, de l'induction par analogie. C'est ce que confirme l'histoire ; car la plus ancienne dialectique était l'induction et la comparaison des semblables, dont Socrate fut le dernier à faire usage ; Aristote adopta ensuite le syllogisme, et Zenon le sorite. Celui qui se sert du syllogisme ne réunit pas des choses diverses, il tire plutôt une espèce subordonnée à un genre, du sein même de ce genre; celui qui emploie le sorite, rapproche les causes des causes en liant chacune à celle qui lui est la plus prochaine ; se servir de l'une ou de l'autre de ces deux méthodes, ce n'est pas unir deux lignes en un angle plus petit qu'un droit, ce n'est que prolonger une seule ligne ; c'est plutôt de la subtilité que de Vacuité ; remarquons cependant que l'emploi du sorite est aussi supérieur en subtilité à celui du syllogisme , que les genres sont grossiers en comparaison des causes particulières.

Au sorite des stoïciens répond la méthode géométrique de Descartes ; méthode utile en géométrie,

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où Ton peut définir des Doms et poser des postulats comme possibles j mais dès qu'elle sort des trois dimensions et des nombres , elle ne peut guère senrir à faire des découvertes, mais seulement â mettre en ordre ce qu^on a découvert. Votre exemi^, docte Paolo, me confirmerait dans ce sentiment. Car pourquoi tant d'autres sont- ils si experts dans cette méthode, et ne peuvent*ils trouver les belles pensées auxquelles vous arrivez ? Vous , c'est dans un âge avancé que vous avez pénétré dans ceque les lettres ont de plus intime; votre vie s'était passée dans des procès relatifs à la grande fortune que vous disputaient des princes et des hommes puissants de votre famille. Vous remplissez tout office libéral dans un siècle où la vie en est accablée; vous satisfaites à tout, et le jour et souvent bien avant dans la nuit; et vous avez bientôt fait autant de progrès dans ces études, qu'un autre en aurait fait qui s'y serait toujours tenu renfermé, fit que votre modestie ne rapporte pas à la méthode ce qui est le don de votre divin génie.

Concluons que c^ n'est point la méthode géométrique qu'il faut introduire dans la physique, mais la démonstration elle-même. Les grands géomètres ont appliqué à la considération des principes physiques les principes mathématiques, comme, parmi les anciens, Pythagore et Platon, et, parmi les modernes , Galilée.

Ainsi on peut expliquer des phénomènes particuliers de la nature, par des -expériences particulières qui soient des opérations particulières de géométrie. C'est à qiioi se sont appliqués dans notre Italie le grand Galilée et d'autres illustres physiciéf)s, qui, avantqu'on introduisit la méthode géométrique dans la physique , expliquèrent de cette manière d'innombrables et très-importan(s phénomènes de la nature. C'est là ce qui préoccupe uniquement les Anglais ; aussi défendent-ils d'enseigner publiquement la physique par la méthode géométrique ; et c'est ainsi qu'on peut faire avancer la physique. J'ai indiqué dans ma Dissertation sur les études de notre temps , comment on peut obvier par la culture du génie naturel , aux inconvénients de la [ihysique ; Ce qui a peut-être fort étonné les gens préoccupés de la méthode. Car la méthode entrave le génie en se proposant pour but la facilité; elle assure la vérité, mais elle tue la curiosité. La géométrie n'aiguise pas le ^énie lorsqu'on enseigne selon la méthode, mais lorsque la force du génie lui fait traverser des régions tout autres, toutes différentes, montueuses, inégales. Aussi j'exprimais le désir qu'on l'enseignât par la synthèse et non par l'analyse, afin qu'on démontrât en construisant, c'est-à-dire qu'au lieu de trouver le vrai , nous le fissions. Car trouver c'est du hasard, faire c'est de

l'industrie ; aussi voulais- je qu'on enseignât cette science non par nombres et espèces, mais par figures, afin que si l'esprit recevait moins de culture de cet enseignement, du moins l'imagination s'affermtt ; l'imagination est l'œil du génie naturel , comme le jugement est l'œil de l'intelligence. Et les cartésiens qui ne sont cartésiens, comme vous le dites très-bien , Paolo , que selon la lettre et non selon l'esprit, pourraient remarquer qu'ils professent en réalité ce que nous venons d'avancer, bien qu'ils le nient de bouche ; car à l'exception de ce premier vrai qu'ils demandent à la conscience {Je pense , donc je nuin) , ils empruntent uniquement les vérités qui leur servent de règle pour le reste, à l'arithmétique et à la géométrie, c'est-à-dire au vrai que nous faisons ; ils répètent sans cesse : « Que le vrai soit comme ces propositions, troiê et quatre ftmt sept, la somme de deux côtés d'un triangle est toujours plus grande que la troisième; » c'està-dire qu'il faut voir la physique du point de vue géométrique; or, cet axiome ne revient -il pas à celui-ci : « La physique sera vraie pour moi, quand je l'aurai faite ; de même que la géométrie est vraie pour les hommes, parce qu'ils la font. »

CHAt>ITRE VIII. — Di L'ouvRiia svratBB.

Avec ce que nous avons dit du vrai et du fait, avec ces propositions , que le vrai est la collection de tous les éléments de l'objet, de tous en Dieu, et dans l'homme des éléments externes; que le verbe de l'intelligence est propre en Dieu et impropre dans l'homme, et que la faculté se rapporte à ce que nous faisons bien et facilement, s'accordent ces quatre expressions latines, Numen, Fatum, Casusei Fortuna.

§ I. — Numeti.

Ils appelaient Numen la volonté des dieux, ce qui donne à entendre que le Dieu très-bon et très-grand exprime sa volonté par le fait même , et l'exprime avec autant de célérité et d'aisance qu'il y en a dans un clin d'œil. Longin admire MoTse pour la manière digne et grande dont il parle de Dieu : Dùtit et facta sunt. Les Lalins exprimaient ces deux idées par un s?ul mot. En effet, la bonté divine n'a qu'à vouloir pour faire les choses qu'elle veut; et telle est la facitité de cette création que ces choses setoibleot naître d'elles-mêmes. Plutarque nous raconte qne les Grecs admiraient la poésie d'Homère et les peintures de Nicomaque, parce qu'elles semblaient nées d'elles-mêmes plutôt que formées par l'art ; je pense que c'est cette faculté créatrice qui a fait appeler divins les poètes et les peintres. Ainsi, cette divine

DE L'ANTKjUfi SAGESSE DE LITALIE.

facilité à CurQ est la nature; et dans rhomme, c'est cette vertu rare et précieuse, aussi difficile que yantée, que nous appelons naturaiejua ; ce que Cicéron tournerait par genu» sud $ponte ft$êum, et quodamr modo naturale,

% 11. — Fatum et Casus,

JHctum se prend chez les Latins pour certum; cerium signifie déterminé ; or fatum est la même chose que dictum ; et factum et verum ont aussi pour synonyme verbum. Les Latins eux-mêmes, pour exprimer un effet accompli rapidement, disaient dictum factum, aussitôt dit que fait. En outre, ils appelaient caêua la manière dont tournent et finissent les choses et les mots. Aussi les sages Italiens qui imaginèrent les premiers ces expressions, désignèrent l'ordre éternel des causes par le mot de fatum, et le résultat de cet ordre éternel par casus; ainsi les faits seraient des paroles de Dieu , et les événements les cas des mots avec lesquels Dieu parle; fhtum serait la même chose que le fait; voilà pourquoi ils regardèrent le destin comme inexorable, parce que les faits ne peuvent pas ne pas être faits.

S III. — Fortuna.

Les Latins disaient de la Fortune qu'elle était favorable ou contraire; et cependant /or/Kfia vient de l'ancien mot fbrtus, qui signifiait bon. Aussi, par la suite, pour distinguer Tune de l'autre, ils disaient f&rs fortuna. Or la fortune est un Dieu qui opère par des causes déterminées, indépendamment de notre attente. L'ancienne philosophie italique aurait-elle donc pensé que tout ce que Dieu fait est bon, et que tout vrai, ou tout fait, est bon, et que nous, par notre injustice qui nous fait tourner les yeux sur nous-mêmes au lieu de les porter sur l'ensemble de l'univers, nous considérons comme ao mal ce qui nous est contraire, mais bon dans son rapport au monde entier? Le monde sera donc une république natureiIe,où Dieu, comme un monarque, a en vue le bien commun, où chacun, comme particulier, pense à son bien propre , et où le mal privé sera le bien public ; et de même que dans une république fondée par les hommes, le salut du peuple est la loi suprême, de même dans cet univers établi par Dieu, la reine de toutes choses sera la fortune , on la volonté de Dieu , en ce sens que toujours attentive au salut de l'ensemble, elle domine le bien privé, les natures particulières ; et de même que le salut des particuliers doit céder au salut public, ainsi le bien de chacun sera subordonné au bien de l'univers ; et de cette manière les

choses qui semblent adverses dans la nature seront encore des biens.

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