Fondements du vrai
(Méditer le monde social dans son idéal étemel.)
5. Pour être utile au genre humain, la philosophie doit relever et diriger l'homme déchu et toujours débile ; elle ne doit ni l'arracher à sa propre nature, ni l'abandonner à sa corruption.
Ainsi sont exclus de l'école de la nouvelle science les stoïciens qui veulent la mort des sens, et les épicuriens qui font des sens la règle de l'homme; ceux-là s'enchatnant au destin, ceux-ci s'abandonnant au hasard cl faisant mourir l'âme avec le corps ; les uns et les autres niant la Providence. Ces deux sectes isolent l'homme et devraient s'appeler philosophies solilaires. Au contraire, nous admettons dans notre école les philosophes politiques , et surtout les platoniciens, parce qu'ils sont d'accord avec tous les législateurs sur trois points capitaux : existence d'une Providence divine, nécessité de modérer les passions humaines et d'en faire des vertus humaines, immortalité de Fâme. Cet axiome nous donnera les trois principes de la science *.
6. La philosophie considère l'homme tel qu'il doit être; ainsi elle ne peut être utile qu'à un bien petit nombre d'hommes qui veulent vivre dans la
< Le principe du droit naturel est lejuale dans ton unité, autrement dit, Punité des idées du genre humain concernant les choses dont rulilité ou la nécessité est commune à toute la nature humaine. Le pyrrhonisme défruit Vhumanité, parce qu'il ne donne point Punité. L'épicuréîsme la dissipe en quelque sorte , parce qu'il abandonne an sentiment individuel le jugement de Futilité. Le stoïcisme l'anéantit, parce qu'il ne reconnaît d'utilité ou de nécessité que celle de Pâme, et qu'il
république de Platon , et non ramper dana-toySm^e du peuple de JRomulus ^.
7. La législation considère l'homme tel qu'il est, et veut en tirer parti pour le bien de la société humaine. Ainsi de trois vices, l'orgueil féroce, l'avarice, l'ambition , qui égarent tout le genre bumain, elle tire le métier de la guerre, le commerce, la politique [la corte), dans lesquels se forment le courage, l'opulence, la sagesse de l'homme d'État. Trois vices capables de détruire la race humaine produisent la félicité publique.
Convenons qu'il doit y avoir une Providence divine, une intelligence législatrice du monde : grâce à elle, les passions des hommes livrés tout entiers à l'intérêt privé, qui les ferait vivre en bêtes féroces dans les solitudes, ces passions mêmes ont formé la hiérarchie civile, qui maintient la société humaine.
8. Les choses, hors de leur état naturel, ne peuvent y rester, ni s'y maintenir.
Si , depuis les temps les plus reculés dont nous parle l'histoire du monde, le genre humain a vécu, et vit tolérablement en société, cet axiome termine la grande dispute élevée sur la question de savoir si la nature humaine est sociable, en d'autres termes s'ilx a un droit naturel; dispute que soutiennent encore les meilleurs philosophes et les théologiens contre Épicure et Carnéade, et qui n'a point été fermée par Grolius lui-même.
Cet axiome , rapproché du septième et de son corollaire, prouve que l'homme a le libre arbitre, quoique incapable de changer ses passions en vertus, mais qu'il est aidé naturellement par la providence de Dieu, et d'une manière surnaturelle par la Grâce.
9. Faute de savoir le vrai, les hommes lâchent d'arriver au certain, afin que si VintelligeHce ne peut être satisfaite par la science, la volonté du moins se repose sur la conscience,
10. Lsi philosophie contemple la raison, d'où vient la science du vrai; la philologie étudie les actes de la liberté humaine, elle en suit Vautorité; et c'est de là que vient la conscience du certain, — Ainsi nous comprenons sous le nom de philologues tous les grammairiens , historiens, critiques, lesquels s'occupent de la connaissance des langues et des faits ( tant des faits intérieurs de l'histoire des peu-
méconnait celle du corps; encore \eSage seul peut- il juger de celles de Tàme. La seule doctrine de Platon nous présente le jualB dans ton unité; ce philosophe pense qu'on doit suivre comme la règle du vrai ce qui semble un, ou le mêmB à tous les hommes. Science nouvelle. Édition de 1725, réimprimée en 1817, page 74.
2 Dicit enim (Cato) tanquàm in Platonis iroAcrffo, nontanquàm inJRomuUfœce aententiam. Cic. ad Atticum, lih. II. {NoteduTrad.)
PHILOSOPHHi; DE L'HISTOIRE.
pies, comme lois et usages, que des faits extérieurs, comme guerres, traités de paix et d*alliance, commerce, voyages).
Le mâme axiome nous montre que les phiioso' phes sont restés à moitié chemin en négligeant de donner à leurs raisonnements une certitude tirée de Vautorité des philologues; que les philologues sont tombés dans la même faute, puisqu'ils ont négligé de donner aux faits ce caractère de vérité qu'ils auraient tiré des raisonnements philosophiqueê^ Si les philosophes et les philologues eussent évité ce double écueil, ils eussent été plus utiles à la société, et ils nous auraient prévenus dans la recherche de cette nouvelle science.
11. L'étude des actes de la liberté humaine, si incertaine de sa nature , tire sa certitude et sa détermination du sens commun appliqué par les hommes aux nécessités ou utilités humaines , double source du droit naturel des gens ^
12. Le sens commun est un Jugement sans réflesion, partagé par tout un ordre, par tout un peuple, par toute une nation, ou par tout le genre humain.
Cet axiome (avec la définition suivante) nous ouvrira une critique nouvelle relative aux auteurs des peuples, qui ont dû précéder de plus de mille ans les auteurs de livres, donl la critique s'est occupée jusqu'ici exclusivement.
13. Des idées uniformes nées chez des peuples inconnus les uns aux autres, doivent avoir un motif commun de vérité.
Grand principe, d'après lequel le sens commun du genre humain est le critérium indiqué par la Providence aux nations pour déterminer la certitude dans le droit naturel des gens. On arrive à cette certitude en connaissant l'unité, l'essence de ce droit auquel toutes les nations se conforment avec diverses modifications. ( f^<^, le 22* axiome. )
Le même axiome renferme toutes les idées qu'on s'est formées jusqu'ici du droit naturel des gens ; droit qui , selon l'opinion commune , serait sorti d'une nation pour être transmis aux autres. Cette erreur est devenue scandaleuse par la vanité des Egyptiens et des Grecs , qui , à les en croire , ont répandu la civilisation dans le monde.
C'était une conséquence naturelle qu'on fil venir de Grèce à Rome la loi des Douze Tables. Ainsi le droit civil aurait été communiqué aux autres peuples par une prévoyance humaine ; ce ne serait pas un droit mis par la divine Providence dans la nature, dans les mœurs de l'humanité, et ordonné par elle chez toutes les nations!
' Le droit naturel des gtn» a , dans Vico , une signification très-étendoe. Il comprend non -seulement les
Nous ne cesserons , dans cet ouvrage, de tâcher de démontrer que le droit naturel des gens naquit chez chaque peuple en particulier , sans qu'aucun d'eux sût rien des autres ; et qu'ensuite à l'occasion des guerres, ambassades, alliances, relations de commerce, ce droit fut reconnu commun à tout le genre humain.
14. La nature des choses consiste en ce qu'elles naissent en certaines circonstances, et de certaines manières. Que les circonstances se représentent les mêmes, les choses naissent les mêmes et non différentes.
li$. Les propriétés inséparables du sujet doivent résulter de la modiGcation avec laquelle, de la manière dont la chose est née, ces propriétés vérifteni à nos yeux que la nature de la chose même (c'està-dire la manière dont elle est née ) est telle , et non pas autre.