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Fable, convenance, pensée, expression, etc

KO. Dans Tenfatice , la mémoire est très-forte ; aussi rimagi nation est vive à l'excès ; car l'imagination n'est autre chose que la mémoire avec extention , ou composition. — Voilà pourquoi nous trouvons un caractère si frappant de vérité dans les images poétiques, que dut former le monde enfant.

51. En tout les hommes suppléent à la nature par une étude opiniâtre de l'art; en poésie seulement , toutes les ressources de l'art ne feront rien pour celui que la nature n'a point favorisé. — Si la poésie fonda la civilisation païenne, qui devait produire tous les arts , il faut bien que la nature ait fait les premiers poêles.

58. Les enfants ont à un très-haut degré la faculté d*imiter; tout ce qu'ils peuvent déjà connaître, ils s'amusent à l'imiter. — Aux temps du monde enfent, il n'y eut que des peuples poêles; la poésie n'est qu'imitation.

C'est ce qui peut faire comprendre pourquoi tous les arts de nécessité, d'utilité, de commodité, et même la plupart des arts d'agrément, furent trouvés dans les siècles poétiques , avant (fu'il se formât des philosophes : les arts ne sont qu'autant d'imitations de la nature , une poésie réelle, si je . l'ose dire.

55. Les hommes sentent d'abord , sans remarcpierles choses senties ; ils les remarquent ensuite mais avec la confusion d'une âme agitée et passionnée; enfin, éclairés par une pure intelligence, ils commencent à réfléchir.

C^t axiome nous explique la formation des pensées poétiques. Elles sont l'expression des passions et des sentiments , à la différence des pensées phi-

losophiques qui sont le produit de la réflexion et du raisonnement. Plus les secondes s'élèvent aux généralités, plus elles approchent du t^at; les premières, au contraire, deviennent plus certaines (c'est-à-dire qu'elles peignent plus fidèlement), à proportion qu'elles descendent dans les particularités. , . . •

54. Les hommes interprètent les choses douteuses ou obscures qui les touchent, conforméme:it à leur propre nature, et aux passions et usages qui en dérivent.

Cet axiome est une règle importante de notre mythologie. Les fables imaginées par les premiers hommes furent sévères comme leurs farouches inventeurs , qui étaient à peine sortis de l'indépendance bestiale pour commencer la société. Les siècles s'écoulèrent , les usages changèrent, et les fables furent altérées, détournées de leur premier sens, obscurcies dans les temps de corruption et de dissolution qui précédèrent même l'existence d'Homère. Les Grecs , craignant de trouver les dieux aussi contraires à leurs vœux, qu'ils devaient l'être à leurs mœurs, attribuèrent ces mœurs aux dieux eux-mêmes, et donnèrent souvent aux fables un sens honteux et obscène.

55. Étendez à tous les Gentils le passage suivant, où Eusèbe parle des seuls Égyptiens , il devient précieux : Originairement la théologie des Égxp* tietis ne fut autre chose qu'une histoire mêlée de fables; les Ages suivants, qui rougissaient de ces fables, leur supposèrent peu à peu une signification mystique. C'est ce que fit Hanéthon, grand-prêtre de rÉgypte, qui prêta à l'histoire de son pays le sens d'une sublime théologie naturelle.

Les deux axiomes précédents sont deux fortes preuves en faveur de notre mythologie historique, et en même temps deux coups mortels portés au préjugé qui attribue aux anciens une sagesse impossible à égaler (inarrivabile). Ils renferment en même temps deux puissants arguments en faveur de la vérité du christianisme, qui, dans l'histoire sainte, ne présente aucun récit dont il ail à rougir.

56. Les premiers auteurs parmi les Orientaux, les Égyptiens, les Grecs et les Latins, les premiers écrivains qui firent usage des nouvelles langues de l'Europe, lorsque la barbarie antique reparut au moyen âge , se trouvent avoir été des poêles.

57. Les muets s'expliquent par des gestes, ou par d'autres signes matériels , qui ont des rapports naturels avec les idées qu'ils veulent faire entendre.

C'est le principe des langues hiéroglyphiques , en usage chez toutes les nations dans leur première barbarie. C'est celui du langage naturel qui s'est parlé jadis dans le monde, si l'on s'en rapporte à la conjecture de Platon {Cratyle), suivi par Jam-

PHILOSOPHIE DE L*HIST0111E

blîque, par les stoïciens et par Origènc (canire Celte). Mais comme ils avaient seulement devine la vérité, ils trouvèrent des adversaires dans Aristote (icflpc ipfuivtlai) , et dans Galien (de decretiê Uippocratiê et P/a/onù) ; Publius Nigidius parle de cette dispute dans Aulu-Gelie. Â c% langage naturel dut succéder le langage poétique, composé d'images, de similitudes et de comparaisons^ enfin de traits qui peignaient les propriétés naturelles des êtres.

58. Les muets émettent des sons confus avec une espèce de chant. Les bègues ne peuvent délier leur langue qu'en chantant.

K9. Les grandes passions se soulagent par le chant, comme on Fobserve dans l'excès de la douleur ou de la joie.

D'après ces deux axiomes, si les premiers hommes du monde païen retombèrent dans un état de brutalité où ils devinrent muets comme les bétes, on doit croire que les plus violentes passions purent seules les arracher à ce silence, et qu'tVt formèrent leurepremièreê langues en chaniani»

60. Les langues durent commencer par des utonoêxUabes, Maintenant encore , au milieu de tant de facilités pour apprendre le langage articulé, les enfants, dont les organes sont si Qexibles, commencent toujours ainsi.

61. Le vers héroïque est le plus ancien de tous. Le vers spondaïque est le plus lent, et la suite prouvera que le vers héroïque fut originairement spondaïque.

62. Le vers iambique est celui qui se rapproche le plus de la prose , et l'iambe est un mètre rapide, comme le dit Horace.

Ces deux axiomes peuvent nous faire conjecturer que le développement des idées et des langues fut correspondant. Les sept axiomes précédents doivent nous convaincre que chez toutes les nations Ton parla d'abord en vers, puis en prose.

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