‹ ŒuvresChapitre 40 sur 232 · L'esprit humain aime natureUement l*uniforme · texte numérisé non relu

L'esprit humain aime natureUement l*uniforme

Cet axiome appliqué aux fables s'appuie sur une observation. Qu'un homme soit fameux en bien ou eu mal , le vulgaire ne manque pas de le placer en telle ou telle circonstance, et d'inventer sur son compte des fables en harmonie avec son caractère : mensonge défait, sans doule, mais vérités d'idées^ puisque le public n'imagine que ce qui est analogue à la réalité. Qu'on y réfléchisse , on trouvera que le vrai poétique est vrai méthaphysiquement , et que le vrai physique, qui n'y serait pas conforme , devrait passer pour faux. Le véritable capitaine, par exemple , c'est le Godefroi du Tasse; tous ceux qui ne se conforment pas en tout à ce modèle, ne méritent point le nom de capitaine. Considération importante dans la poétique.

48. Il est naturel aux enfants de transporter l'idée et le nom des premières personnes, des premières choses qu'ils ont vues, à toutes les personnes, à toutes les choses qui ont avec elles quelque ressemblance , quelque rapport.

49. C'est un passage précieux que celui de Jamblique. Sur les mystères des Égyptiens : Les igyptiens attribuaient à Hermès Trtsmégiste toutes les découvertes utiles ou nécessaires à la vie humaine.

Cet axiome et le précédent renverseront cette sublime théologie naturelle par laquelle ce grand philosophe interprète les mystères de l'Egypte.

Dans les axiomes 47, 48 et 49 , nous trouvons le principe des caractères poétiques , lesquels constituent l'essence des fables. Le premier nous montre le penchant naturel du vulgaire à imaginer des fables et à les imaginer avec convenance. — Le

PHILOSOPHIE DE I/HISTOIRE

second nous fait voir que les premiers hommes qui représentaient Tenfance de l'humanité, étant incapables d'abstraire et de généraliser, furent contraints de créer les caractères poétiques, pour y ramener, comme à autant de modèles, toutes les espèces particulières qui auraient avec eux quelque ressemblance. Celte ressemblance rendait infaillible la convenance des fables antiques. Ainsi les Égyptiens rapportaient au type du sage dans les choses de la vie sociale toutes les découvertes utiles ou nécessaires à la vie, et comme ils ne pouvaient atteindre cette abstraction , encore moins celle de sagesse sociale, ils personnifiaient le genre tout entier sous le nom d'Hermès Trismégiste. Qui peut soutenir encore qu'au temps où les Égyptiens enrichissaient le monde de leurs découvertes , ils étaient déjà philosophes , déjà capables de généraliser?

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