‹ ŒuvresChapitre 46 sur 232 · Migration des peuples · texte numérisé non relu

Migration des peuples

97. Qu'on m'accorde , et la raison ne s'y refuse pas, qu'après le déluge, les hommes habitèrent d'abord sur les montagneê fil sera naturel de croire qu'ils descendirent quelque temps après dans les p/àine«, et qu'au bout d'un temps considérable, ils prirent assez de confiance pour aller jusqu'aux rivage9 de la mer.

98. On trouve dans Strabon un passage précieux de Platon , où il raconte qu'après les déluges particuliers d'Ogygès et de Deucalion, les hommes habitèrent dan$ leê cavernes de$ tnontagnee, et il les reconnaît dans ces cyclopes , ces Polyphèmes , qui lui représentent ailleurs les premiers pères de famille ; ensuite sur les $<nnmet$ qui dominent les vallées, tels que Dardanus qui fonda Pergame, depuis la citadelle de Troie ; enfin dans les plaines, tels qu'Ilus qui fit descendre Troie jusqu'à la plaine voisine de la mer, et qui l'appela Ilion.

99. Selon une tradition ancienne, Tyr, fondée d'abord dans les terres, fut ensuite assise sur le rivaçe de la mer de Phénicie ; et l'histoire nous apprend que de là elle passa dans une 4le voisine , qu'Alexandre rattacha par une chaussée au continent.

Le postulat 97 et les deux traditions qui viennent à l'appui , nous apprennent que les peuples fnédiierranis se formèrent d'abord, ensuite les peuples maritimes.

Nous y trouvons aussi une preuve remarquable de l'antiquité du peuple hébreu , dont Noé plaça le berceau dans la Mésopotamie , contrée la plus méditerranée de l'ancien monde habitable. Là aussi se fonda la première monarchie, celle des Assyriens, sortis de la tribu chaldéenne, laquelle avait produit les premiers sages, et Zoroastre, le plus ancien de tous.

100. Pour que les hommes se décident à abandonner pour toujours ta terre où ils sont nés, et qui naturellement leur est chère, il faut les plus extrêmes nécessités. Le désir d'acquérir par le commerce, ou de conserver ce qu'ils ont acquis, peut seul les décider à quitter leur patrie momenrtanément.

C'est leprincipe de la transmigration des peuples, dont les moyens furent , ou les colonies maritimes des temps hèroigues, ou les invasions des barbares, ou les colonies les plus lointaines des Romains , ou celles des Européens dans les deux Indes.

* Cest ce qui explique ces grandes richesses qui permirent aux. Ioniens de bâtir le temple de Junon à Samos, et aux Cariens d^élever le tombeau de Mausole, qui furent placés an nombre des sept merveilles du monde.

Le même axiome nous démontre que les descendants des fils de Noé durent se perdre et se disperser dans leurs courses vagabondes, comme les bétes sauvages, soit pour échapper aux animaux farouches qui peuplaient la vaste forêt dont la terre était couverte , soit en poursuivant les femmes rebelles à leurs désirs, soit en cherchant l'eau et la pâture. Ils se trouvèrent ainsi épars sur toute la terre, lorsque le tonnerre se faisant entendre pour la première fois depuis le déluge , les ramena à des pensées religieuses , et leur fit concevoir un Dieu, un Jupiter; principe uniforme des sociétés païennes qui eurent chacune leur Jupiter. S'ils eussent conservé des mœurs humaines, comme le peuple de Dieu, ils seraient, comme lui ,. restés en Asie ; cette partie du monde est si vaste, et les hommes étaient alors si peu nombreux, qu'ils n'avaient aucune nécessité de l'abandonner; il n'est point dans la nature que l'on quitte par caprice le pays de sa naissance.

101. Les Phéniciens furent les premiers navigateurs du monde ancien.

102. Les nations encore barbares so$U impénétrables; au dehors, il faut la guerre pour les ouvrir aux étrangers, au dedans l'intérêt du commerce, pour les déterminer à les admettre. Ainsi Psammétique ouvrit l'Egypte aux Grecs de l'Ionie et de la Carie , lesquels durent être célèbres après les Phéniciens par leur commerce maritime ^ Ainsi dans les temps modernes les Chinois ont ouvert leur pays aux Européens.

Ces trois axiomes nous donnent le principe d'un autre système d'étymologie pour les mots dont l'origine est certainement étrangère, système diflférent de celui dans lequel nous trouvons Vorigine des mots indigènes. Sans ce principe , nul moyen de connaître Vhistoire des nations transplaniéeê par des colonies aux lieux oik s'étaient établie» déjà d'autres nations. Ainsi Naples fut d'abord appelée Sirène, d'un mot syriaque, ce qui prouve que les Syriens, ou Phéniciens, y avaient d'abord fondé un comptoir. Ensuite elle s'appela Parthenope, d'un mot grec de la langue héroïque, et enfin Neapolis dans la langue grecque vulgaire ; ce qui prouve que les Grecs s'y étaient établis ensuite , pour partager le commerce des Phéniciens. De même sur les rivages de Tarente il y eut une colonie syrienne appelée Siri, que les Grecs nommèrent ensuite Polylée; Minerve, qui y avait un temple , en tira le surnom de Poliade.

La gloire du commerce maritime appartient en dernier lieu à ceux de Rhodes, qui élevèrent à rentrée de leur port le fameux colosse du Soleil.

( ^ico. )

PHILOSOPHIE DE L*HIST01RE

103. Je demande qu*on m'accorde, et on sera Torcé de le faire , qa*il y ait en sur ie rivage du Laiium une colonie grecque, qui, vaincue et déiruiie par les Romaine , sera resiée ensevelie dans les ténèbres de Tanliquité.

Si Ton n*accorde point ceci, quiconque réfléchit sur les choses de Tantiquité et veut y mettre quelque ensemble, ne trouve dans Thistoire romaine que sujets de s'étonner; elle nous parle d*Hercuie, d*Évandre, d*j4rcadiens , de Phrygiens éta" hlis dans le Latium, d'un Servius Tullius d'origine grecque, d'un Tar^in l'Ancien, fils du Corinlhien Démarate, d'Énée, auquel le peuple romain rapporte sa première origine. Les lettres latines, comme l'observe Tacite, étaient semblables aus anciennes lettres grecques; et pourtant Tite- Live pense qu'au temps de Servius Tullius , le nom même de Py thagore, qui enseignait alors dans son école tant célébrée de Grotone, n'avait pu pénétrer jusqu'à Rome. Les Romains ne commencèrent à GonnaUre les Grecs d'Italie qu'à l'occasion de la guerre de Tarente, qui entraîna celle de Pyrrhus et des Grecs d'outre-mer ( Florus )•

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