BB LA LOGIQUE POÉTIQUE
SI
La métaphysique, ainsi nommée lorqu'elle contemple les choses dans tous les genres de l'être, devient logique lorsqu'elle les considère dans tous les genres d'expressions par lesquelles on les désigne ; de même la poésie a été considérée par nous comme une métaphysique poétique, dans laquelle
pose le genre humain à sa naissance d^hommes aimpha et débonnaireê, qui auraient été poussés par Pintérét à la vie sociale; c'est dans le fait Thypothèse d*Épicnre.
Puis vient Selden, qui appuie son système sur le petit nombre des lois que Dieu dicta auK enfants de Noè*. Mais Sem fut le seul qui persévéra dans la religion du Dieu d*Adam. Loin de fonder un droit commun i ses descendants et à ceux de Cham et de Japhet, on pourrait dire plutôt qu'il fonda un droit exclusif, qui fit plus tard distinguer les Juifs des Gentils...
Pnffendorf, en jetant Fhomme dans le monde aana secoure de la Providence, hasarde une hypothèse digne d*Épicure, ou plutôt de Hobbes...
Écartant ainsi la Providence, ils ne pouvaient découvrir les sources de tout ce qui a rapport à Téconomie du droit naturel des gens , ni celles des religions , des langues et des lois, ni celles de la paix et de la guerre, des traités, etc. De là deux erreurs capitales.
1. D'abord ils croient que leur droit naturel , fondé sur les théories des philosophes, des théologiens , et sur quelques-unes de celles des jurisconsultes, et qui est étemel dans son idée abstraite , a dû être aussi étemel dans Tusage et dans la pratique des nations.
les poètes théologiens prirent la plupart des choses matérielles pour des êtres divins ; la même poésie, occupée maintenant d'exprimer l'idée de ces divinités, sera considérée comme une logique poétique.
Logique vient de Xéyoç. Ce mot , dans son premier sens, dans son sens propre, signifia fable (qui a passé dans l'italien favella, langage, discours) ; la fable , chez les Grecs, se dit aussi /lOOoc, d'où les Latins tirèrent le mot mutus; en effet, dans les temps muets, le discours fut mental ^ aussi Xéyoç signifie idée et parole. Une telle langue convenait à des âges religieux {les religions veulent être révérées en silence, et non pas raisonnées). Elle dut commencer par des signes, des gestes, des indications matérielles dans un rapport naturel avec les idées : aussi A^o«, parole, eut en outre chez les Hébreux le sens exaction, chez les Grecs celui de chose. mû9o$, a été aussi défini un récii véritable, un langage véritable '. Par véritable, il ne faut pas entendre ici conforme à la nature des choses, comme dût l'être la langue sainte, enseignée à Adam par Dieu même.
La première langue que les hommes se firent eux-mêmes fut toute d'imagination, et eut pour signes les substances mêmes qu'elle animait, et que le plus souvent elle divinisait. Ainsi Jupiter, Cybèle, Neptune, étaient simplement le ciel, la terre, la mer, que les premiers hommes, muets encore, exprimaient en les montrant du doigt, et qu'ils imaginaient comme des êtres animés, comme des dieux ; avec les noms de ces trois divinités , ils exprimaient toutes les choses relatives au ciel , à la terre , à la mer. Il en était de même des autres
Les jurisconsultes romains raisonnent mieux en considérant ce droit naturel comme ordonné par la Proyidence , et comme éternel en ce sens , que sorti des mêmes origines que les religions, il passe comme elles par différents Ages, jusqu^à ce que les philosophes viennent le perfectionner et le compléter par des théories fondées sur l'idée de la justice éternelle.
3. Leurs systèmes n'embrassent pas la moitié du droit naturel des gens. Ils parlent de celui qui regarde la conservation du genre humain, et ils ne disent rien de celui qui a rapport à la conservation des peuples en particulier. Cependant c'est le droit naturel établi séparément dans chaque cité qui a préparé les peuples à reconnaître, dès leurs premières communications , le sens commun qui les unit, de sorte qu^ils donnassent et reçussent des lois conformes à toute là nature humaine, et les respectassent comme dictées-par la Providence. {Vico.)
1 C'est cette langue naturelle que les hommes ont parlée autre foia, selon Platon et Jamblique. Platon a devine plutôt que découvert cette vérité. De là rinntilité de ses recherches dans le Cratyle , de là les attaques d^Aristotc et de Oalien. (f^ico.)
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dieux : ils rapportaieiU toaies les fleurs à Flore, tous les fruits à Pomone.
Nous suivons encore une marche analogue à celle de ces premiers hommes, mais c'està Tégard des choses intellectuelles, telles que les facultés de Tâme, les passions, les vertus, les vices, les sciences , les arts ; nous nous en formons ordinairement l'idée comme d^autant de femmes (la justice, la poésie, etc.), et nous ramenons à ces êtres fantastiques toutes les causes, toutes les propriétés, tous les effets des choses qu'ils désignent. C'est que nous ne pouvons exposer au dehors les choses intellectuelles contenues dans notre entendement, sans être secondés par l'imagination , qui nous aide à les expliquer et à les peindre sous une image humaine. Les premiers hommes ( les poètes théoUhgiens)y encore incapables d'abstraire, firent une chose toute contraire , mais plus sublime : ils donnèrent des sentiments et des passions aux êtres matériels, et même aux plus étendus de ces êtres, au ciel , à la terre , à la mer. Plus tard , la puissance d'abstraire se fortifiant, ces vastes imaginations se resserrèrent, et les mêmes objets furent désignés par les signes les plus petits; Jupiter, Neptune et Cybèle devinrent si petits , si légers , que le premier vola sur les ailes d'un aigle , le second courut sur la mer , porté dans un mince coquillage , et la troisième fut assise sur un lion.
Les formes mythologiques ( mythologie ) doivent donc être, comme le mot l'indique, le langage propre des fables; les fables étant autant de genres dans la langue de l'imagination (generi fantastici), les formes mythologiques sont des allégories qui y répondent. Chacune comprend sous elle plusieurs espèces ou plusieurs individus. Achille est l'idée de la valeur, commune à tous les vaillants; Ulysse, l'idée de la prudence commune à tous les sages.
§ 11. -^ Corollaires relatif» aux tropes, aux métamorphoses poétiques et aux monstres des poètes.
1. Tous les premiers tropes sont autant de corollaires de cette logique poétique. Le plus brillant, et pour cela même le plus fréquent et le plus nécessaire , c'est la métaphore. Jamais elle n'est plus approuvée que lorsqu'elle prête du sentiment et de la passion aux choses insensibles, en vertu de cette métaphysique par laquelle les premiers poètes animèrent les corps sans vie , et les douèrent de tout ce qu'ils avaient eux-mêmes de sentiment et de passion ; si les premières fables furent ainsi créées, toute métaphore est l'abrégé d'une fable. — Ceci nous donne un moyen de juger du temps où les métaphores furent introduites dans les langues. Toutes les métaphores tirées par analogie des objets
corporels pour signifier des abstractions, doivent dater de l'époque où le jour de la philosophie a commencé à luire; ce qui le prouve, c'est qu'en toute langue les mots nécessaires aux arts de la civilisation, aux sciences les plus sublimes, ont des origines agrestes. Il est digne d'observation que , dans toutes les langues , la plus grande partie des expressions relatives aux choses inanimées sont tirées par métaphore du corps humain et de ses parties, ou des sentiments et passions humaines. Ainsi tète, pour cime ou commencement, bouche pour toute ouverture, dents d'une charrue, d'un râteau, d'une scie, d'un peigne; langue de terre, gorge d'une montagne , une poignée pour un petit nombre , bras d'un fleuve , cœur pour le milieu , veine d'une mine , entrailles de la terre , côte de de la mer, chair d'un fruit; le vent sif/îe, l'onde murmure, un corps gémit sous un grand poids. Les Latins disaient sitire agros, laborare ftuctus, luxuriari segetes ; et les Italiens disent andar in amore le piante, andar in pasxia le viti, lagrifnaregli omi, eifronte, spalie, occhi, barbe, colla, gamba, piede , pianta, appliqués à des choses inanimées. On pourrait tirer d'innombrables exemples de toutes les langues. Nous avons dit dans les axiomes, que Vhomme ignorant se prenait luimême pour règle de Vunivers; dans les exemples cités ci-dessus, il se fait de lui-même un univers entier. De même que la métaphysique de la raison nous enseigne que, par l'intelligence, Vhomme dément tous les objets (homo intelligendo fit omnia)^ la métaphysique de l'imagination nous démontre ici que Vhomme devient tous les objets faute d'in^ telligence {homo non intelligendo fit omnia); et peut-être le second axiome est- il plus vrai que le premier, puisque l'homme, dans l'exercice de l'intelligence , étend son esprit pour saisir les objets, et que, dans la privation de l'intelligence, il fait tous les objets de lui-même , et par cette transformation devient à lui seul toute la nature.
â. Dans une telle logique , résultant elle-même d'une telle métaphysique , les premiers poètes devaient tirer les noms des choses d'idées sensibles et plus particulières, voilà les deux sources de la métonymie et de la synecdoque. En effet , la métonymie du nom de l'auteur pris pour celui de l'ouvrage, vint de ce que l'auteur était plus souvent nommé que l'ouvrage ; celle du sujet pris pour sa forme et ses accidents vint de l'incapacité d'abstraire du sijget les accidents et la forme. Celles de la cause pour l'effet sont autant de petites fables : les hommes s'imaginèrent les causes comme des femmes qu'ils revêtaient de leurs effets : ainsi Vafftvuse pauvreté, la triste vieillesse, la pâle mort.
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5. La synecdoque fut employée etidaîte, k mesure que Ton s*éleya des particularités aux généralités, ou que Ton réunit les parties pour composer leurs entiers. Le nom de mortel fut d'abord réservé aux hommes, seuls êtres dont la condition mortelle dût se faire remarquer. Le mot tête fut pris poar Vhomme, dont elle est la partie la plus capable de frapper Tattention. Homme est une abstraction qui comprend génériquement le corps et tontes ses parties, Tintelligence et tontes les facultés intellectuelles, le cœur et toutes les habitudes morales. 11 était naturel que, dans Torigine, tignum et culmen signifiassent au propre une poutre et de la pallie; plus tard , lorsque les cités s'embellirent , ces mots signifièrent toutTédifice. De même le toit pour la maison entière, parce qu'aux premiers temps on se contentait d'un abri pour toute habitation. Ainsi puppis, la poupe, pour le vaisseau, parce que cette partie la plus élevée du vaisseau est la première qu'on voit du rivage ; et chez les modernes on a dit une voile, pour un vaisseau» Muero, la pointe, pour Vépée; ce dernier mot est abstrait et comprend génériquement la pomme, la garde, le tranchant et la pointe ; ce que les hommes remarquèrent d'abord , ce fut la pointe qui les effrayait. On prit encore la matière pour l'ensemble de la matière et de la forme : par exemple, le fer pour Vépée; c'est qu'on ne savait pas encore abstraire la forme de la matière. Cette figure , mêlée de métonymie et de synecdoque, tertia messis erat, c'était la troisième moisson, fut, sans aucun doute, employée d'abord naturellement et par nécessité; il fallait plus de mille ans pour que le terme astronomique année pût être inventé. Dans le pays de Florence on dit toujours, pour désigner un espace de dix ans, nous avons moissonné dis fais, — Ce vers, où se trouvent réunies une métonymie et deux synecdoques,
Post aliquot mea régna videns nirabor aristas,
n'accuse que trop l'impuissance d'expression qui caractérisa les premiers âges. Pour dire tant d'années, on disait tani d'épis, ce qui est encore plus particnlier que moissons. L'expression n'indiquait que l'indigence des langues, et les grammairiens y ont cru voir l'effort de l'art.
4. Vironie ne peut certainement prendre naissance que dans les temps où l'on réfléchit. En effet, elle consiste dans un mensonge réfléchi qui prend le masque de la vérité. Ici nous apparaît un grand principe qui confirme notre découverte de Vorigine de la poésie; c'est que les premiers hommes des nations païennes ayant eu la simplicité, l'ingénuité de l'enfance, les premières fables ne purent conte-
nir rien de faux, et furent nécessairement, comme elles ont été définies, des récits véritables,
5. Par toutes ces raisons, il reste démontré que les tropes, qui se réduisent tous aux quatre espèces que nous avons nommées, ne sont point, comme on l'avait cru jusqu'ici, ]'ingénieuse invention des écrivains, mais des formes nécessaires dont toutee les nations se sont servies dans leur âge poétique, pour exprimer leurs pensées, et que ces expressions, à leur origine, ont été employées dans leur sens propre et naturel. Mais à mesure que l'esprit humain se développa, i mesure que l'on trouva les paroles qui signifient des formes abstraites, on des genres comprenant leurs espèces, ou unissant les parties en leurs entiers , les expressions des premiers hommes devinrent des figures. Ainsi, nous commençons à ébranler ces deux erreurs communes des grammairiens , qui regardent le langage dee prosateurs comme propre, celui des poètes comme impropre; et qui croient que Von parla d*abord en prose, et ensuite en vers,
6. Les monstres, les métamorphoses poétiques, furent le résultat nécessaire de celte incapacité d'abstraire la forme et les propriétés d'un sujet, caractère essentiel aux premiers hommes, comme nous l'avons prouvé dans les axiomes. Guidés par leur logique grossière, ite devaient mettre ensemble des sujets, lorsqu'ils voulaient mettre ensemble des formes, ou bien détruire un sujet pour séparer sa fàrme première de la forme opposée qui sy trouvait Jointe,
7. Là distinction des idées fit les métamorphoses. Entre autres phrases héroïques qui nous ont été conservées dans la jurisprudence antique , les Romains nous ont laissé celle de f^tndum fieri, ponr auetorem fleri; de même que le fonds de terre soutient et la couche superficielle qui le couvre, et ce qui s'y trouve semé, ou planté, ou bâti, de même l'approbateur soutient f acte qui tomberait sans son approbation ; l'approbateur quitte le caractère d'un être qui se meut k sa volonté, pour prendre le caractère opposé d'une chose stable.
$ 111. — Corollaires relatif! aux caractères poétiques employés comme signes du langage par les preudèret nations.
Le langage poétique fut encore employé longtemps dans l'âge historique, k peu près comme les fleuves largea et rapides qui s'étendent bien loin dans la mer, et préservent, par leur impétuosité,
la douceur naturelle de leurs eaux. Si on se rappelle deux axiomes (48. // est naturel ausen/kmts de transporter l'idée ei le nom des premières personnes, des premières choses qu'ils ont vues, à
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toutes tes personnes , à toutes les choses qui ont mvee elles quelque fessemblance , quelque rapport, — 49. Les Égyptiens attribuaient à Hermès TriS'mégiste toutes les découvertes utiles ou nécessaires à la vie humaine)^ on sentira que la langue poétique peut nous fournir, relativement à ces caractères qu^elle employait, la matière de grandes et importantes découvertes dans les choses de l'antiquité*
1. Solon Tut un «a^re» -mais de sagesse vulgaire et non de sagesse savante (riposta) > On peut conjecturer qu'il fut chef du parti du peuple, lorsque Athènes était gouvernée par l'aristocratie, et que ce conseil fameux qu'il donnait à ses concitoyens [eonnaissex vous vous^méntes)^ avait un sens politique plutôt que moral , et était destiné i leur rappeler l'égalité de leurs droits. Peut-être même Solon n'est-il que le peuple d'Athènes considéré comme recommaissant ses droits, comme fbndant la démo^ cratie. Les Égyptiens avaient rapporté à Hermès tontes les découvertes utiles ; les Athéniens rapportèrent à Solon toutes les institutions démocratiques. — De même, Dracon n'est que l'emblème de la sévérité du gouvernementaristocratique qui avait précédé ^
2. Ainsi durent être attribués à Homulus toutes les lois relatives à la division des ordres; à Numa tous les règlements qui eoncernaient les choses saintes et les cérémonies sacrées; à Tullus Hostilius toutes les lois et ordonnances militaires; i Servios Tullius le sens, base de toute démocratie ', et beaucoup d'autres lois favorables à la liberté populaire; à Tarquin l'Ancien, tous les signes et emblèmes, qui, aux temps les plus brillants de Rome , contribuèrent à la migesté de l'empire.
3. Ainsi durent être attribuées aux décemvirs , et ajontées aux Douze Tables un grand nombre de lois que nous prouverons n'avoir été faites qu'à une époque postérieure. Je n'en veux pour exemple que la défense d'imiter le luxe des Grecs dans les funérailles. Défendre l'abus avant qu'il se tùi introdoit, c'eût été le faire connaKre, et comme l'enseigner. Or, il ne put s'introduire à Rome qu'après les guerres contre Tarente et Pyrrhus , dans lesquelles les Romains commencèrent à se mêler aux
> La plupart des lois dont ks Athéniens et les Lacédémooieiis font honneur h Solon et 11 Lycargue , lenr ont été attribuées à tort^ puisqu'elles sont entièrement contraires au principe de leur conduite. Ainsi Solon inetitae raréopage, qvà existait dès le temps de la gaerre de Troie, et dans lequel Orette avait été absous dn meurtre de sa mère par la vois de Minerve (c*est-èdire par le partage égal des voix). Cet aréopage, institné par Solon, le fondateur de la démocratie h Athènes, maintient dans tonte sa sévérité le gouvernement aristocratique juequ^au temps de Périelès. Au contraire on
Grecs. Cicéron observe que la loi est exprimée en latin , dans les mêmes termes on elle fut conçue à Athènes.
4. Cette découverte des caractères poétiques nous prouve qu'Ésope doit être placé dans l'ordre chronologique bien avant les sept sages de la Grèce. Les sept sages furent admirés pour avoir commencé à donner des préceptes de morale et de politique en fbrme de maximes, comme le fameux Connaissez-vous vous-mêmes; mais, auparavant, Ésope avait donné de tels préceptes en fbrme de comparaisons et d'exemples, exemples dont les poètes avaient emprunté le langage à une époque plus reculée encore. En effet, dans l'ordre des idées humaines , on observe les choses senU>lables pour les employer d'abord comme a^nes, ensuite comme preuves. On prouve d'abord par Vexemple, auquel une chose semblable suffit, et finalement par Ttliiduction, pour laquelle il en faut plusieurs r\Socra te, père de toutes les sectes philosophiques, introduisit la dialectique par Vinductùm, et Aristote la compléta avec le syllogisme, qui ne peut prouver qu'au moyen d'une idée générale. Mais pour les esprits peu étendus encore, il suffit de leur présenter une ressemblance pour les persuader : Ménénins Agrippa n'eut besoin, pour ramener le peu(rie romain à l'obéissance, que de lui conter une fable dans le genre de celles d'Ésope.
Le petit peuple des cités héroïques se nourrissait de ces préceptes politiques dictés par la raison naturelle : Ésope est le caractère poétique des plébéiens considérés sous cet aspect. On lui attribua ensuite beaucoup de lEatbles morales, et il devint le premier moraliste,de la même manière qneSolon était devenu le législateur de la république d'Athènes. Gomme Ésope avait donné ses préceptes en fbrme de fables, on le plaça avant Solon , qui avait donné les siens en fbrme de maximes. De telles fables durent être écrites d'abord en vers hérotqtêes, comme plus tard, selon la tradition, elles le furent en vers iambiques, et enfin en prose, dernière forme sous laquelle elles nous sont parvenues. En effet, les vers iambiques furent pour les Grecs un langage intermédiaire entre celui des vers héroïques et celui de la prose.
attribue k Lycurgue , au fondateur de la république a rietoeratique de Sparte, une loi agraire analogue à celle que les Grecques proposèrent à Rome. Mais nous voymis que, lorsque Agis youlut réellement introduire à Sparte un partage égal des terres, conforme aux principes de la démocratie, il fut étranglé par ordre des épbores. Édition dé \79ù,pag.2Ù9.
3 L^optnion de Montesquieu et de Yico sur le caractère des institutions de Servius Tullius a été suivie par Niebuhr.
(iV. du T.)
S. De cette manière , on rapporta aux auteurs de la sagesse vulgaire les découvertes de la sagesse philosophique. Les Zoroastre en Orient, les Trismégiste en Egypte, les Orphée en Grèce, en Italie les Pythagore, devinrent , dans Topinion , des philosophes,âe législateurs qu'ils avaient été. En Chine, Gonfuciusa subi la même métamorphose.
§ IV. 'Corollaires relatifs à Torigine des langues et des lettres , laquelle doit nous donner celle des hiéroglyphes, des lois, des noms, des armoiries, des médailles, des monnaies.
Après avoir examiné la théologie des poètes ou métaphysique poétique , nous avons traversé la logique poétique qui en résulte , et nous arrivons à la reclierche de l'origine des langues et des lettres.
Il y a autant d'opinions sur ce sujet difficile , qu'on peut compter de savants qui en ont traité. La difficulté vient d'une erreur dans laquelle ils sont tous tombés : ils ont regardé comme choses distinctes, l'origine des langues et celle des lettres, que la nature a unies. Pour être frappé de cette union, il suffisait de remarquer l'étymologie commune de ypàfifiartxti, grammaire, et de ypàftfiura, lettres, caractères (ff^àfta, écrire)'^ de sorte que la grammaire, qu'on définit par Y art de parler, devrait être définie Vart d'écrire, comme l'appelle Aristote. — D'un autre côté, caractères signifie idées, formes, modèles; et certainement les caractères poétiques précédèrent ceus de sons articulés. Josèpbe soutient contre Appion, qu'au temps d'Homère les lettres vulgaires n'étaient pas encore inventées. — Enfin, si les lettres avaient été dans l'origine des figures de sons articulés et non des signes arbitraires *, elles devraient être uniformes chez toutes les nations, comme les sons articulés. Geux qui désespéraient de trouver cette origine, devaient toujours ignorer que les premières nations ont pensé au moyen des symboles ou caractères poétiques, ont parlé en employant pour signes les fables, ont écrit en hiéroglyphes, principes certains
1 Vice semble adopter une opinion très -différente quelques pages plus loin.
(N. du T.)
3 Par exemple , trois épis , ou Tocfton de couper troie fois des épis , pour signifier trois années, — Platon et Jamblique ont dît que cette langue , dont les expressions portaient avec elles leur sens naturel, s*était parlée autrefois. Ce fut sans doute cette langue atlantique qui, selon les savants, exprimait les idées par la nature même des choses, c*est-à-dire, par leurs propriétés naturelles, {f^ico,)
3 Le besoin d^assurer les terres à leurs possesseurs fut un des motifs qui déterminèrent le plus puissam-
qui doivent guider la philosophie dans l'étude des idées humaines, comme ta philologie dans l'élude des paroles humaines.
Avant de rechercher l'origine des langues et des lettres, les philosophes et les philologues devaient se représenter les premiers hommes du paganisme comme concevant les objets par l'idée que leur imagination en personnifiait, etcomme.s'exprimant, faute d'un autre langage . par des gestes ou par des signes matériels qui avaient des rapports naturels avec les idées ^.
En tête de ce que nous avons à dire à ce sujet, nous plaçons la tradition égyptienne selon laquelle trois langues se sont parlées , correspondant, pour l'ordre comme pour le nombre , aux trois âges écoulés depuis le commencement du monde, âges des dieux , des héros et des hommes, La première langue avait été la langue hiéroglyphique,o\L sacrée, ou divine; la seconde symbolique, c'est-à-dire employant pour caractères les signes ou emblèmes héroïques; la troisième épistolaire, propre à faire communiquer entre elles les personnes éloignées , pour les besoins présents de la vie. — On trouve dans l'Iliade deux passages précieux qui nous prouvent que les Grecs partagèrent cette opinion des Égyptiens. Nestor, dit Homère, vécut trois âges d'hommes parlant diverses langues, Nestor a dû être un symbole de la chronologie, déterminée par les trois langues qui correspondaient aux trois âges des Égyptiens. Cette phrase proverbiale , vivre les années de Nestor, signifiait, vivre autant que le monde. Dans l'autre passage, Énée raconte à Achille que des hommes parlant diverses tangues commencèrent à habiter 11 ion depuis le temps où Troie fUt rapprochée des rivages de la mer, et où Pergame en devint la citadelle, — Plaçons à côté de ces deux passages la tradition égyptienne d'après laquelle Thot ou Hermès aurait trouvé les lois et les lettres.
A l'appui de ces vérités nous présenterons les suivantes : chez les Grecs , le mot nom signifia la même chose que caractère ^^ et par analogie , les Pères de l'Église traitent indifféremment de divinis
ment Pinvention des caractères ou noms ( dans le sens originaire de nomina, maisons divisées en plusieurs familles ou génies). Ainsi Mercure Trismégiste, symbole poétique des premiers fondateurs de la civilisation égyptienne, inventa les lois et les lettres; et c*eat du nom de Mercure, regardé aussi comme le Bieu des marchands, mercatorum, que les Italiens disent mercare pour marquer de lettres ou de signes quelconques les bestiaux et les autres objets de commerce {robe da mercantare ) pour la distinction et la sûreté des propriétés. Qui ne s*étonnerait de voir subsister jusqu*à nos jours une telle conformité de pensée et de langage entre les nations? (f^ico.)
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caraeteribus et de diviHiê nominibus. Nomen et definUio signifient la même chose, poisqu*en termes de rhétorique on dit quœ$tio nominiê pour celle qui cherche la définition du fait, et qu*en médecine la partie qu^on appelle nomenclature est celle qui définit la nature des maladies.— Chéries Romains, nomina désigna d^abord , et dans son sens propre, les maiêùns partagées en plusieurs fttmilles. Les Grecs prirent d'abord ce mot dans le même sens, comme le prouvent les noms patronymiques , les noms des pères, dont les poètes, et surtout Homère, font un usage si fréquent. De même, les patriciens de Rome sont définis dans Tite-Live de la manière suivante : qui possunt nomine ciere patrem. Ces noms patronymiques se perdirent ensuite dans la Grèce , lorsqu'elle eut partout des gouvernements démocratiques ; mais à -Sparte , république aristocratique , ils furent conservés par les Héraclides.
— Bans la langue de la jurisprudence romaine , nomen BÎgniûe droit; et en grec, vàfAoç, qui en est à peu près Thomonyme , a le sens de loi. De v6/ioi , vient if6fit9/ta^ monnaie, comme le remarque Aris^ tote , et les étymologistes veulent que les Latins aient aussi tiré de véfioç , leur nummus. Chez les Français, du mot toi vient aloi, titre de la monnaie. Enfin au moyen âge, la loi ecclésiastique fut appelée canon, terme par lequel on désignait aussi la redevance emphytéotique payée par l'empby téole. . . Les Ijatins furent pcùt*être conduits par une idée analogue, à désigner par un même mot jus, le droit elVoffrande ordinaire que l'on faisait à Jupiter (les parties grasses des victimes). De l'ancien nom de ce dieu Jous, dérivèrent les génitifs Jovis et Juris,
— Les latins appelaient les terres prœdia , parce que, ainsi que nous le ferons voir, les premières terres cultivées furent les premières prœdœ du monde. C'est à ces terres que le mot domare, dompter, fut appliqué d'abord. Dans l'ancien droit romain on les disait manucaptœ, d'oii est resté man-
I Telle est rorigîne des armoiries , et par suite des «•^tf<N7i««. Les familles, pois les nations, les employèrent d*abord par nécessité. Elles devinrent plus tard ud objet d*ainnsement et d*érndition. On a donné i ces emhlémes le nom à^héroîqueêp sans en bien sentir le motif. Les modernes ont besoin d*y inscrire des devises qui leur donnent un sens ; il n*en était pas de même des emblèmes employés naturellement dans les temps héroïques ; leur silence parlait assez. Ils portaient avec eax leur signification ; ainsi troiê épis , ou le gê»t9 de couper trois fois des épis, signifiait naturellement trois années; d'où il vint que caractère et nom s'employèrent indifiiêremment Tun pour Tautre , et que les mots nom et nature eurent la même signification , comme nous Pavons dit plus haut.
€es artHùirieSy ces armes et emblèmes des familles ^