IGIBLBT
longtemps n'avait signifié que : lois communiquées au peuple , lois publiées devant les plébéiens, plebi sciia ou nota, telle que la loi de l'éternelle expulsion des Tarquins, promulguée par Junius Brutus]. Pour la régularité des cérémonies religieuses , les comices par curies , où Ton traitait des choses sacrées, furent toujours les assemblées des seuls chefs des curies ; au temps des rois , où ces assemblées commencèrent , on y traitait de toutes les choses profanes en les considérant comme sacrées*
§ y. — Corollaire. C^estla divine Providence qui règle les sociétés, et qui a f6ndé le droit naturel des gens.
En voyant les sociétés nattre ainsi dans Vàge divin, avec le gouvernement thèocratique, pour se développer sous le gouvernement héroïque, qui conserve l'esprit du premier , on éprouve une admiration profonde pour la sagesse avec laquelle la Providence conduisit l'homme à un but tout autre que celui qu'il se proposait, lui imprima la crainte de la Divinité , et f&nda la société sur la religion, La religion arrêta d'abord les géants dans les terres qu'ils occupèrent les premiers, et cette prise de possession fut l'origine de tous les droits de propriété , de tous les domaines. Retirés au sommet des monts, ils y trouvèrent, pour fixer leur vie errante , des lieux salnbres , forts de situation , et pourvus d'eau, trois circonstances indispensables pour élever des cités. C'est encore la religion qui les détermina à former une union régulière et aussi durable que la vie, celle du mariage, d'où nous avons vu dériver le pouvoir paternel , et par suite tous les pouvoirs. Par cette union ils se trouvèrent avoir fondé les familles , berceau des sociétés politiques. Enfin , en ouvrant les asiles, ils donnèrent lieu aux clientèles, qui , par suite de la première loi agraire dont nous avons parlé , devaient produire les cités. Composées d'un ordre de nobles qui commandaient, et d'un ordre de plébéiens nés pour obéir , les cités eurent d'abord un gouvernement aristocratique. Rien ne pouvait être plus conforme à la nature sauvage et solitaire de ces premiers hommes, puisque l'esprit de l'aristocratie est la conservation des limites qui séparent les différents ordres au dedans , les différents peuples au dehors. Grâce à cette forme de gouvernement , les nations nouvellement entrées dans la civilisation, devaient rester longtemps sans communication extérieure , et oublier ainsi l'état sauvage et bestial d'où elles étaient sorties. Les hommes n'ayant encore que des idées particulières , et ne pouvant comprendre
nations, tirèrent celui de xvplet, dans un sens analoj^ue à ceint du latin euria. (^ico,)
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ce qoe c'est que le bien commun, la Providence sut , au moyen de cette forme de gouvernement , les conduire à s'unir à leur patrie , dans le but de conserver un objet d'intérêt privé , aussi important pour eux que leur monarchie domestique ; de cette manière, sans aucun dessein, ils s'accordèrent dans cette généralité du bien social, qu'on appelle république.
Maintenant recourons à ct% preuves dicinea dont on a parlé dans le chapitre de la Méthode; examinons combien sont naturels et simples les moyens par lesquels la Providence a dirigé la marche de l'humanité, rapprochons -en le nombre inûni des phénomènes qui se rapportent aux quatre causes dans lesquelles nous verrons partout les éléments du monde social (les religions, les mariages, les asiles et la première loi agraire) , et cherchons ensuite entre tous les cas humainement possibles, si des choses si nombreuses et si variées ont pu avoir des origines plus simples et plus naturelles. Au moment où les sociétés devaient naître , les matériaux, pour ainsi parler , n'attendaient plus que la forme. J'appelle matériaux les religions, les langues, les terres, les mariages, les noms propres et les armes ou emblèmes , enfin les magistratures et les lois. Tontes ces choses furent d'abord propres à l'individu, libres en cela même qu'elles étaient individuelles, et, parce qu'elles étaient libres , capables de constituer de véritables républiques. Ces religions, ces langues, etc., avaient été propres aux premiers hommes, monarques de leur famille. En formant par leur union des corps politiques , ils donnèrent naissance à la puissance civile, puissance souveraine, de même que dans l'état précédent celle des pères sur leurs familles n'avait relevé qpie de Dieu. Cette souveraineté civile, considérée comme une personne, eut son âme et son corps : ïâme fut une compagnie de sages , tels qu'on pouvait en trouver dans cet état de simplicité , de grossièreté. Les plébéiens représentèrent le corps. Aussi est-ce une loi éternelle dans les sociétés , que les uns y doivent tourner leur esprit vers les travaux de la politique , tandis que les autres appliquent leur corps i la culture des arts et des métiers. Mais c'est aussi une loi que Vâme doit toujours y commander, et le corps toujours servir.
Une chose doit augmenter encore notre admiration. La Providence, en faisant naître les familles, qui, sans connaître le Dieu véritable, avaient au moins quelque notion de la Divinité , en teur donnant une religion , une langue , etc. , qui leur fussent propres, avait déterminé l'existence d'un droit naturel des familles, que les pères suivirent ensuite dans leurs rapports avecleursc/teft/«.
En faisant nattre les républiques sous une forme aristocratique , elle transforma le droit naturel des familles, qui s'était observé dans l'état de nature, en droit naturel des gens, ou des peuples. En effet, les pères de famille qui s'étaient réservé leur religion, leur langue, leur législation particulière à l'exclusion de leurs clients, né purent se séparer ainsi sans attribuer ces privilèges aux ordres souverains dans lesquels ils entrèrent ; c'est en cela que consista la fbrme si rigoureusement aristocra^ tique des républiques héroïques. De cette manière, le droU des gens qui s'observe maintenant entre les nations , fut , à l'origine des sociétés , une sorte de privilège pour les puissances souveraines. Aussi le peuple où l'on ne trouve point une puissance souveraine investie de tels droits, n'est point un peuple à proprement parler , et ne peut traiter avec les autres d'après les lois du droit des gens ; une nation supérieure exercera ce droit pour lui.
§ YI. — Suite de la politique héroïque.
Tous les historiens commencent Vâge hérotque avec les courses navales de Minos et l'expédition des Argonautes ; ils en voient la continuation dans la guerre de Troie, la fin dans les courses errantes des héros, qu'ils terminent au retour d'Ulysse. C'est alors que dut naître Neptune, le dernier des douze grands dieux. La marine est , à cause de sa difficulté, l'un des derniers arts que trouvent les nations. Nous voyons dans l'Odyssée que, lorsque Ulysse aborde sur une nouvelle terre, il monte sur quelque colline pour voir s'il découvrira la fumée qui annonce les habitations des hommes. D'un autre côté, nous avons cité dans les axiomes ce que dit Platon sur Vhorreur que les premiers peuples éprouvèrent longtemps pour la mer, Thucydide en explique la raison en nous apprenant que la crainte des pirates empêcha longtemps les peuples grecs d'habiter sur les rivages. Voilà pourquoi Homère arme la main de Neptune du trident qui fait trembler la terre. Ce trident n'était qu'un croc pour arrêter les barques ; le poète l'appelle dent par une belle métaphore, en ajoutant une particule qui donne au mot le sens superlatif.
Dans ces vaisseaux de pirates nous reconnaissons le taureau, sous la forme duquel Jupiter enlève Europe; le Minotaure, ou taureau de Minos, avec lequel il enlevait les jeunes garçons et les jeunes filles des côtes de l'Attique. Les antennes s'appelaient comua navis. Nous, y voyons encore le monstre qui doit dévorer Andromède, et le cheval ailé sur lequel Persée vient la délivrer. Les voiles du vaisseau furent appelées ses ailes, alarum rtmigium. Le fil d'Ariane est fart de la naviga-
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SltS
lion , qui conduisît Thésée à travers le lafyrtHihe des tles de la mer Egée.
Plutarque , dans sa Vie de Thésée , dit que les héroê tenaient à grand honneur le nom de 6ri^afi<fo, de même qu*au moyen âge , ou reparut la barbarie antique, Titalien corsale était pris pour un titre de seigneurie. Solon, dans sa législation, permit, dit-on, les associations pour cause de piraterie. Mais ce qui étonne le plus, c'est que Platon et Aristote placent le brigandage parmi les espèces de chasse. En cela, les plus grands philosophes d^une nation si éclairée sont d'accord avec les barbares de l'ancienne Germanie, chez lesquels, au rapport de César, le brigandage, loin de paraître infâme, était regardé comme un exercice de vertu. Pour des peuples qui ne s'appliquaient à aucun art, c'était /Wtr l'oisiveté. Cette coutume barbare dura si longtemps chez les nations les plus policées, qu'au rapport de Polybe, les Romains imposèrent aux Carthaginois, entre autres conditions de paix, celle de ne point passer le cap de Pélore pour cause de commerce ou de piraterie. Si l'on allègue qu'à cette époque les Carthaginois et les Romains n*étaient, de leur propre areu, que des barbares ^ nous citerons les Grecs eux-mêmes qui, an temps de leur haute civilisation, pratiquaient, comme le montrent les sujets de leurs comédies , ces mêmes coutumes qui font aujourd'hui donner le nom de Barbarie à la côte d'Afrique opposée à l'Europe.
Le principe de cet ancien droit de la guerre fut le caractère inhospitalier des peuples héroïques , que nous avons observé plus haut. Les étrangers étaient à leurs yeux d''étemels ennemis, et ils faisaient consister l'honneur de leurs empires à les tenir le plus éloignés qu'il était possible de leurs frontières ; c'est ce que Tacite nous rapporte des Suèves , le peuple le plus fameux de l'ancienne Germanie. Un passage précieux de Thucydide prouve que les étrangers étaient considérés comme des brigands.
> Piaule dit dans plusieurs endroits, qu%l a traduit, en langue barbare, les comédies grecques... Marcus Tertit barbare, (f^ico.)
' OOx ixovràç ttô* eilvx^^ toutou ràv îpyw ( tou àpicà^ Ç9t9),fipwT0i ii Tc xal ià^mi fiàHov. &,nXovet H tAv Tf qicccpMTfiy T(vis Itc xai wv, oT{ xàvfioç xaXûç toûto ^pM, xai oi naXactol râv ironirâv ràç nvvrtiç tûv xaTairI(6yT0*y nacrsvxfiM hftoifo^ iptaT&wti et XT^Ttal ct^tv &ç o&r< cSv -aindivovrai ctnaÇtoùvroiv r6 Ipyov , oXf r* int/AtXki ctij tiSivai, eux oycc^cÇôvTaiv.
' On prend ordinairement dans ce passage le mot hostie dUins le sens de Vadveree parUe ; mais Cicéron obserre précisément h ce sujet que hoeiia élait pris par les anciens Latins dans le sens de peregrinue, {f^ico.)
* Comment expliquer celte prét(>ndne alliance, quand
Jusqu'à son temps *, les voyageurs qui se rencontraient sur terre ou sur mer, se demandaient réciproquement s'ils n'étaient point des brigands ou des pirates, en prenant sans doute ce mot dans le sens d'étrangers. Nous retrouvons cette coutume chez toutes les nations barbares , au nombre desquelles on est forcé de compter les Romains , lorsqu'on lit ces deux passages curieux de la loi des Douze Tables : Adversus hostem œtema auctoritas esto. — Si status dies sit, cum hoste venito '. Les peuples civilisés eux-mêmes n'admettent d'étrangers que ceux qui ont obtenu une permission expresse d'habiter parmi eux.
Les cités, selon Platon, eurent en quelque sorte dans la guerre leur principe fondamental; la guerre elle-même, it4Àt/ce«, tira son nom de rcàXti, cité... Cette éternelle inimitié des peuples jette beaucoup de jour sur le récit qu'on lit dans Tite- Live , de la première guerre d'Albe et de Rome : Les Romains, di t-il, avaient longtemps fait la guerre contré les MbainSfC^esi-èL-^ire que les deux peuples avaient longtemps auparavant exercé réciproquement ces brigandages dont nous parlons. L'action di Horace qui tue sa sœur pour avoir pleuré Curiace, devient plus vraisemblable si Ton suppose qu'il était, non son fiancé, mais son ravisseur *. Il est bien digne de remarque que, par ce genre de convention, la victoire de l'un des deux peuples devait être décidée par l'issue du combcU desprin' cipaux intéressés , tels que les trois Horaoes et les trois Curiaces dans la guerre d'Albe, tels que Paris et Ménélas dans la guerre de Troie. De même, quand la barbarie antique reparut au moyen âge, les' princes décidaient eux-mêmes les querelles nationales par des combats singuliers , et les peuples se soumettaient à ces sortes de jugements. Albe, ainsi considérée, fut la Troie latine, et l'Hélène romaine fut la sœur d'Horace.
Les dix ans ^ du siège de Troie, célébrés chez les Grecs ^ , répondent , chez les Latins , aux dix ans
Romulus lui-même, sorti du sang des rois d*Albe , vengeur de Numitor auquel il avait rendu le trêne, ne put trouver de femmes chez les Albains. (f7c'o.)
^ Le nombre, chose la plus abstraite de toutes, fut la dernière que comprirent les nations. Pour désigner un grand nombre, on se servit d^abord de celai de douée, de là les douée grands dieux , les douée travaux d'Hercule, les douze parties de Pas, les douée tables, etc. Les Latins ont conservé d'une époque où Ton connaissait mieux les nombres, leur mol eescenli , et les Italiens, cenîo, et ensuite cento e mille, pour dire nn nombre innombrable. Les philosophes seuls peuvent arriver%à ridée dV»/Sm.(/^tco.)
^ Il est à croire qu'au temps de la guerre de Troie , le nom de Ax«(«(» Achivi, était restreint à une partie
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da siège de Veies ; c*esl na nombre uni pour le nombre infini des années antérieures, pendant les* quelles les cités avaient exercé entre elles de continuelles hostilités.
Les guerres éternelles des cités anciennes , leur éloignement pour former des ligues et des confédérations , nous expliquent pourquoi FEspagne fut soumise par les Romains; TEspagne, dont César avouait que partout ailleurs il avait combattu pour l'empire , là seulement pour la vie ; TEspagne, que Cicéron proclamait la mère des plus belliqueuses nations du monde. La résistance de Sagunle , arrêtant pendant huit mois la même armée qui, après tant de pertes et de fatigues, faillit triompher de Rome elle-même dans son Gapitole, la résistance de Numance , qui fit trembler les vainqueurs de Carthage, et ne put être réduite que par la sagesse et rhéroîsme du triomphateur de l'Afrique, n'élaientelles pas d'assez grandes leçons pour que cette nation généreuse unit toutes ses cités dans une même confédération, et fixât Tempire du monde sur les bords du Tage? Il n'en fut point ainsi : l'Espagne mérita le déplorable éloge de Florus : Sala omnium pravinctarum tires $ua$, postquam vicia est, tnteUesti, Tacite fait la même remarque sur les Bretons , que son Agricola trouva si belliqueux : Dum êinguli pugnani , universi vineuntur.
Les historiens, frappés de l'éclat des entrepriseê navaieê de$ temps héroïques, n'ont point remarqué les guerres de terre, qui se faisaient aux mêmes époques, encore moins la politique héroïque qui gouvernait alors la Grèce. Mais Thucydide, cet écrivain plein de sens et de sagacité, nous en donne une indication précieuse : Les cités héroïques, dit-il, étaient toutes sans murailles , comme Sparte dans la Grèce, comme Numance, la Sparte de l'Espagne ; telle était , igoute - 1- il, /a fierté indomptable et la violence naturelle des héros, que tous les jours ils se chassaient les uns les autres de leurs établissements. Ainsi Amulius chassa Numitor, et fut chassé lui-même par Romulus, qui rendit AJbe à son premier roi. Qu'on juge combien il est raisonnable de chercher un moyen de certitude pour la chronologie , dans les généalogies héroïques de la Grèce, et dans cette suite non interrompue des quatorze rois latins ! Dans les siècles les plus barbares du moyen âge , on ne trouve rien de plus inconstant , de plus variable , que la fortune des maisons royales. UrhemRomam principio
du peuple grec, qui fit cette guerre ; mais ce nom «'étant étendu à toute la nation , on dit au temps d*Homère que toute la Grèce s'était liguée contre Troie, Ainsi nous voyons dans Tacite que ce nom de Germanie , étendu depuis à une vaste contrée de TEurope, n^avait désigné
reges iaboxu , dit Tacite à la première ligne des Annales. L'ingénieux écrivain s'est servi du plus faible des trois mots employés par les jurisconsultes pour désigner la possession, habere, ienere, possidere,
§ VU.— Corollaires relatifs aux antiquités romaines, et particulièrement à la prétendue monarchie de Rome, à la prétendue liberté populaire qu*aurait fondée Junius Brutus.
En considérant ces rapports innombrables de l'histoire politique des Grecs et des Romains , tout homme qui consulte la réflexion plutôt que la mémoire ou l'imagination, affirmera sans hésiter que, depuis les temps des rois jusqu'à l'époque où les plébéiens partagèrent avec les nobles le droii des mariages solennels, le peuple de Mars se composa des seuls nobles... On ne peut admettre que les plébéiens, que la tourbe des plus vils ouvriers, traités dès l'origine comme esclaves, eussent le droit d'élire les rois, tandis que les Pérès auraient seulement sanctionné l'élection. C'est confondre ces premiers temps avec celui où les plébéiens étaient déjà une partie de la cité , et concouraient à élire les consuls, droit qui ne leur fut communiqué par les Pérès qu'après celui des mariages solennels, c'est-à-dire au moins trois cents ans après la mort de Romulus.
Lorsque les philosophes ou les historiens parlent des premiers temps, ils prennent le mot peuple dans un sens moderne, parce qu'ils n'ont pu imaginer les sévères aristocraties des âges antiques ; de là deux erreurs dans l'acception des mots roim et liberté. Tous les auteurs ont cru que la n^auté romaine était monarchique, que la liberté fondée par Junius Brutus était une liberté populaire. Oa peut voir à ce sujet l'inconséquence de Bodin.
Tout ceci nous est confirmé par Tite-Live, qui, en racontant l'institution du consulat par Junius Brutus, dit positivement qu'il n'yeutriende changé dans la constitution de Rome (Brutus était trop sage pour faire autre chose que la ramener à la pureté de ses principes primitifs), et que l'existence de deux consuls annuels ne diminua rien de la puissance royale, nihU quicquam de regiâ potestaie deminutum. Ces consuls étaient deux rois annuels d'une aristocratie, reges an«tf/(i«, dit Cicéron dans le livre des Lois, de même qu'il y avait à Sparte des
originairement qu*une tribu qui, passant le Khin,diassa les Gaulois de ses bords; la gloire de cette conquête fit adopter ce nom par toute la Germanie, comme la gloire du siège de Troie avait fait adopter celui â^Âekiri par tous les Grecs, (f^ico.)
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rois â vie, quoique personne ne puisse contester le caractère aristocratique de la constitution lacédémonienne. Les consuls, pendant leur règne, étaient, comme on sait , snjeis à l'appel , de même que les rois de Sparte étaient sujets à la surTeillance des éphores : leur règne annuel étant fini, les consuls pouvaient être accusés, comme on vit les éphores condamner à mort des rois de Sparte. Ce passage de Tite-Live nous démontre donc à la fois, et que la reijrauté romaine fUt arUiocraHque, et que la liberté ftmdée par Brutus ne fUt point populaire, mais particulière aux nobles; elle n'affranchit pas le peuple des patriciens, ses maîtres, mais elle affranchit ces derniers de la tyrannie des Tarquins. Si la variété de tant de causes et d'effets observés jusqu'ici dans l'histoire de la république romaine, si l'influence continue que ces causes exercèrent sur ces effets , ne suffisent pas pour établir que la royauté chei les Romains eut un caractère aristocratique , et que la liberté fondée par Brutus fut restreinte à l'ordre des nobles , il faudra croire que les Romains, peuple grossier et barbare, ont reçu de Dieu un privilège refusé à la nation la plus ingénieuse et la plus policée, à celle des Grecs ; qu'ils ont connu leurs antiquités , tandis que les Grecs , au rapport de Thucydide , ne surent rien des leurs jusqu*à la guerre du Péloponèse ^ Mais quand on accorderait ce privilège aux Romains, il faudrait convenir que leurs traditions ne présentent que des souvenirs obscurs , que des tableaux confus, et qu'avec tout cela la raison ne peut s'empêcher d'admettre ce que nous avons établi sur les antiquités romaines.
} VlII. — Corollaire relatif à rhérobme des premiers
peuples.
D'après les principes de la politique héroïque, établis ci-dessus , Vhérotêwte deê premiers peuplée, dont nous sommes obligés de traiter ici , fut bien différent de celui qu'ont imaginé les philosophes, imbus de leurs préjugés sur la sagesse merveilleuse des anciens , et trompés par les philologues sur le sens de ces trois mots, peuple, roi et liberté, Ds ont entendu par le premier mot, dee peuples oà les plébéiens seraient déijà citoyens; par le second, des monarques; par le troisième, une liberté populaire. Ils ont fait entrer dans l'héroïsme des premiers âges, trois idées naturelles à des esprits éclairés et adoucis par la civilisation : l'idée d'une
1 If cas avons observé dans la table chronologique qae cette époqne est pour Phistoire grecque celle de la plus grande lumière , comme pour Thistoire romaine répoque de la seconde guerre punique ; e*est alors que
justice raisonnes, et conduite par les maximes d'une morale socratique; l'idée de cette gloire qui récompense les bienfaiteurs du genre humain ; enfin , l'idée d'un noble désir de V immortalité. Partant de ces trois erreurs , ils ont cru que les rois et autres grands personnages des temps anciens s'éiaient consacrés, eux, leurs familles, et tout ce qui leur appartenait, à adoucir le sort des malheureux, qui forment la majorité dans toutes les sociétés du monde.
Cependant cet Achille , le plus grand des héros grecs, Homère nous le représente sous trois aspects entièrement contraires aux idées que les philosophes ont conçues de l'héroïsme antique. Achille est-il juste quand Hector lui demande la sépulture en cas qu'il périsse , et que , sans réfléchir au sort commun de l'humanité, il répond durement : Quel accord entre l'homme et le lion, entre le loup et l'agneau ? Quand je t'aurai tué, je te dépouille* rai, pendant trois jours je te traînerai lié à mon char autour des murs de Troie, et tu serviras en* suite de pâture à mes chiens, Aime-t-il la gloire, lorsque , pour une injure particulière , il accuse les dieux et les hommes , se plaint à Jupiter de son rang élevé, rappelle ses soldats de l'armée alliée, et que, ne rougissant point de se réjouir avec Patrocle de l'affreux carnage que fait Hector de ses compatriotes, il forme le souhait impie que tous les Troyens et tous les Grecs périssent dans cette guerre, et que Patrocle et lui survivent seuls i leur ruine? Annonce-t-il le noble amour de fimmortalité, lorsque aux enfers, interrogé par Ulysse s'il est satisfait de ce séjour, il répond qu'il aimerait mieux vivre encore, et être le dernier des esclaves? Voilà le héros qu'Homère qualifie toujours du nom ûHrréprochable ( à/ivjMw ) et qu'il semble proposer aux Grecs pour modèle de la vertu héroïque ! Si l'on veut qu'Homère instruise autant qu'il intéresse, ce qui est le devoir du poète, on ne doit entendre par ce héros irréprochable, que le plus orgueiUeux, le plus irritable de tous les hommes ; la vertu célébrée en lui , c'est la susceptibilité, la délicatesse du point d'honneur,- dans laquelle les duellistes faisaient consister toute leur morale , lorsque la barbarie antique reparut au moyen âge , et que les romanciers exaltent dans leurs chevaliers errants.
Quant à l'histoire romaine , on appréciera les héros qu'elle vante , si l'on réfléchit à Yétemelle inimitié que, selon Aristote, les nobles ou héros juraient aux plébéiens. Qu'on parcoure l'âge de
Tite-Live déclare qu*il écrit Thistoire avec plus de certitude; et pourtant il n*hésite point d*avouer qu^il ignore les trois circonstances historiques les plus importantes. Aboyés la table chrtmologiquê, (f^co.)
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la vertu romaine, que Tile>Live fixe au leirips de la guerre contre Pyrrhus (nuUa œtae virtuium feracior), et que, d*après Salluste (saint Augustin, Cité de Dieu), nous étendons depuis l'expulsion des rois jusqu'à la seconde guerre punique. Ce Brutus, qui immole à la liberté ses deux fils, espoir de sa famille ; ce Scévola, qui efiraye Porsenna et détermine sa retraite en brûlant la main qui n'a pu l'assassiner; ce Manlins qui punit de mort la faute glorieuse d'un fils vainqueur ; ces Décius qui se dévouent pour sauver leurs armées ; ces Fabricius , ces Gurius , qui repoussent l'or des Samnites et les offres magnifiques du roi d'Épire ; ce Régulus enfin, qui, par respect pour la sainteté du serment, va chercher à Carlhage la mort la plus cruelle; que firent-ils pour l'avantage des infortunés plébéiens ? Tout l'héroïsme des maîtres du peuple ne servait qu'à l'épuiser par des guerres interminables, qu'à renfoncer dans un abîme d'usure, pour l'ensevelir ensuite dans les cachots particuliers des nobles , où les débiteurs étaient déchirés à coups de verges^ comme les plus vils des esclaves. Si quelqu'un tentait de soulager les plébéiens par une loi agraire, l'ordre des nobles accusait et mettait à mort le bienfaiteur du peuple. Tel fut le sort (pour ne citer qu'un exemple) de ce Manlius qui avait sauvé le capitolc. Sparte , la ville héroïque de la Grèce, eut son Manlius dans le roi Agis; Rome, la ville héroïque du monde , eut son Agis dans la personne de Manlius : Agis enUCeprit de soulager le pauvre peuple de Lacédémone, et fut étranglé par les éphores ; Manlius , soupçonné à Rome du même dessein, fut précipité de la roche Tarpéienne. Par cela seul que les nobles des premiers peuples se tenaient pour héroe, c'est-à-dire pour des êtres d'une nature supérieure à celle des plébéiens, ils devaient maltraiter la multitude. En lisant l'histoire romaine, un lecteur raisonnable doit se demander avec étonnement que pouvait être cette vertu si vantée des Romains avecun orgueil si tyrannique? Celte modération avec tant d'avarice? cette «toticevr avec un esprit si farouche ? celte justice au milieu d'une si grande inégalité?
Les principes qui peuvent faire cesser cet étonnement , et nous expliquer l'héroïsme des anciens peuples, sont nécessairement les suivants : I. En conséquence de l'éducation sauvage des géants dont nous avons parlé , Véducation des enfanté doit conserver chez les peuples héroïques cette sévérité , cette barbarie originaire ; les Grecs et les Romains pouvaient tuer leurs enfants nouveau-nés ; les Lacédémoniens battaient de verges leurs enfants dans le temple de Diane, et souvent jusqu'à la mort. Au contraire , c'est la sensibilité paternelle des modernes, qui leur donne en toute chose cette délicatesse
étrangère à l'antiquité. — II. Le$ épouses doivent s'acheter, chez de tels peuples, avec les dots héroïques, usage que les prêtres romains conservèrent dans la solennité de leur mariage , qu'ils contractaient coemptione et farre. Tacite en dit autant des anciens Germains, auxquels cette coutume était probablement commune avec tous les peuples barbares. Chez eux , les femmes sont considérées par leurs maris comme nécessaires pour leur donner des enfants, mais du reste traitées comme esclaves. Telles sont les mœurs du nouveau monde et d'une grande partie de l'ancien. Au contraire , lorsque la femme apporte une dot , elle achète la liberté du mari , et obtient de lui un aveu public qu'il est incapable de supporter les charges du mariage. C'est peutr-étre l'origine des privilèges importants dont les empereurs romains favorisent les dots. — III, Les fils acquièrent, les femmes épargnent pour leurs pères et leurs maris; c'est le contraire de ce qui se fait chez les modernes. — lY . Les jeux et les plaisirs sont fatigants, comme la lutte, la course, Homère dit toujours Achille aux pieds légers. Ils sont en outre dangereux : ce sont des joutes , des chasses , exercices capables de fortifier l'âme et le corps, et d'habituer à mépriser, à prodiguer la vie. — y. Ignorance complète du luxe , des commodités sociales, des doux loisirs. — YJ. Les guerres sont toutes religieuses, et par conséquent atroces. — YII. De telles guerres entraînent dans toute leur dureté les servitudes héroïques; les vaincus sont re* gardés comme des hommes sans dieux, et perdent non^seulement la liberté civile, mais la liberté naturelle.— D'après toutes ces considérations , les républiques doivent être alors des aristocraties naturelles, c'est*à-dire composées dliommes qui soietU naturellement les plus courageux; le gouvernement doit être de nature à réserver tous les honneurs civils à un petit nombre de nobles , de pères de famille, qui fassent consister le bien public dans la conservation de ce pouvoir absolu qu'ils avaient originairement sur leurs familles, et qu'ils ont maintenant dans l'État, de sorte qu'ils entendent le mot patrie dans le sens étymologique qu'on peut lui donner, l'intérêt des pères (;9a/na , sous*entendu re«). Tel fut donc Vhéroïsme des premiers peuples , telle la nature morale des héros, tels , leurs usages, leurs gouvernements et leurs lois. Cet héroïsme ne peut désormais se représenter, pour des causes toutes contraires à celles que nous avons énumérées, et qui ont produit deux sortes de gouvernements humains, les républiques populaires et les monarchies. Le héros digne de ce nom, caractère bien différent de celui des temps héroïques, est appelé par les souhaits des peuples affligés ; les philosophes en raisonnent, les poètes Vimagineni, mais la nature
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des sociétés ne permet pas d*espérer un tel bienfait da ciel.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur TAéroUme des première peuples, reçoit un nouveau jour des axiomes relatifs â Vhérotsme romain, que Ton trouvera analogue à Vhéroïême des Aihéniens encore gouvernés par le sénat aristocratique de Taréopage, et à Vhérotsme de Sparte, république é^hèraclides, c'est-à-dire de héros, ou noble , comme on l'a démontré.