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CONCLUSION DE CE LIVRE

Nous avons démontré que la sagesse poétique mérite deux magnifiques éloges , dont l'un lui a été constamment attribué. I. C'est elle qui fànda Inhumanité chem les Gentils, gloire que la vanité des nations et des savants a voulu lui assurer , et lui aurait plutôt enlevée. II. L'autre gloire lui a été attribuée jusqu'à nous par une tradition vulgaire; c'est que la sagesse antique, par une même inspiration , rendait ses sages également grands comme philosophes, comme législateurs et capitaines, comme historiens , orateurs et poètes. Voilà pourquoi elle a été tant regrettée ; cependant , dans la réalité , elle ne fit que les ébaucher, tels que nous les avons trouvés dans les fables ; ces germes féconds nous ont laissé voir dans l'imperfection de sa forme primitive la science de réflexion , la science de recherches, ouvrage tardif de la philosophie. On peut dire , en effet , que dans les fables, l^instinct de l'humanité avait marqué d'avance les principes de la science moderne, que les méditations des savants ont depuis éclairée par des raisonnemeniêp et résumée dans des maximes. Nous pouvons conclure par le principe dont la démonstration était l'objet de ce livre : Les poètes théologiens furent ie sens , les philosophes furent /'intelligence de la «agesse humaine.

septentrionale; ensuite on a reculé Thabitation des Cimmériêns jusqu*aux Palus-Méoiides, On disait, à eanse de leurs longues nuits, quMls habitaient près desenfert, et les habitants de Cumee, voisins de la grotte de la Sibylle qui conduisait aux enfers, reçurent, à eanse de

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cette prétendue analogie de sitaation, le nom de dm» «tfrftpiw. Autrement il ne serait point eroyablequUlysse, voyageant sans le secours des enchantements ( contre lesquels Mercure lai avait donné un préservatif), fût allé un jour voir Tenfer chez les Cimmériensdes Palut^ MéeHdes, et fût revenu le même jour k Circéi, maintenant le mont Circello, près de Cumes.— Les Lolophage$ et les LetirigoHê durent aussi être voisins de la Grèce.

Les mêmes prineipe$ de Géographie poétique peuvent résoudre de grandes difficultés dans VHittoiro tmeionno de l*Onent, où Ton éloigne beaucoup vers le nord ou le wtidi des peuples qui durent être placés d^abord dans Vorieni même.

Ce que nous disons de la Géographto de$ Grèce se représente dans celle des Laime, Le Laiium dut être d'abord bien resserré, puisqu'en deux siècles et demi, Rome, sous ses rois, soumit k peu près vmgi peuplée sans étendre son empire i plus de vingt miUee. VlkUie fut certainement circonscrite par la Gaule Cisalpine et par la Grande Grèce ; ensuite les conquêtes des Romains étendirent ce nom i toute la Péninsule. La mer d*Étru» r»0 dut être bien limitée lorsque Horatius Coclès arrêtait seul toute TÉtrurie sur un pont ; ensuite ce nom s'est étendu par les victoires de Rome k toute cette mer qui baigne la côte inférieure de Tltalie. De même le Poni où Jason conduisit les Argonautes, dut être la terre la plus voisine de TEurope, celle qui n*en est séparée que par Tétroit bassin appelé ProponHde; cette terre dut donner son nom k la mer du Poni^ et ce nom s'étendit à tout le golfe que présente l'Asie, dans cette partie de ses rivages où fut depuis le royaume de llithridate ; le père de Médée, selon la même fable, était né k Chalcis, dans cette ville grecque de llnbée qui s'appelle maintenant Négreponî, — La première Crète dut être une Ile dans cet archipel où les Cyclades forment une sorte de labyrinthe; c'est de li probablement que llinos allait en course contre les Athéniens ; dans la suite , la Crète sortit de la mer Egée pour se fixer dans celle où nous la plaçons.

Puisque des Latins nous sommes revenus aux Grecs,

remarquons que cette nation vaine en se répandant

dans le monde, y célébra partout la guerre de Troie et

lee vogagee dee héroe errantt après sa destruction , des

héros grecs, tels que Hénélas, Diomède, Ulysse, et des

héros troyens, tels que Antenor,Capy8, Éuée. Les Grecs

ayant retrouvé dans toutes les contrées du monde un

coraetère de fondateure dee eociétée analogue k celui de

leur Hercule de Thèbee, ils placèrent partout son nom

et le firent voyager par toute la terre qu'il purgeait de

monstres sans en rapporter dans sa patrie autre chose

qoc de la gloire. Varron compte environ quarante Her^

culee, et il affirme que celui des Latins s'appelait Diue

F*ûiiue; les Égyptiens, aussi vains que les Grecs, disaient

cpie leur Jupiter Ammon était le plus ancien des Jupi»

term, et que les Herculee des autres nations avaient pris

lenr nom de VHereule égyptien. Les Grecs observèrent

eocore qu'il y avait eu partout un caractère poétique dee

bergère parlant en tere; chez eux c'était Étandrel'Ar*

cadêen; Évandre ne manqua pas de passer de l'Arcadie

. ' Tite-Liye assure qu'à Tépoque de Senrins TuUius, le nooi si célèbre île Pythagore n'aurait pu parveoir de Crotone à

dans le Latium, où il donna l'hospitalité k VHereule grec y son compatriote , et prit pour femme Carmenta , ainsi nommée de earmmay eere; elle trouva chez les Latins lee lettrée, c'est-à-dire, les formée des sons arti* culés qui sont la matière des vers. Enfin ce qui confirme tout ce que nous venons de dire , c'est que les Grecs observèrent ces caractèree poétiquee dans le Latium, en même temps qu'ils trouvèrent leurs Curetée répandus dans la Satumie, c'est-à-dire dans l'ancienne Italie, dans la Crète et dans l'Asie.

liais comme ces mots et ces idées passèrent des Grecs aux Latine dans un temps où les nations , encore trèseauvagee, étaient fermées aus étrangers *y nous avons demandé plus haut qu'on nous passât la conjecture suivante : // peut avoir existé sur le rivage du Latium une cité grecque , eneevelie depuis dans les ténèbres de l'anti^ quité, laquelle aurait donné aus Latins les lettrée de l'alphabet. Tacite nous apprend que les lettres latines furent d'abord semblables aus plus anciennes des Grecs, ce qui est une forte preuve que les Latins ont reçu l'alphabet grec de ces Grecs du Latium, et non de la Grande Grèce, encore moins de la Grèce proprement dite ; car s'il eu eût été ainsi, ils n'eussent connu ces lettres qu'au temps de la guerre de Tarante et de Pyrrhus , et alors ils se seraient servis dee plue modernes, et non pas dee anciemnee.

Les noms â^Hercule , ^Évandre et d'Énée passèrent donc de la Grèce dans le Latium , par l'effet de quatre causes que nous trouverons dans les mœurs et le carac'tère des nations .* fo les peuples encore barbares sont attachés aux coutumes de leur pays, mais k mesure qu'ils commencent k se civiliser , ils prennent du goût pour les façons de parler des étrangère, comme pour leurs marchandises et leurs manières; c'est ce qui explique pourquoi les Latins changèrent leur Diue Fidiue, pour l'Hercule des Grecs, et leur jurement national Mediue Fidius pour Mehercule, Mecaetor, Edepol. 2o La vanité des nations, nous l'avons souvent répété, les porte k se donner VUlustration d'une origine étrangère, surtout lorsque les traditions de leurs Ages barbares semblent favoriser cette croyance; ainsi, au moyen Age, Jean Villani nous raconte que Fiesole fut fondé par Atlas, et qu'un roi troyen du nom dePriam régna en Germanie; ainsi les Latins- méconnurent sans peine leur véritable fondateur , pour lui substituer Hercule , fondateur de la société chez les Grecs , et changèrent le caractère de

leurs bergers poêlée pour celui de VAreadien Evandre, S« Lorsque les nations remarquent àe%choeee étrangères, qu'elles ne peuvent bien expliquer avec des mots de leur langue , ellee ont nécessairement recoure aus mote dee langues étrangèree, Ao Enfin, les prepiiers peuples, incapables d'abstraire d'un sujet les qualités qui lui sont propres , nomment les sujets pour désigner les qualités, c'est ce que prouvent d'une manière certaine plusieurs expressions de la langue latine. LesRomaius ne savaient ce que c'était que luxe; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Tarentins , ils dirent mm Tarentin pour un homme parfumé. Ils ne savaient ce que c'était que etratagème militaire ; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Carthaginois,

Rome à travers tant de natious séparées par la diversité de leurs langues et de leurs mcrurs. (f^tieo.)

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ilft appelèrent les stratagèmes puniceu art9ê, les arts paniques on carthaginois. Ils n*avaient point Tidée du faste; lorsquMts le remarquèrent dans les Capouans, ils dirent êuperciUum campanicum, pour fastueux ^ superhe»

G*est de cette manière que Numa et Ancus furent Sabine; les Sabins étant remarquables par leur piété, les Romains dirent Sahin , faute de pouvoir exprimer religieux, Servius Tullius fut Grec dans le langage des Romains, parce qu'ils ne savaient pas dire habile et rusé.

Peut-être doit- on comprendre de cette manière les jircadiens d'Évandre , et les Phrygiens d'Énée, Comment des bergers, qui ne savaient ce que c'est que la mer, seraient-ils sortis de TArcadie, contrée toute méditerranée de la Grèce, pour tenter une si longue navigation et pénétrer jusqu'au milieu du Latium? Cependant toute tradition vulgaire doit avoir originairement quelque cause publique, quelque fondement de vérité... Ce sont les Grecs qui, chantant par tout le monde leur guerre de Troie et les aventures de leurs héros, ont fait d'Énée le fondateur de la nation romaine, tandis que , selon Bochart , il ne mit jamais le pied en Italie, que Strabon assure qu'il ne sortit jamais de Troie , et qu'Homère, dont l'autorité a plus de poids ici, raconte qu'il y mourut et qu'il laissa le trône i sa postérité. Cette fable, inventée par la vanité des Grecs et adoptée par celle des Romains, ne put naître qu'au temps de la guerre de Pyrrhus, époque à laquelle les Romains commencèrent à accueillir ce qui venait de la Grèce.

Il est plus naturel de croire qu'il exista sur le rivage du Latium une cité grecque qui , vaincue par les Romains, fut détruite en vertu du droit héroïque des nations barbares , que les vaincus furent reçus à Rome dans la classe des plébéiens , et que , dans le langage poétique, on appela dans la suite ^rcacfMfM ceux d'entre les vaincus qui avaient d*abord erré dans les forêts, Phrygiens ceux qui avaient erré sur mer.

^ La Géographie comprenant la nomenclature et la chorographie ou description des lieux , principalement des cités , il nous reste à la considérer sous ce double aspect pour achever ce que nous avions à dire de la sagesse poétique.

Nous avions remarqué plus haut que les cités héroïques furent fondées par la Providence dans des lieux d'une forte position, désignés par les Latins , dans la langue sacrée de leur âge divin, par le nom d'Ara, ou bien A'Arces (de là, au moyen âge, l'italien rocche, et ensuite casteUa pour seigneuries). Ce nom à' Ara dut s'étendre à tout le pays dépendant de chaque cité héroïque, lequel s'appelait aussi ^^er^ lorsqu'on le considérait sous le rapport des lim\.tes communes avec les cités étrangères, et territorium sous le rapport de la juridiction de la cité sur les citoyens. Il y a sur ce sujet un passage remarquable de Tacite; c'est celui où il décrit VAra maxima d'Hercule à Rome : Igitur à foro boario , «6t œneum botis simulacrum adspicimus, quia id genus animalium aratro subditur, sulcus designandi oppidicaptus, ut magnam Herculis aram complecteretur, ara Herculis erat. Joignez-y le passage curieux où Salluste parle de la fameuse Ara des frères Philènes, qui servait de limites à l'empire carthaginois et à la Cyrénaïque. Toute Taiicienue géographie est pleine de semblables arcs; et

pour commencer par VAsie, Cellarius observe que toutes les cités de la Syrie prenaient le nom d'Are, avant ou après leurs noms particuliers ; ce qui faisait donner à la Syrie elle-même celui d'Aramea on Aramia, Dans la Grèce , Thésée fonda la cité d'Athènes eu érigeant le fameux autel des malheureux. Sans doute il comprenait avec raison sons cette dénomination les vagabonds sans lois et sans culte qui , pour échapper aux rixes continuelles de l'état bestial, cherchaient un asile dans les lieux forts occupés par les premières sociétés , faibles qu'ils étaient par leur isolement, et manquant de tous les biens que la civilisation assurait déjà aux hommes réunis par la religion.

Les Grecs prenaient encore àpa dans le sens de vœu, action de dévouer, parce que les premières victimes satumi hosties , les premiers avadi^/iara , diris detoti, furent immolés sur les premières Arœ, dans le sens où nous prenons ce mot. Ces premières victimes furent les hommes encore sauvages qui osèrent poursuivre sur les terres labourées par les forts, les faibles qui s'y réfugiaient {campare eu italien , du latin campus , pour se sauver ). Ils y étaient consacrés à f^esta et immolés. Lea Latins en ont conservé supplicium, dans les deux sens de supplice et de sacrifice. En cela la langue grecque répond à la langue latine : àpk^ vœu, action de dévouer, veut dire aussi noxa, la personne ou la chose coupable, et de plus dirœ, les Furies. Les premiers coupables qu'on dévoua, primœ noxœ, étaient consacrés aux Fu- ' ries , et ensuite sacrifiés sur les premières arœ dont nous avons parlé. Le mot hara dut signifier chez les anciens Latins, non pas le lieu où l'on élève des troupeaux , mais la victime, d*où vint certainement Aarw»pex, celui qui tire les présages de l'examen des entrailles des victimes immolées devant les autels.

D'après ce que nous avons vu relativement à VAra maxima d'Hercule , c'est une ara senîblable k celle de Thésée que Romulus dut fonder à Rome, en fondant un asile dans un bois. Jamais les Latins ne parlent d'un bois sacré, lucus, sans faire/mention d'un autel, ara, élevé dans ce bois i quelque divinité. Aussi lorsque Tite-Live nous dit en général que les asiles furent le moyen employé d'ordinaire par les anciens fondateurs des villes, vêtus ufbes condentium conmUum, il nous indique la raison pour laquelle on trouve dans l'an cienne géographie tant de cités avec le nom d'Arw, Nous avons parlé de l'Asie et de l'Afrique , mais il en est de même en Europe , particulièrement en Grèce, en Italie , et maintenant encore en Espagne. Tacite mentionne en Germanie VAra Ubiorum, De nos jours on donne ce nom en Transilvanie à plusieurs cités.

C'est aussi de ce mot Ara, prononcé et entendu d*nne manière si uniforme par tant de nations séparées par les temps, les lieux et les usages, que les Latins durent tirer le mot aratrum, charrue, dont la courbure se disait urbs ( le sens le plus ordinaire de ce mot est celai de ville) 'j du même mot vinrent enfin arx, forteresse, arceo, repousser {ager arcifinus, chez les auteurs qui ont écrit sur tes limites des champs)^ et arma., arcus , armes, arc; c'était une idée bien sage de faire ainsi consister le courage à arrêter et repousser rinjustice. Api)«y Mars, vint sans doute de la défense des arm.

(A7co.)

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