SUR L'AUTEUR
César- Julien -Jean LEGALLOIS naquit à Chérueix, près Dol, en Bretagne, le i^r février 1770. Il n'eut point le Lonlieur de connaître sa mère , dont il fut privé dès l'âge le plus tendre. Son père , qui avait su , en faisant valoir •un patrimoine assez médiocre , se ménager une existence honnête, se laissa déterminer, par l'IieureuFe physionomie de son fils et par les dispositions qu'il semblait annoncer, à lui donner une éducation soignée. 11 le confia aux soins d'un ecclésiastique trop rigide et souvent injuste, qui, tout en admirant la belle âme et la merveilleuse aptitude de sou élève (ce sont ses propres expressions), faillit, par trop de sévérité, à le dégoûter entièrement de l'étude.
Exaspéré par les mauvais traitemens de son instituteur, Legallois obtint , à force de prières, d'être envoyé au collège deDol. Il y était depuis quelques années, lorsque, devenu orphelin à l'âge de treize ans^ par la mort de son père, il se vit abandonné à lui-même. Maître alors de choisir entre une vie agreste, mais aisée, et une profession libérale, mais qui exigerait le sacrifice de sa modique fortune, il ne balança pas un instant; il se décida à continuer des études dont les comn\encemens , toujours épineus, n'offrent ordinairement , à cet âge , que des sujets de dégoût et de larmes,
A la fin de sa rhétorique, il remporta tous les premiers prix, et résolut de passer à l'Uiuversité de Caen, pour y /? Partie. I
achever ses cours. Il y consocra deux années aux matliématiques et à la pliilosopliie, et soutint avec éloge des thèses publiques sur toutes les parties de cette dernière science.
A dix-neuf ans, ses études étaient finies. Il put se livrer san« contrainte au goiit irré&islihle qu'il se sentait pour la médecine. 11 commença l'anatomie à Caen , et passa l'année suivante à Pari.^ pour y poursuivre ses études médicales.
A la vue des richesses scieu'.ICques que lui présente la capitale, il redouLîe de zèle; il semble dévorer la science, il lui consacre toutes ses lixciillés; mais bientôt il puise dans les ampiiithéâlres et dans les hôpitaux le germe d'une maladie cruelle qui le conduit aux portes de la mort. Forcé de suspendre ses travaux et de quitter momentanément ses livres chéris, il regagne sa province: là, sous les yeux de sa famille, dans les bras de l'amitié, il recouvre ses farces pour en faire un nouvel abus.
Il se préparait à retourner à Paris, dans le dessein d'y reprendre ses études favorites; mais on était en 1790: une sombre tempête grondait depuis long -temps; elle éclate, tout fermente, tout s'agite; le lien social semble prêt à se rompre; les communications sont interrompues, les écoles publiques sont fermées.
Legalloisadmiraitd'abordl'attitude imposante d'un peuple qui naît à la liberté ; patriote sincère, il aimait les nouvelles doctrines, il les adoptait avec enthousiasme : il ne prévoyait î^uères l'abus qu'on en ferait. Deux ans plus tard, une division funeste s'élève dans le sein de la Convention ; elle est suivie des horreurs de l'anarchie : une partie de la représentation nationale est opprimée par l'autre; de généreux citoyens fout entendre une voix courageuse : ils paient de leur tête le crime d'aimer la patrie. Un cri d'indignation retentit de tous les points de la France : une masse imposante se forme , elle -veut défendre ses députés. Legallois est à la tête de ses anciens condisciples; ils partent de Caen et marchent sur U
Convention: les troupes sont envoyées à leur rencontre; les deux partis se joignent dans \es plaines d'Evreux; celui de Legallois succombe.
Le£;aJlois avait acquitté sa dette ù la patrie , il dut Veiller à sa propre sûreté. Au mépris des liens du sang , il est défloiicé dans sa province par un révolutionnaire fanatique. Sur le point d'être arrêté, il eut l'heureuse audace d'écha|>per à récliai'aud , en se jetant au milieu du danjjpr. C'est à Paris qu'il se réfiigie; il y travaille qu^-'.que temps dans la solitude, et, fort de son courage et de son palriolisme, il va braver la Convention elle-même. Les talens dont il fait preuve lui attirent, malgré sa jeunesse, la confiance de l'autorité j et , à peine âgé de vingl-trois ans, il est envoyé dans son propre département pour y suivre 1'ei.ploitation des salpêires.
La moindre négligen-'e était alors punie de mort. Etre soupçonné, c'était être criminel aux yeux du terrible comité de salut public. Cependant, loin de s'efforcer comme tant d'autres de discimuler ses fautes , le jeune dirv"ctenr provoquait lui-même , dans ses circulaires, la surveillance de ses administrés, et leur indiquait les moyens de faire parvenir leurs plaintes au Gouvernement.
Lorsque la tourmente révolutionnaire fut un peu calmée, on s'occupa de réorganiser l'instruction publique. La loi créa les Ecoles de santé. Legallois avait une place honorable et lucrative; mais, comme il le disait lui-même, il préierail à tout les richesses de la science. D'ailleurs il avait été forcé d'abandonner un art qu'il chérissTÏt. Il sollicita donc , ci^mme une grâce, la liberté de se remettre sur les bancs: !J l'obtint, et, après avoir subi avec la plus grande distinction les examens préliminaires, il fut envoyé comme élève salai-ié à l'Ecole de médecine de Paris.
L'enseignement médical n'avait pas encore atteint le degré de perfectioft auquel il tst parvenu depuis ; une branche bieii
importante, la clinique, avait été négligée dans la formation des Ecoles de santé. Legallois sentit ce vide , il eut quelques vues, il les crut utiles, et, déterminé parce motif, il en fit part à ses condisciples. Tous s'empressèrent , à son exemple , de souscrire une pétition aux magistrats du peuple , pour solliciter la création d'une cliaire de médecine-pratique , et pour demander qu'elle fût confiée au citoyen Corvisart. Cette pétition obtint le succès désiré. Quelque temps auparavant, en 1792, Legallois avait adressé une lettre au ministre de la ouerre, pour demander la création d'une Ecole de médecine clinique, ce qui deviendrait, disait-il, comme T> une pépinière d'où les arjuées pourraient, au besoin, j> tirer'des médecins capables. 35 Cette lettre fut renvoyée au conseil de santé, qui répondit^ « qu'elle faisait honneur au 31 cœur, à l'esprit et aux connaissances du citoyen Leg'.llois, yj et que le conseil ne différait d'opinion avec lui qu'en ce 33 qu'il désirait que tous les hôpitaux fussent autant d'E- 33 coles de médecine de ce genre. 33 Grande et belle idée nui s'est réalisée dans ces derniers temps.
Tous les vœux de LegiiUois étaient accomplis. Rendu enfin à ses études , il s'y livra sans réserve. Il partageait son temps entre les cours et la clinique; il s'exerçait aux opérations chirurgicales, sous les yeux de l'illustre Desault , et apprenait des professeurs Piuel et Corvisart l'art si difficile de bien observer. Son zèle, son amour pour la science lui avait gagné la bienveillance de ce dernier: il le distinguait parmi ses nombreux élèves , et avait pour lui une prédilection marquée.
Tout entier à l'étude de son art, Legallois ne connaissait d'autres distractions que les plaisirs de l'esprit , aussi les sentait-il vivement. Il consacrait toujours quelques heures de ses veilles à la littérature. Déjà bon latiniste, il s'était familiarisé avec les langues grecque, italienne et anglaise; il avait lu tout ce que les anciens et les modernes ont de
Hiicux écrit, et après avoir médité Hippocrate , il se délassait avec Honière.
Lancé depuis long- temps dans la carrière médicale, il possédait plus de connaissances qu'il n'eu était exigé pour le doctorat. Ilsuivait leshôpitaux depuis dix années, et avait appris an lit des malades cet art d'interroger la nature , qui seul constitue le vrai médecin. Cependant, plus il méditait sur sa profession , plus il réflécliissait aux qualités qu'elle exige, plus il se trouvait axi-dessous du modèle idéal qu'il s'était formé. Il avait résisté jusqu'alors aux instances de ses amis, qui le pressaient de se faire recevoir 5 il se rendit enfin, et passa ses examens. Il soutint sa thèse en septembre 1801. Cette dissertation ayant pour titre: Le sang est-il identique dans tous les ^vaisseaux qu' il pai court? est encore citée aujourd'hui parmi les ouvrages classicjues en ce genre. Elle fixa l'attention sur son auteur, et lui valut l'estime et la protection spéciale de plusieurs savans distingués, entr'autres du professeur Thouret, alors doyen de la Faculté.
Legallois, en publiant différens articles dans des Journaux de médecine, accrut l'intérêt qu'il avait d'abord, inspiré. Il composa, pour le journal de l.i Société Galvanique dont il était membre, l'historique de la découverte du Galvanisme. Il ne se borna pas dans ce petit écrit an simple rôle d'historien, mais on y trouve une bonne critique des faits et des vues nouvelles sur cette intéressante partie de la physique. En i8o3 , il fit imprimer des Recherches chronologiques sur Hippocrate^ où il combat victorieusement les doutes de Boulet sur l'existence du père de la Médecine.
Quelque temps après il publia sur la contagion de la fièvre jaune , un aperçu intéressant par les £;its qu'il contient. Il soumit encore à la Société des professeurs de l'Ecole de Paris, plusieurs observations pathologiques, consignées avec éloge dans les bulletins de la ^Faculté.
Mais bientôt sa pratique lui présenta l'occasion d'exercer ,
son génie observateur. Un cas particulier d'accouchement lui fait désirer de connaître combien de temps un fiûetus à terme peut se passer de respirer dès qu'il a cessé de communiquer avec la mère. Il entreprend à cet effet quelques expériences: elles lui fournissent de nouvelles idées^ qui à leur tour en amènent d'autres et nécessitent des expériences plus nombreuses. Entraîné par les faits dont il saisit l'enchaînement successif, il finit par embrasser dans sa totalité une question bien importante en physiologie, en médecine légale et dans la pratique des accouchèmens , je veux parler du fameux problème de Harvey : i". Pourquoi le fœtus peut sans danger se passer de la respiration, lorsqu'il n'a pas encore respiré? z°. Pourquoi il ne peut plus s'en passer dès qu'il a fait une seule inspiration?
Il avait rassemblé tous les élémens de son travail , et déjà quelques résultats des nombreuses expériences qu'il avait faites sur quatre espèces d'aniinaiix , étaient consignées dans la pren»ière partie d'un Mémoire qui fut accueilli avec intérêt en 1 808 , par la Société des professeurs de la Faculté de Paris. L'auteur, après avoir relaté tout ce qui avait été fait avant lui, y exposait le plan qu'il se proposait de suivre j mais un incident , né du fond même de ses recherches , en changea tout -à- coup l'objet et le contraignit à les abandonner avec l'intention de les reprendre plus tard. Il voulait savoir ce que devient le foetus après décollation , malheureusement trop fréquente dans l'accouchement artificiel par les pieds ; il reconnut qu'alors l'animal n'est réellement qu'asphyxié par l'interruption des mouvemens inspiratoires , et et qu'on peut à volonté prolonger son existence par l'insufflation pulmonaire. Le principe de la vie du tronc est donc dans le tronc même. Mais où réside-t-il? quel est le siège particulier des mouvemens de chaque organe ? Telles sont les questions importantes que Legallois entreprit de résoudre par une série d'expériences nouvelles. Il apporta dans ses recherches une
logique et une précision jusque-là inconnue dans la science , «t fc c'est une chose sans exemple en physiologie, diseni }■> MM. les commissaires de l'Iuslitnt, qu'un travail d'une » aussi longue haleine, dans lequel toutes les parties sont leln lenient liées, tellement dépendantes les unes des antres , 3> que pour avoir l'explication entière d'un fait, il faut re» i> monter à tous ceux par lesquels l'auieur y est arrivé, et >3 qu'on ne peut pas nier une conséquence sans nier toutes » celles qui la précèdent, et sans ébranler toutes celles qui 33 la suivent. »
Legallols rassembla le résultat de toutes ses recherches sur le principe de la vie, dans plusieurs Mémoires qu'il lut, à différentes époques, à la Société des professeurs de la Faculté de médecine et à la première classe de l'Institut. Ce furent ces Mémoires qui donnèrent lieu à l'élo([ueut rapport que M. le professeur Percy fit en 1811 , au nom de ?v]M. les commissaires de l'Institut ; rapport dent les conclusions sont si honorables pour l'ouvrage , si glorieuses pour l'auteur. Legallois refondit tous les Mémoires dont nous parlons dans le livre qu'il publia en 1812, sous \e\\\.xtd' Expériences sur le principe de la -vie. Cet ouvrage fit sensation dans le inonde savant , tousles journaux en rendirent compte, etilcn parut aussitôt deux traductions , l'une en Italie , et l'autre en Amérique , par des savans de Philadelphie qui , en envovant leur travail à l'auteur, lui annonçaient le diplôme d'associé correspondant de leur Université.
L'esprit qui a présidé aux expériences de Legallois semble être celui qui dirigeait les ingénieuses recherches de Lavoisler sur la chimie pneumatique. On trouve dans son livre une méthode plus rigoureuse, plus analytique que dans les écrits de Bichat. Et puisque ces deux noms viennent se réunir sous ma plume, on me pardonnera un rapprochement que le lecteur a déjà fait sans doute. Bichat et Legallois dataient de la même époque, ils étaient élèves de la même école, ils ont
marché rers le même but, mais chacun d'une manière différente. Le premier cherchait, dans les expériences physiologiques, la confirmation de ce que sa tête ardente lui avait déjà fait entrevoir. Le jeune élève de .Desault supportait difficilement le doute: il voulut mettre dans les phénomènes de la vie une liaison que l'état de la science ne comportait pas encore, et on peut l'accuser d'avoir quelquefois outré les conséquences en torturant les faits pour remplir des lacunes qui fixaient des limites à l'activité de son imagination. Legallois , au contraire, se borna d'abord à l'observation} mais il observa comme l'homme de génie ^ qui ne voit pas des objets isolés , mais qui saisit le lien qui les unit, et dont l'œil parcourt tous les contours, envisnge toutes les faces, sonde toutes les profondeurs. Un cas pathologique^ voilà le point de départ de Legallois : il cherche à en déterminer les lois avec précision , mais ces lois sont complexes comme toutes celles de la vie ; il faut les séparer , les distinguer l'une de l'autre 5 et ainsi de faits en faits , de conséquence en conséquence, il se trouve conduit dans un monde d'idées nouvelles , il est amené à scruter des mystères qui semblaient au-dessus de l'intelligence humaine :
Undè anima atque animae constet natura videndum !
Pour ainsi dire enfant de l'art, Bichat, dès ses premiers pas dans la carrière, est guidé par des mains bienveillantes, il se montre digne d'une illustre protection; et , après avoir élevé un monument immortel, il meurt à trenfe-deux ans, laissant derrière lui un vide immense. Legallois lui survit quelques années, comme pour consoler la science de son veuvage. Abandonné à ses propres forces, il était entré plus tard dans la même route , et , riche d'instruction et de faits, il semblait promettre des productions plus mûres, il semblait destiné à perfectionner les esquisses incomplètes de son brillant prédécesseur; mais à peine a-t-il jeté quelques
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étincelles, à peine a-t-il fait pressentir tout ce qu'on pouvait attendre de lui , que moins heureux que Bicliat, il succombe aussi à la fleur de l'âge, emportant avec lui dans la tombe la déchirante pensée d'une gloire imparfaite et d'ua génie désormais inutile.
Ali! pourquoi de tels hommes ont-ils si peu vécu pour le siècle qu'ils honoraient? pourquoi n'ont-i!s pu se connaître? Ils étaient dignes l'un de l'autre , ils se seraient aimés, et cette noble amitié aurait encore vu naître d'autres fruits d'illustration. Mais, nouveaux Prométhées, des téméraires semblaient prêts à ravir au ciel le secret de l'existence, et la nature jalouse les a frappés de mort.
Legallois avait fait quelque chose pour la céléhrité. Il était membre d'un grand nombre de réunions savantes; ses anciens maîtres , les professeurs de l'Ecole de Paris, l'avaient appelé, depuis plusieurs années, à l'honneur de siéger dans le sein de leur Société : cependant il n'avait jusque-là rien fait pour la fortune. Son patrimoine avait été entièrement épuisé à fournir à ses études et aux frais de ses expériences , et il ne possédait que des places honorifiqnes. Les fonctions de médecin en chef de l'hospice et de la prison de Bicêtre vinrent à vaquer sur ces entrefaites. Le conseil général d'administration des hospices porta à l'unanimité Legallois comme premier candidat sur la liste qui devait être présentée au ministre de l'intérieur , mais la place était déjà donnée dans son intention. Il demanda une deuxième liste : Legallois y fut encore présenté en tête , et le ministre se vit forcé à le nommer au préjudice de la faveur.
Les travaux scientifiques de Legallois ne l'empêchaient point de se consacrer au soulagement de l'indigence ; un seul fait suffira pour faire l'éloge de son caractère et de son désintéressement. Avec un esprit et des talens qui pouvaient autoriser de justes espérances de fortune , pauvre lui-même^ il ne voulut jamais être, il ne fut jamais que le médecin des
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pauvres. La place de Bicêtre, en le chargeant d'un nouveau: ministère de bienfaisance, le contraignit de cesser celui qu'il remplissait , depuis dix années , près le btxreau de charité du 12^. arrondissement, et ce fut seulement alors qu'il y renonça.
Après avoir passé dans un état peu aisé la moitié d'une vie laborieuse, il commençait à jouir du fruit de ses longs travaux; il vivait enfin pour sa famille et pour luimême. Retiré dans son hospice, li se plaisait à embellir la retraite agréable qu'il s'y était ménagée. Il ne sortait de Bicêtre qu'autant que l'exigeait sa clientelle , devenue nombreuse. Il s'attachait spécialement à diriger dans leurs études les élèves que l'administration lui avait confiés j il les guidait au lit du malade, les suivait à l'amphithéâtre , y restait avec eux des heures entières; là, penché sur le cadavre, il avait toujours quelque fait nouveau à leur détailler.
Ces soins , qu'il appelait ses plaisirs , ne lui faisaient point négliger ses premières occupations : il venait de fournir le bel article Cœur au Dictionnaire des sciences médicales ; il avait écrit deux Mémoires sur la chaleur animale, en réponse à celui dont un membre de la Société royale de Londres,*- M. Brodie, avait puisé le sujet dans les expériences sur le principe de la vie. Legallois s'occupait de la rédaction d'un troisième Mémoire sur la chaleur animale; il se proposait ensuite de revoir et de publier les journaux de ses expériences, d'achever son grand travail sur les fœtus , et de recueillir les nombreuses observations que lui fournissaient ses infirmeries , lorsqu'il fut ravi aux sciences et à sa famille.
Dans les premiers jours de février de l'année 1814, il t^st pris, pendant sa visite, d'un tremblement général qui ne lui permet point d'achever. On le ramène chez lui , il se condamne lui-même, et il expire six jours après, à l'âge de quarante-quatre ans.
Je voudrais pouvoir exprimer tout ce qu'eurent d'affreur
ses derniers momens : jusque-là étranger au malheur, content de soti heiirt-iise iiiédiociilé , il éprouvait à la fin de cli:i(|ue jour les plaisirs incomparables d'une âme avide d'instruction, qui se sent riche de quelque vérité nouvelle, et qui entrevoit pour le lendemain des jouissances plus vives encore , car c'était un de ces hommes rares qui aiment la science pour elle-même, qui en font un objet d'amour et de délices , et non pas un moyen de spéculation. A peine arrivé au milien de sa course , il pouvait se promettre de faire encore beaucoup pour l'humanité, en publiant les trésors d'observations qu'il avait si laborieusement amassés , en exécutant des travaux dont il avait et les matériaux et les plans. En quelques jours il se voit arraché à tant de belles espérances , à tant de précieuses découvertes ; il se sent descendre, pour ainsi dire, encore tout vivant dans la tombe; et, pour achever cette scène de douleur, il aperçoit dans le lointain sa femme sans appui, son fils sans fortune, sans guide ! . . . Ah ! c'était aussi trop de coups pour un seul cœur ! Heureux encore si, assez fort contre tant de terribles assauts, il ne vit pas à travers un crêpe tous les objets de sa vie passée, si la science ne lui parut pas une chimère, le bonheur un mot, et la gloire un peu de fumée !
Eug. Legallois.
8 mai i8î2.