FIN DES EXPERIENCES
NOTE
«3»rTr-=a
sur les dents des lapins et des cochons d'inde.
Je me suis assuré, par des observations répe'tées presqu'à tous les âges sur les lapins et sur les cochons d'Inde , qvie ces animaux n'ont point de dents de lait, et qu'ils conservent pendant toute leur vie celles qui leur viennent avant ou après la naissance. Ces dents sont légèrement coniques ou pyramidales tronquées dans le jeune animal , en sorte qu'à mesure qu'elles s'usent par la couronne, la partie qui poiisse de l'alvéole est de plus en plus grosse ; ce qui continue jusqu'à ce que l'animal avantacquisàpeu près tout son développement, ses dénis sont prismatiques. Ce fait indique assez clairement la cause finale du remplacement des dents, dans les espèces qui y sont sujettes. Il est bien prouvé maintenant que les dents sont des substances excrétées qui, ne croissant point par intussusception , restent constamment telles qu'elles étaient au sortir de l'alvéole. Dans cet état de choses, celles qui garnissent les arcades alvéolaires d'un jeune animal, et qui sont en rapport avec les dimensions de ses mâchoires , ne devaient plus l'être
dans le même animal devenu adulte, et c'eût éié particulièrement le cas dans les carnassiers, dont les dents ne s'usent point, et cessent de pousser après leur entière sortie. Pour remédier aux incouvéniens.des dents slationnaires dans des mâchoires qui continuent de croître en tout sens, la nature a employé deux moyens : le remplacement des premières dents, et l'éruption tardive des autres. Mais il est évident que , dans les animaux tels que le lapin et le cochon d'Inde , dont les dents poussent continuellement en devenant de plus en plus grosses , à mesure qu'elles s'usent par la couronne, les dents et les mâchoires devaient rester dans le même rapport à tous les âges , et qu'ainsi le remplacement était inutile 5 et , en effet , il n'a pas lieu. On peut déduire des mêmes principes, la raison pour laquelle les ongles , et heauconp d'autres corps de cette nature qui sont, comme les dents , des substances excrétées, ne tombent point pour être remplacés.
J'ai aussi observé que les lapins ont six dents molaires de chaque côté de la màclioire supérieure, et non pas seulement cinq comme à l'inférieure 5 la sixième et postérieure est fort petite, et c'est sans doute pour cela qu'elle avait échappé aux zoologistes .
NOTE
Sur la durée de la gestation dans les cochons d'Inde.
Les cochous cl'InJc sont naturalisés cl muliipliés depuis si long-iemps en Europe , rpi'il doit pai aîire éiraui^'e e|u'aucun auteur n'ait connu la véritable durée de la gestation daiis ces animaux. Buffon dit qu'elle est de trois semaines j le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle a répélé la même opinion -, d'autres ont assigné des durées différentes, mais également erronées. La cause de cette incertlaide lient à ce qu'on n'était jamais sûr du moment où' le mâle avait couvert la femelle , et cela, parce qu'il a beaucoup de peine à en venir à bout. Il lui faut souvent quinze jours , et quelquefois plus pour y parvenir. Durant tout ce temps , son ardeur apparente et tous ses efforts (échouent contre une disposiiion singulière du vagin de la femelle. Cette disposition consiste en ce que l'orifice extérieur en est collé et complètement fermé. Il faut que le mâle le décolle pour que la copulation ait lieu ; il se recolle ensuite au bout de trois jours : il se recolle de même après l'accouchement. C'est en sépavant les femelles d'avec les mâles , aussisôt que je m'apercevois du décollement, que j'ai reconnu que la durée de la gestation est de soixante - cinq jours. Du reste, cet heureux privilège d'être toujours vierge , même après de uoûibreux accouchemens, n'appartient pas exclusivement à la femelle du cochon d'Inde ; celle d'un ancien habitant de notre Europe en a aussi été gratifiée , c'est la souris.
( 288 ) NOTE
SUR LE RELACHEMENT DES SYMPHISES DU BASSIN DAXS LES COCHONS d'jNDE, A l'ÉPOQUE DU PART.
On saitique, dans les vivesdiscvissions qui se sont élevées touchant la section de la symphyse des pubis dans certains accouchemens laborieux , les partisans de celte opération ont principalement fondé Pespoir du succès s\xt ce que louies les symphyses du bassin se gonflent et se relâchent vers la fin de la grossesse. Ils ont vu dans ce gonflement un moyen employé par la nature pour augmenter les diamètres du bassin , une indication de les augmenter davantage par l'écartement artificiel des symphyses , et la possibilité d'obtenir un écarlement suffisant des deux os pubis , à cause du mouvement de charnière que peuvent permettre les svmphyses sacro-iliaques infiltrées et ramollies. Mais, tandis que leurs adversaires contestaient ce gonflement et les conséquences qu'on en déduisait , il ne paraît pas que personne ait jamais fait connaître aucun cas , dans lequel la nature opère elle-même une véritable et complète désymphisation, .pour rendre l'accouchement possible. C'est néanmoins ce qu'on observe dans une espèce entière d'animaux , celle des cochons d'Inde.
Si l'on compare le bassin d'une femelle de cochon d'Inde avec la tète d'un fœtus à terme, on sera convaincu, à la première inspection, qu'il
.serait de loulc impossibiliu' qne la lètc traversât le bassin , et par conséqnciiL que rciccouchcment eut lieu, si le bassin conservait constamment l'état et les dimensions qu'il présente bots le temps de la gestation. Sans entrer ici dans de longs détails sur les dimensions respectives de la lete du ftetus ei du bassin de la temelle dans cette espèce , il suffira de remarquer que l'accoucbement dépend spécialement du diamètre transversal de l'une et de l'autre. Or, le diamètre transversal de la tête d'un fœius de moyenne grosseur et à terme, couverte de sa peau, mais dessécliée , est de 20 millimèlres, tandis que celui du bassin dans une femelle de taille ordinaire , mesuré entre les cavités coryîoïdes sur les os nus et desséchés, n'est que de 1 1 millimètres. Si l'on tient compte des parties molles qui revêtent le bassin intérieurement , ou comprendra que , dans l'état de vie , son diamètre , n'est qu'environ la moitié de celui de la tête du fœtus ; et cepcndiant Icii cochons d'Inde accouchent avec beaucoup de facilité. Il fallait donc nécessairement que la nature eût pourvu de quelque manière à cette énorme disproportion : c'est en effet ce qui a lieu.
J'ai fait connaître en 1809 (voyez la note précédente ) , que la durée de la gestation dans ces animaux est de soixante-cinq jours. Environ trois semaines avant l'accouchement , on s'aperçoit que la symphyse des pubis , acquiert plus d'épaisseur et un peu de mobilité. Cette épaisseur et celte mobilité se /? Partie, \ g
( ^9° t proiioncenL de plus en plus . Enfin , Iiuii ou dix jours avant l'accouchement , les pubis commencent à s'écarter l'un de l'autre. Cet écartement s'accroît d'abord leniement, et ne prend nue augmentation rapide que pendant les trois ou quatre jours qui précèdent raccouclienient. Il est tel au moment de raccouchement, qu'il admet sans peine le travers du doigt du milieu , et quelquefois même celui de ce doigt et de l'index réunis.
L'accouchement terminé , les pubis ne tardent pas à se rapprocher. Au bout de douze heures , leur écartement est déjà diminué de plus de moitié 5 au bout de vingt-quatre heures, ils sont contigus à leur extrémité antérieure , et en moins de trois jours, ils le sont dans toute la longueur de leur symphyse , laquelle ne présente alors qu'un peu d'épaisseur et de mobilité. Quelques jours après, il n'y reste plus qu'une très-légère mobilité , qui disparaît elle-même plus lot ou plus tard. Mais quand les femelles sont vieilles on malades , la réunion se fait plus lentement.
J'ai mesuré l'écartement des pubis dans trois lènielles qui avaient été tuées à l'époque de l'accouchement. Dans deux qui étaient à soixantequatre jours de gestation, cet écartement avait 11,5 millimètres, et 1 3,5 millimètres dans la troisième qui était au soixante-cinquième jour. Dans ces trois femelles, les symphyses sacro-iliaques jouissaient d'une grande mobilité , mais sans aucun
( ^91 ) ëcarlcment notable. Coite mobiliié des symphyses sacro-iliaques, saus laquelle l'écartemeut des pubis ne pourrait être que fort borné, permet de plus un mouvement du sacrum en arrière j et comme ce n'est que rextrémilé postérieure du sacrum qui correspond à la symphyse des pubis , on voit , d'une part, que la tète du fœtus, en pressant contre cette extrémité, agit sur les symphyses sacro-iliaques au bout d'un assez long levier j et de l'autre, qu'un petit mouvement de bascule du sacnim ou des os innominés dans ces deux symphyses , suffit pour produire un assez grand écartement entre l'extrémilé postérieure du sacrum et la symphyse des pubis.
Il résulte de tout cela que le bassin de la femelle du cochon d'Inde est considérablement augmenté dans tous ses diamètres au moment de l'accouchement. Il ne fallait pas moins qu'un semblable mécanisme pour qu'un animal aussi petit pût mettre bas des fœtus qui sont pour le moins aussi gros que ceux du lapin, et qui sont d'ailleurs dans un état presque adulte. Car ou voit courir les petits cochons d'Inde presque aussitôt qu'ils sont nés 5 ils ont les paupières et les oreilles ouvertes j toutes leurs dents sont sorties , et ils peuvent mâcher l'herbe dès le premier jour de leur naissance; à peine ont-ils besoin de tetter, et dans un climat plus chaud que le nôtre, ils pourraient entièrement se passer de leur mère. Enfin, ce qui prouve
( ^92 ) pevil-étre mieux que loute chose à quel point ils sont développés au moment de leur naissance , c'est qu'ils se comportent alors par rapport à l'asphyxie, comme font les autres animaux dans un âge voisin de l'adulte. D'après mes expériences, l'asphyxie que peuvent supporter les lapins, est environ sept fois plus longue au moment de leur naissance que dans l'âge adulte ; et il en est à peu près de même dans les chiens et dans les chats : au lieu que le cochon d'Inde nouvellement né n'en peut supporter qu'une qui est à peine double de celle que supporte l'adulte. Aussi la durée de la gestation , qui est en général d'autant plus courte que les animaux sont plus petits , est-elle deux fois aussi longue , et même un peu plus dans le cochon d'Inde que dans le lapin. Mais ce ne sont pas là les seules anomalies qu'on rencontre dans ces singuliers animaux 5 j'en indiquerai d'autres par la suite.