QU'ON ENTRETIENT YIVANS PAR L'INSUFFLATION PULMONAIRE
( Lu à la 1 ^e. Classe de V Institut de France dans la Séance du 2 Mars i8ii, )
Un membre de la Sociëtë royale de Londres^ M. Brodie , en répétant les expériences par lesquelles on entretient la vie dans les animaux décapités, s'est appliqué à rechercher quelles altérations subissent , dans les animaux , la circulation du sang , les sécrétions et la température. Il a conclu de ses expériences, que l'influence du cerveau n'est pas immédiatement nécessaire à l'aclion du cœur , mais que les sécrétions et la formation de la chaleur ne peuvent avoir lieu sans cette influence.
J'ai peu de choses à dire ici sur l'opinion que les mouvemens du cœur sont indépendans du cerveau. On sait que depuis plus d'un demi-siècle, c'était une chose assez généralement admise , et que la théorie de l'irritabilité était principalement fondée là-dessus. Haller , et les auteurs de son école , ayant voulu prouver que l'irritabilité était une pro- IP. Partie, 1
priété inhérente à la fibre musculaire, s'étaient spécialement attachés à montrer que dans le cœur, qui est si éminemment irrit£(hle, cette propriété ne dépend pas du cerveau. Il est vrai que ces auteurs avaient perpétuellement confondu les mouvemens du cœur, qui sont impropres à entretenir la circulation, avec ceux qui peuvent encore Tentretenir^ mais , comme cette distinction avait pareillement échappé à leurs adversaires , ceux-ci n'en avaient point fait une objection , et toute la dispute entre les divers auteurs roulait sur la difficulté de concilier les faits et les expériences qui paraissaient établir que Faction du cœur ne dépend pas du cerveau , avec certains faits anatomiques et certains phénomènes de la circulation qui semblaient attester le concours de la puissance nerveuse. Ce qu'il y avait donc à faire , ce me semble, dans cet' état de choses, était de prouver par des expériences directes , non pas seulement que les mouvemens du cœur sont indépendans du cerveau, ce qui eut laissé subsister les anciennes difficultés , mais comment ils peuvent Fétre , sans, pour cela, cesser de dépendre de la puissance nerveuse. C'est sous ce point de vue que j'ai examiné cette question , dans le dernier Mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à la classe , et qu'elle a daigné accueillir avec tant de bienveillance.
Pour ce qui concerne la nullité des sécrétions dans les animaux décapités, nous verrons jusqu'à
quel point celte opinion est fondée, lorsque j'aurai exposé les résultats de mes recherches sur leur température.
Dès mes premières expériences, publiées deux ans avant celles du savant anglais , je m^étais bien aperçu que les animaux décapités se refroidissent quand on prolonge leur existence pendant un certain temps. J*avoue toutefois que, n'ayant point mesuré le degré de leur refroidissement , je ne l'avais pas cru aussi considérable qu'il est. Je n'avais donné aucune suite à cette objection\, parce que ce phénomène m'avait paru tenir à des causes connues. Mais M. Brodie en a fait un objet d'une haute importance , par la manière dont il l'a envisagé , et par les conséquences qu'il a déduites d erses expériences. Ces conséquences ne tendent pas à moins qu'à renverser la théorie actuelle de la chaleur animale , c'est-à-dire , une des plus heureuse» et des plus brillantes applications de la chimie à la physiologie* En effet, l'auteur anglais annonce que , toutes choses égales d'ailleurs , les animaux décapités et entretenus vivans par l'insufflation pulmonaire , se refroidissent autant et même un peu plus que ceux qui sont morts 5 et que cependant le sang prend dans les poumons cette belle couleur rouge qui caractérise le sang artériel , qu^il s'y absorbe du gaz oxigène, et qu'il s'y forme de l'acide carbonique, de même que dans l'animal entier, et qui respire naturellement* Il conclut de ces faits.
qu'il ne se produit plus du tout de chaleur dans les animaux décapités, quoique tous les phénomènes de la respiration aient lieu , et que , par conséquent , la respiration n'est pas, comme on le pense maintenant , la source de la chaleur animale. L'auteur va plus loin encore, ilprétendque toutes les fois que la température de l'air ambiant est inférieure à celle de l'animal, ce qui est le cas le plus ordinaire, l'effet de la respiration est constamment de diminuer la chaleur, loin d'en former. Il appuie cette dernière assertion , sur ce que la températurc^des animaux décapités baisse un peu plus dans le même temps que celle des animaux morts 5 ce qu'il attribue à ce que l'air invsufflé dans les premiers pour les entretenir vivans^ ne fait qu'enlever du calorique aux poumons et au sang qui les traverse.
Aussitôt que j'ai eu connaissance du Mémoire de M. Brodie, par la Bibliothèque britannique (1) , je me suis hâté de répéter ses expériences 5 et l'invitation qu'a bien voulu me faire M. Laplace, d'examiner cette matière avec attention, a été pour moi un puissant motif d'y apporter tout le soin et toute l'exactitude qu'il était en mon pouvoir d'y mettre.
J'ai préféré, pour mes expériences, les jeunes animaux à ceux d'un âge plus avancé, parce que
(1) N^. 384, décembre i8ji. Pag. 38o.
( 5 ) riusufflaûon pulmonaire réussit mieux dans les premiers, et qu'on peut la continuer plus long-temps sans fatigue, et aussi parce qu'il était utile d'examiner les mêmes cas à différens âges.
La température a toujours été prise dans le ventre, au milieu des intestins et près l'estomac par une petite ouverture faite à la ligne blanche
Première expérience. J'ai pris deux lapins âgés de onze jours , et qui pesaient, l'un i hectogr. 87gram. ( é onces i gros ) , l'autre 2 hectogr. 3 gram. ( 6 onc. 5 gr. ' )) j'ai décapité le premier, suivant la méthode que j'ai indiquée dans mes précédens Mémoires, et avec la précaution de lier les vaisseaux pour arrêter l'hémorragie , puis je l'ai abandonné dans cet élat. Le second, après avoir été décapité de la même manière , a été entretenu vivant à l'aide de l'insufflation pulmonaire. Yoici les résultats de cette expérience.
Les temps sont comptés du moment où la moelle épinière a été coupée à l'occiput , pour pratiquer la décapitation.
La température initiale des deux lapins était à 40'' centigrades.
Celle de la chambre était à 12,2''.
Tempér. du lapin Tempér. du lapin
mort. vivant.
minutes. .Ipgr. degr.
Cette première expérience donnait des résultats contraires à ceux obtenus par M. Brodie, puisque Tanimal insuffle', quoique perdant de sa température de plus en plus, avait toujours conservé de 1 ~ h 2.^ au-dessus de l'autre. Il est vrai qu'il était un peu plus gros que ce dernier. Voulant savoir si la différence des températures pouvait être attribuée uniquement à celle des volumes, j*ai pris deux autres lapins âgés de dix-huit jours , de même couleur et de même portée, mais de volumes différens ; Tun pesait 2 hectogr. 3 gram. ( 6 onc. 5 gr. ^ ) , l'autre i hectogr. 72 gram. ( 5 onc. 5 gr. ) 5 après les avoir décapités tous les deux, j'ai entretenu la vie dans le plus petit : voici les résultats.
Tempér. du lapin Temp. du lapin
mort. vivant,
minutes. degr, tlegr.
La température de la chambre était à 7,2''. Il est remarquable que, dans cette expérience, la température du lapin vivant, qui était inférieure à celle du lapin mort de 0,8^^ à trente minutes, lui était égale à soixante minutes, et inférieure de 0,3*^ à quatre-vingt-dix minutes.
Troisième expérience» J'ai répété la même expérience sur deux autres lapins beaucoup plus gros. Ils étaient âgés de six semaines, et pesaient, l'un
5 hcctogr. 77 gram. ( i liv. i onc. 7 gr.)^ Tautre
6 hectogr. 86 gram. ( 1 liv. 6 onc. 3gr. ^ )
Leur température initiale était à 40'' 5 celle de la chambre à 8,5''.
Tempér. clu lapin Tempér. du lapin
mort. vivant.
minutes. degr. degr.
L'air insufflé s'étant extravasé dans la poitrine à trente -six minutes, l'expérience n'a pas pu être continuée plus long- temps.
On voit que dans ces expériences, en tenant compte de la différence des volumes, l'animal vivant paraît avoir conservé une température un peu plus élevée que l'animal mort. Mais, dans quatre autres semblables dans lesquelles les animaux, toujours comparés deux à deux , étaient à peu près du même poids, la température de l'animal mort était égale ou même supérieure de \ et presque de 1*^ à celle de l'animal vivant.
Je ne doute plus qu'en répétant ces expériences sur de très- jeunes lapins, la température de l'animal vivant ne fût assez, constamment supérievue à celle de l'animal mort, parce qu'à cet âge les sections et les blessures de la moelle épinière affaiblissent beaucoup moins la circulation que dans un âge plus avancé, ainsi que je l'ai fait voir dans le Mémoire cité plus haut (1;. Mais les petits lapins sont si délicats, qu'il est fort difficile de les insuf-
rr
(1) Voy, tom. I, Expér. sur le princ. de la lie.
(8) fier pendant un certain temps sans que la tracliée se rompe, ou que Tair insufflé s'extravase dans les vaisseaux sanguains ou dans les cavités du thorax et de Tabdomen.
Quatrième expérience. Les petits chats m'ont paru phis commodes pour cet objet, mais je n'ai pu en avoir que quatre à ma disposition 5 ils étaient de la même portée et âgés de vingt-quatre heures. Ces quatre animaux , conservés ensemble dans le même nid, étaient sensiblement d'une même température , laquelle, prise dans le centre de l'un d'eux, était à 34? 3*^. Tous les quatre avant été décapités de la même manière , deux seulement ont été entretrenus vivans par l'insufflation pulmonaire pendant quarante-cinq minutes.
Au bout de ce temps , des deux animaux luorts, la température de celui au ventre duquel j'avais fait une petite ouverture au commencement de l'expérience, était à i^^y^; et celle de l'autre à 2.2.^6^. Quant aux deux qui avaient été insufflés, la température était dans l'un à 24% et dans l'autre à z^^y^ y le ventre n'avait été ouvert aux trois deiniers pour prendre la températvire, qu'à l'expiration des quarante-cinq minutes. Le poids moyen de chacun de ces chats était de 84 gram. (2onc. 6 gr.) Les deux qui n'avaient point été insufflés , étaient un peu plus pesans que les autres ; mais la plus grande différence entre les poids n'était que de y^ô gram. (2 gr. )
La température de la chambre , pendant l'expcrience, élali à 8*^.
Il résulte de ces expériences qu'il s'en faut bien que la température des animaux décapités et entretenus vivans par l'insufflation pulmonaire, soit constamment au-dessous de celle des animaux morts 5 mais il demeure vrai qu'elle en approche beaucoup , et qu'elle continue de baisser de plus en plus à mesure qu'on prolonge la \ie de ces animaux.
C'est assurément une chose fort singulière et digne d'attention, que des animaux dans lesquels la circulation continue, qui jouissent du sentiment et du mouvement volontaire , et qui , en en un mot, paraissent bien vivans quoique décapités, se refroidissent h peu près comme s'ils étaient morts. Ce phénomène est-il dû à ce que la formation de la chaleur animale dépend du cerveau et non du poumon? M. Brodie se fonde, pour le penser , siu^ ce que l'insufflation pulmonaire remplace parfaitement la respiration naturelle dans les animaux décapités. Mais est - il bien certain qu'il en soit ainsi? Il m'a semblé que le meilleur moyen de s'en assurer était de substituer l'insufflation à la respiration dans un animal entier et bien porlant, et de voir quel en serait l'effet sur la température.
Cinquième expérience. J'ai donc pris un lapin âgé d'un mois, et pesant 6 hectogr. yS gram. (22
( lo )
onc); je Tai fixé sur le dos dans la même aitkude que les animaux décapités que Ton insuffle, et, sans lui faire d'autre lésion qu'une ouverture à la trachée-artere pour l'insuffler, et une autre petite à l'abdomen pour prendre la température, j'ai pratiqué environ cinquante insufflations par minute avec une seringue dont la canule remplissait bien la trachée, et ne permettait pas à l'animal de recevoir d'autre air que celui que je lui donnais par cette voie.
La température de la chambre était k 8"^
Tcmpér. de l'animal.
minutes. fl^g"^.
' L'insufflation a été cessée à soixante minutes. Désirant savoir en combien de temps il reprendrait, en respirant de lui-même, la température qu'il avait perdue, je l'ai laissé sur la même table, étant encore attaché, mais pouvant se mouvoir et se retourner sur le ventre. Au bout de soixante minutes, la température était à 3o'^,5^ ainsi il avait perdu un peu plus de trois degrés. Dans cette deuxième heure. Détaché et mis sur du foin pendant la troisième heure ^ ila encore perdu , mais un demi-degré seulement^ il a continué de perdre à peu près un demi- degré par heure pendant les trois heures suivantes 5 en sorte qu'à la fln de la sixième heure, sa température était à 28, 2*^. L'ayant alors ôté
de dessus le foin , et rechauffé entre mes mains et contre mes habits , il a regagné un demi - degré dans Fespace de vingt minutes. J'ai voulu voir si, dans cet état, l'insufflation pulmonaire accélérerait encore l'abaissement de la température. Je l'ai reprise pendant une heure 5 elle a fait perdre deux degrés de chaleur. L'animal était'' extrêmement faible et languissant, ses inspirations et les battemensde son cœur étaient considérablement rallentis : il est mort trois quarts d'heure après la dernière insufflation, principalement de froid, à ce qu'il paraît. Sa température, au moment d^ sa mort, était à ^24''^ 7*
Un effet aussi inattendu de l'insufflation pulmonaire dans un animal entier , et parfaitement sain d'ailleurs, m'a engagé à répéter cette expérience sur des lapins de différens âges , et pris comparativement deux à deux, comme je l'avais fait pour les animaux décapités.
Sixième expérience. J'en ai choisi deux âgés de trois semaines Après en avoir fait périr un par la section de la moelle épinière à l'occiput , je l'ai abandonné sur la table 5 j'ai insufflé l'autre, sans lui faire d'ailleurs aucun mal.
Leur température initiale était à environ ^s^^y et celle de la chambre ki^^»
Tempe'r. dlu lapin Tempér. du îapin
mort. vivant.
minutes, dogr. ^ iFegr.
Ces deux lapins pesaient chacun à peu près 3 hectogr. 34 gram. ( 10 onc. 7 gr. l)
Septième expérience. J'en ai pris deux autres âges d'environ trois mois, et qui pesaient à peu près le ménie poids, i5 liectogr. 69 gram. (31iv. 3 onc.) J'en ai encore fait mourir un, et l'autre à été seulement insufflé comme dans le cas précédent.
Leur température initiale était à 4^)5^ ^ celle de la chambre à 10'',
Tempér. du lapin Tempér. clu lapin
mort. vivant.
minutes. degr. degr.
Le lendemain et peut-être avant , le dernier avait repris sa température initiale de 4o?5'^.
Je ne rapporterai point ici toutes les expériences de ce genre que j'ai faites *, je me bornerai à dire que dans toutes les animaux se sont considérablement refroidis^ mais que, dans le plus grand nombre des cas, toutes choses égales d'ailleurs, leur température n'est pas descendue jusqu'à celle des animaux morts; la différence néanmoins n'a jamais excédé 2.'^ ~, La durée la plus ordinaire de mes expériences a été de 60 à 90 minutes 5 mais j'ai quelquefois prolongé s'insufflation plus long-temps dans le dessein de m'assurer si le refroidissement continuerait d'augmenter : par exemple , la température de la chambre étant à 12% j'ai insufflé •
( »3 ) pendant 120 mlniiles nn lapin de trois semaines, et du poids de 2 heclo^ram. 76 gram. (9 onces); au bout de ce temps sa température intérieure élait à 28, 5*^ , c'est-à-dire qu'il avait perdu enviroii 12.^ y je l'ai ensuite abandonné à lui-même sur du foin, dans une autre pièce dont la température était à 6*^ 3 au bout de sept heures , à dater du commencement de l'expérience, il était expirant; sa température était à ly^. Cette dernière expérience, de même que la première de celles de ce genre que j'ai rapportées, prouve que le refroidissement augmente à mesure qu'on prolonge l'insufflation ; elles indiquent en même temps que lorsqu'un animal s'est refroidi à un certain degré , il ne peut plus reprendre sa température initiale à moins qu'on ne l'abrite et qu'on ne le réchauffe, et qu'il continue de se refroidir jusqu'à ce qu'il meure. Or, il est important de remarquer que la cause pouvait en être due à ce que la respiration demeure laborieuse ; ce qui provient des engorgemens sanguins que l'insufflation prolongée occasionne dans les poumons, et du gonflement qui survient dans la plaie du col et de la trachée.
On peut demander si c'est l'insufflation seule qui fait baisser ainsi la température des animaux, ou si la situation dans laquelle on les place pour cette expérience , n'y contribue pas elle-même. Pour savoir ce qu'il en était, j'ai mis des lapins de diiférens âges dans la même position que si
j'eusse voulu les insuffler, en les attachant sur le dos par les pieds de derrière, et les tenant par les oreillettes , sans leur faire autre chose que de les maintenir dans cette position pendant 90 minutes. Voici les résultats de six expériences : 1^. Un iapin âgé de trois mois, et pesant 1 8 hect. 80 gram. (3 livres i3 onc. ]), a perdu 2,5'^. La température de la chambre était à 8,5*^.
^<^. Un autre de même portée que le premier, et du poids de i5 hectogr. (3 liv. 3 onc), a perdu if5^, La température de la chambre était à iijS'J.
3^. Le troisième, âgé de deux mois et pesant 11 hectogr. 62 gram. (sliv.donc. ), a perdu 1,7^. La température de la chambre était à lo^S^,
4^. Le quatrième , âgé de cinq semaines et pesant 3 hectogr. 70 gram. ( 22 onc. 1 gros), a perdu 2.,S^. La température de la chambie était encore à 10,5'^.
5» Le cinquième , âgé de 2.5 jours et du poids de 2 hectogr. 90 gram. (9 onc. ^) a perdu 3*^, La température de la chambre était à i^^.
6» Enfin le sixième, du poids d'un hectogram. i5 gram. ( 3 onc. 6 gr. ) et âgé de dix jours , a perdu ii'î. La température de la chambre étant à lo-J.
La perte éprouvée par ce dernier est sans doute considérable^ mais elle n'est pas due uniquement à la position sur le dos : elle dépend principalement de ce qu'avant Tâge de dix jours et même au-delà , les lapins ne forment pas autant de chaleur qu'il»
( «5 ) en perdent, ce qui est commun à plusieurs autres espèces 5 en sorte qu*ils meurent de froid assez promptement et avec des phénomènes que j'exposerai dans une autre circonstance, lorsqu'on les ôtc du nid pour les exposer à l'air.
Quant aux lapins plus âges, et qui peuvent aller et venir à l'air sans perdre de leur chaleur, comme étaient ceux des cinq premières expériences, la cavise pour laquelle ils se refroidissent quand ils sont étendus sur le dos, tienl-elle à ce qu'ils sont plus exposés à l'impression de l'air que quand ils sont ramassés sur leurs pattes, à ce que cette position gêne l'exercice de leurs fonctions et diminue la formation de la chaleur ? Pour m'en éclaircir, j'ai repris le lapin de la deuxième des six dernières expériences , et je l'ai étendu de rechef sur le dos pendant 90 minutes , après l'avoir enveloppé d'une flanelle légère, mais que j'ai jugé suffisante pour rendre insensible la différence de l'impression de l'air dans cette position et dans celle sur les pieds; mais il a encore perdu près de 1 degré, c'est-à-dire' un peu plus de la moitié de ce qu'il avait perdu dans le premier cas. J'en ai conclu que la formalion de la chaleur était réellement diminuée dans les lapins auxquels on ne fait autre chose que de les tenir allongés sur le dos; j'en ai cherché la cause , et je n'en ai pas aperçu d'autre qu'une gêne dans la respiration. En effet, si on examine la respiration des animaux qu'on maintient dans
cette position , on reconnaît qu'elle devient de plus en plus haute et moins fréquente, à mesure que rexpérience est prolon<^ée. Ces faits s'accordent parfaitement avec cette observation des vétérinaires que , quand on fixe des chevaux sur le dos , et qu'on les y maintient pendant un certain temps, ils y périssent 5 sans doute, parce que, leur respiration s'embarrassant de plus en plus, ils s'asphyxient.
Je reviens à l'insufflation pulmonaire, puisque cette opération , pratiquée sur des lapins entiers , les refroidit au point que leur température se rapproche beaucoup de celle des animaux morts, et que la plus grande différence n'excède pas 2,5^ On conçoit aisément que, dans des animaux aussi gravement affectés que le sont ceux qu'on a décapités, la différence doit être encore plus petite et qu'elle pourra même être nulle : en conclurat-on qu'il ne se forme point de chaleur dans ces animaux? Mais cette conclusion serait applicable parfois aux animaux entiers insufflés j d'ailleurs il faut prendre garde que , toutes choses égales d'ailleurs , un animal vivant perd plus de chaleur dans un temps donné qu'un animal mort. M. Brodie convient lui-même que l'air insufflé enlève un sang qui circule dans les poumons , et par conséquent à tout le corps, une certaine quantité de chaleur que ne perdent pas les animaux morts 5 mais il était fort vraisemblable que l'air ambiant doit de même faire perdre à la surface du corps d'un animal dan*
( 17) lequel la circulation continue une quantité de calorique qu'elle n'enlève pas à Tanimal mort. Pour essayer de jeter quelque jour sur cette matière, j'ai pris deux lapins de la même portée , âgés de cinq semaines, et du poids, chacun, d'environ 6 hect. 72 gram. (22 onc); j'ai en fait mourir un par la section de la moelle à l'occiput , et aussitôt après je l'ai introduit dans un bas de laine séché et rechauffé d'avance 5 j'ai mis par-dessus , tout autour, un morceau de flanelle, puis je l'ai abandonné dans cet état ; j'ai pareillement introduit le second lapin dans l'autre bas de la même paire, séché et rechauffé de la même manière , et je l'ai aussi entouré d'un morceau de flanelle semblable en tout au premier : je n'ai fait d'autre mal à celui-ci qu'une immersion à la trachée -artère pour l'insuffler j l'un et l'autre avaient la tête et le col à découvert, parce que cela était nécessaire pour insuffler le second. La température de la chambre élait à 9*^, au bout de 90 minutes de la mort du premier et de l'insufflation du second^ le thermomètre a marqué 3*^,8 dans celui-ci et seulement 33, 5 dans le premier. La différence a donc été de 4?^S ^^ P^^s grande de deux degrés que si les deux animaux eussent été exposés à l'air. J'ai répété la même expérience deux autres fois, la différence n'a pas été tout-àfait aussi grande, mais elle n'a pas été^moindre de 3 degrés, et par conséquent elle a toujours éle' un peu plus forte que dans le cas de l'exposition à //". Partie, a
l'air. Ces expériences me paraissent mettre liors de (lovite que Tanimal vivant perd notablement plus de chaleur par la peau que Fanimal mort. Pour prouver que, dans telle circonstance, il ne se forme point de chaleur dans un animal vivant, il faudrait donc connaître la quantité qu'il en perd en excès par les poumons et par la peau, et montrer que sa température s'abaisse de toute cette quantité au-dessous de celle de l'animal mort. Nous sommes encore fort loin de là.
Il résulte de ce que j'ai exposé dans ce Mémoire :
1», Que la température des animaux décapités et entretenus vivans par l'insufflation pulmonaire , ne tombe pas toujours au niveau de celle des animaux morts.
2". Qu'en supposant qu'elle y tombât, dans tous les cas, on ne pourrait pas en conclure qu'il ne se forme point de chaleur dans ces animaux.
30. Qu'on ne serait pas plus autorisé à prouver que le poumon n'est pas le foyer de la chaleur animale , puisqu'il est prouvé, au contraire, que tout ce qui dénature ou altère la respiration , tel que l'insufflation pulmonaire , la fixation sur le dos, etc. fait baisser la température dans des animaux parfaitement sains d'ailleurs.
Il reste à déterminer pourquoi l'insufflation pulmonaire produit cet effet; c'est ce dont je m'occuperai dans un autre Mémoire.
A ces conséquences qui forment le sujet principal ^e celui-ci, j'ajouterai quelques autres considéralions.
i<^. La température des animaux n*est pas aussi constante qu'on le pense communément. Quand on dit que dans chacjue espèce , il y a un degré de température constant, cela doit signifier, non pas que les animaux de ces espèces ne puissent prendre, et même assez facilement, une température inférieure à ce degré, mais qu'en vertu des lois de l'organisation^ ils tendent sans cesse à y revenir, et qu'ils y reviennent en effet , aussitôt que les causes qui les en ont écartés n'ont plus lieu.
qP. Puisqu'on entretient très-bien la vie dans les animaux décapités, quoique l'insufflation pulmonaire remplace si imparfaitement la respiration naturelle, on ressent quels effets surprenans on en obtiendrait , si on pouvait faire en sorte qu'elle la remplaçât mieux.
Il me resterait à examiner le troisième objet, dont s'est occupé le savant anglais , je veux parler des sécrétions 5 mais on a vu assez que l'insufflation pulmonaire, ayant pour effet de jeter un si grand trouble dans les fonctions de l'animal insufflé, le refroidit presque comme s'il était mort, il «e pourrait qu'elle suspendît les sécrétions dans un animal décapité, sans qu'on pût accuser l'absence du cerveau. Le moyen de s'en assurer serait d'examiner ee que devient, par exemple, la sécrétion de l'u-
rine, dans un animal dans lequel on n'aurait fait que substituer l'insufflation pulmonaire à la respiration.
Je me fais un devoir de dire en finissant, que M. Thillaye fils m'a aide dans quelques-unes de mes expériences, et qu'il a eu la complaisance de vérifier l'échelle de mon thermomètre sur celle d'un autre , gradué d'après la méthode de M. Gay- Lussac.