LA CHALEUR ANIMALE
(Mai et Juin i8i3. )
( N. B. Le Mémoire précédent est <fe 1812 et non pg,s de i8i3^ comme le porte la date. )
Ija Bibliothèque britannique a publié , le printemps dernier , de nouvelles expériences de M. Brodie, sur la chaleur animale. Ces expériences viennent à l'appui de celles que cet auteur avait faites précédemment, et qui ont donné lieu aux deux derniers Mémoires que j*ai eu Thoïmeur de présenter à la classe.
On se rappelle que celles-ci l'avaient conduit à établir , i». qu'un animal dont les fonctions cérébrales sont auéanties ou suspendues^ et qu'on entretient vivant à l'aide de l'insufflation pulmonaire , absorbe de l'oxigène, et forme de l'acide carbonique 3 2.0. que néanmoins cet animal se refroidit autant que s'il était mort 5 3^. que toutes les fois que la température de l'air inspiré est au-dessous de celle de l'animal , la respiration
peut contribuer à le refroidir, en lai enlevant clii .calorif|iie, au lieu de lui eu donner.
?^ais en s'assurant de Fâbsorpiion de Toxi^ène et de la formalion de l'.acide carbonique dans le cas dont il s'agit , M, Erodie avait négligé d'en déterminer les quantités. Quel que fût le refroi-^ (îissement de l'animal , il ne pouvait donc légitimement rien en conclure contre la théorie reçue ; car il était possible que la quantité d'oxigène absorbé, fût trop petite pour exercer une influence notable sur la température de l'animal. Ce défaut dans les expériences de Fauteur anglais, n'avait pas échappé à M. de Laplace, et c'est à la recommandation de cet illustre savant, que je me-*suis occupé, dans mon dernier Mémoire , à déterminer les quantités d'oxigène , que consomment les animaux dans divers cas où ils se refroidissent. Pendant que nous nous livrions à ces recherches, M. Thillave fds et moi, M. Erodie avait senti luimême la nécessité d'en faire de semblables , et sou deuxième Mémoire a pour objet de comparer les quantités d'oxigène que consoiument des animaux de n>éme espèce et de même volume , dans le cas où Us respirent librement, et dans celui où ils ne peuvent plus vivre qu'à l'aide de l'insufflation pulmonaire. Mais, pour connaître les quantités, il était nécessaire de pratiquer l'insufflation dans des vaisseaux parfaitement clos : ce qui exigeait un appareil approprié à cet usage. De tous ceux qu«
nci\$ avions imaginés pour cela, aucun ne laissait, assez (le lacililé pour insuffler Faninial , et contenait l'air d'une manière trop inexacle, pour qu'on pût remployer avec confiance.
Nous avions donc renoncé à nous occuper de cette question d'une manière directe , et nous nous étions appliqués à observer le refroidissement qui arrive dans d'autres circonstances , bien persuadés que la cause de celui - ci pourrait servir à trouver celle de l'autre.
M. Brodie, au contraire, n'a considéré que le cas où les fonctions cérébrales sont anéanties ou suspendues. Il a trouvé le moyen de pratiquer Finsufflation pulmonaire Qans des vaisseaux fermés d'une manière à la fois sûre et commode. L'appareil qu'il a imaginé pour cela est fort simple, et réunit toutes les conditions qu'on pourrait désirer pour le succès de l'expérience. 11 consiste dans une planche de bois épaisse d'environ y centimètres , supportée sur trois petits pieds , et sur la face supérieure de laquelle est creusée une rainure circulaire , ayant 2. centimètres de profondeur et autant de longueur. Cette rainure est destinée à recevoir une cloche de verre, et du mercure pour intercepter tonte communication entre l'atmosphère et l'air intérieur de la clOche. Le diamètre du cercle qu'elle circonscrit, et par conséquent celui de la cl,oche, doit être assez grand pour qu'un lapin âgé de 1 à 2 mois , puisse y être étendu. Dans l'intérieur de ce
( 70 ) cercle, près de la circonférence, la planche est percée d'un irou dans toute son épaisseur, pour laisser passer un tuyau d'argent ou de fer blanc. Ce tuyau , placé liorizontalemont sous la planche , s'élève verticalement pour traverser le trou , et après avoir dépassé la planche d'environ 3 centimètres, il se recourbe de nouveau pour se terminer par un ajutage horizontal de longueur et de grosseur convenable pour entrer dans la trachée - artère d'un jeune lapin. Un robinet est soudé à l'autre extrémité de ce tuyau. Un autre robinet sur lequel une poire de gomme élastique est fixée très-étroitement , se visse sur celui-là. Un cuir gras, interposé entre lesdeux robinets à leur jonction, prévien t toute communication de l'air atmosphérique avec l'air du tuyau. On conçoit qu'en comprimant la poire de gomme élastique, l'air qu'elle contient sort par l'ajutage qui termine l'autre extrémité du tuyau en dedans de la cloche , et qu'en cessant la compression y l'air de la cloche rentre dans la poire par ce même ajutage. On peut donc se servir de cette poire comme d'un soufflet, ou comme d'une seringue pour pratiquer l'insufflation pulmonaire en vaisseaux clos.
Mais on conçoit pareillement que si le tuyau ne communiquait avec l'intérieur de la cloche que par l'ajutage , et que celui-ci fut introduit à plein calibre dans la trachée-artère d'un animal , il n'y aurait d'autre air employé à la respiration arti^i-
(70 • (îielle^ que celui qui serait contenu dans le tuyau et dans la poire de gomme élastique 5 et , à moins que la poire ne fût d*un grand volume , cet air serait promptement vicié, et deviendrait impropre à la respiration avant que rexpérienôe eut été continuée assez long-temps pour qvie la température de l'animal eût baissé de quelques degrés. 11 fallut donc trouver un moyen de renouveler Tair de la poire aux dépens de celui de la cloche à chaque insufflation , c'est-à-dire , à chaque fois qu'on conprimerait la poire. C'est à quoi M. Brodie est parvenu d'une manière fort simple : il lui a suffi pour cela, de faire un trou au tuyau en dedans de Ja cloche , entre la planche et l'ajutage , et de donner à ce trou un diamètre un peu plus petit que celui de. l'ajutage. Lorsqu\)n comprime la poire de gomme élastique, l'air tend à s'échapper à la fois par l'ajutage et par le trou latéral , et si l'ajutage est introduit dans la trachée -artère d'un animal, la résistance que cet air est obligé de vaincre pour gonfler les poumons de l'animal , fait que la plus grande partie sort par le trou latéral. Par conséquent, lorsqu'on cesse la compression de la poire, et qu'elle reprend son premier volume , il v rentre par le trou latéral une quantité d'air égale à celle qui en était sortie. Ainsi, à chaque insufflation, l'air de la poire est en partie renouvelé aux dépens de celui de la cloche, et en même temps, si la poire est comprimée avec une certaine vivacité^ il
( 72) Cil enire assez dans la poitrine de l'aDimai pour une respiration ordinaire.
Tjel est l'appareil fort ingénieux qu'a imagine M, Brodie, pour pratiquer rinsuffiation pulmonaire dans des vaisseaux fermes. Voici maintenant quel est F usage qu'il en a fait.
C'est sur des lapins qu'il a pratiqué ses expériences. Ces animaux étaient tous à peu près du même Yolume et du poids d'environ ySo grammes. Il en a d'abord fait respirer trois dans l'état naturel , en les plaçant pendant luie clemi-Keure chacun sous la cloche de son appareil. Ces trois animaux avaient la même température à la fin qu'au commencement de l'expérience : l'un a formé ^5^3 pouces cubes anglais ( SpSjSia centimèt. cub. ) d!acide carbonique ; et les deux autres chacun 28,32 p. c. (440^937 centimèt. cub. )
Après avoir déterminé la quantité d'acide carbonique que forment, dans un temps donné, des lapins d'un volume connu , il en a pris deux autres , auxquels il a coupé la moelle épinière à l'occiput 5 et, pour anéantir plus complètement encore toute action du cerveau sur le tronc , il a coupé à l'un de ces lapins tous les vaisseaux et tous les nerfs du col , après avoir fait aux vaisseaux les ligatures cx)nvenables^ puis il l'a placé sous la cloche de son appareil , et l'a entretenu vivant par l'insufflation pulmonaire. L'autre , sans être insufflé , a été mis simplement sous une cloche semblable à la prc-
(73) mière , où il esl mort. Ce dernier était destiné à faire connaître ce que devient, au bout d'un temps donné , la température d'un animal mort, comparativement à celle de l'animal qu'on entretient vivant par la respiration artificielle. Au moment où ces deux lapins avaient été mis sous la cloche, leur température prise dans le rectum était la même à 97^^ (36°, 11 c. ) Farenhert. Au bout d'une demilieu r«, le lapin vivant avait formé 2,02 p. cub. d'acid. Carbon., c'est-à-dire, environ l de moins qu'il n'eût fait par la respiration naturelle , et sa température était à 90*^ ; celle du lapin mort était à
M. Brodie a fait trois autres expériences semblables. Seulement , au lieu de couper la moelle épinière des lapins , il leur a inoculé un poison qu'il suppose avoir la propriété de suspendre les fonctions cérébrales , en sorte que les animaux qui en éprouvent l'iniluence , m peuvent continuer de vivre qu'à l'aide de l'insufflation pulmonaire.
Il en a d'abord inoculé deux avec le woovara. Lorsque la iempérature de l'un et de l'autre fut à pc* F. (32*^,11 cenligr. ), il en a mis un sous la clocbe de son appareil, et l'a insufflé 5 l'autre a été abandonné sous une autre clocbe , où il est mort : au bout de 3o minutes , le lapin insufflé avait formé 2.5y5S pouces cubes anglais, (399^218 c. cub. ) d'acide carbonique , et la température était à 91*^ F. (Zi^^^yy c.) , celle du lapin mort n'était qu'à 92^^ F. (33 ',33 c. )
Deux autres lapins inoculés avec le même poison ^ et expérimenlés de la même manière, donnèrent un résultat semblable. Leur température , au momeni de rintroduction sous la clocbe, était à 97^ F. (^?>6^yii c.) Après un séjour de 35 minutes, celui qui avait été entretenu vivant^ avait formé 31,76 p. c. , (425, j 5 cenlim. c. ) d'acide carbonique 5 sa température était environ à 90^, (3^^, 16), et celle du lapin mort à peu près à ^o^S F. Sa'^^So c. ).
Enfin , dans une dernière expérience , M. Brodie a inoculé un lapin avec Thuile essentielle d'amandes amères. L'action de ce poison étant moins que celle du T,oovara, l'animal n'a pas tardé à faire des inspirations naturelles 5 néanmoins, l'auteur a in« sufflé pendant trente minutes sous son appareil. A l'expiration de ce terme, l'animal, qui respiiait encore spontanément ^o lois par minute , avait formé un peu plus de 28 p. c. , (44*^ centim. c. et quelques ccntièm. ) , et la température de 96^ F. , (35^,55 c. ) où elle était au commencement, était descendue à 90^^ F. , (32*^,11 ).
'^rdles sont les nouvelles expériences qu'a faites M. Brodie , pour prouver qu'un animal qu'on entretient vivant , et dont le cerveau n'exerce plus ses fonctions , forme autant d'acide car bonique que s'il respirait en liberté, et se refroidit néanmoins , autant que s'il était mort. Mais il faut observer que des quatre animaux sur lesquels il a pratiqué l'insufflation pulmonaire , le premier avait formé moins d'acide
( 75) carbonique , qu'aucun des trois qui avaient respiré naturellement sous l'appareil , pour terme de comparaison ; et que le quatrième , celui qui avait été inoculé avecriiuile essentielle d'amandes amères, ayant fait , peu de minutes après l'inoculation ^ et même après l'expérience , des inspirations spontanées , on ne peut pas dire que les fonctions cérébrales fussent entièrement suspendues chez lui , ni, par conséquent, que le refroidissement qu'il avait éprouvé fût du à cette suspension. D'ailleurs, le même lapin ayant été insufflé de rechef pendant nne demi-heure, deux heures vingt minutes après l'inoculation , et il avait vécu par ses propres forces pendant tout ce temps, s'était refroidi de plus en plus , et n'avait formé que i3 p. c. ( 2.00,12 oentimèt. c. ) d'acide carbonique , c'est-à-dire , un peu moins de la moitié de ce qu'il en avait formé la première fois. Des expériences de l'auteur, il n'y en a donc que deux , celles qui ont été faites avec le woorava , qui semblent déposer en faveur de son opinion , encore n'offrent-elles pas la précision nécessaire, pour conduirez des conséquences rigoureuses.
En répétant ces expériences, nous nous sommes appliqués à en écarter les circonstances qui nous avaient paru devoir affecter les résultats de quelque inexactitude. Les principales sont, 1^. que M. Brodie ne s'est pas servi du même animal pour comparer les quantités d'acide carboni-
( 76 ) ^iie formées par une respiralion naturelle , et pendcint rinsufflalion pulmonaire ; il a seulement pris la précaution de clioisir à peu près de même volume , ceux qu'il laissait respirer librement , et ceux qu'il soumettait à Tinsufflation pulmonaire. Mais les quantités d'oxigène qu'absorbent, et d'acide carbonique que forment , en temps égaux y dcs^ animaux de niéme espèce et de même volume , différent quelquefois assez notablement , comme on peut s'en assurer , en jetant les yeux sur les tableaux annexés au dernier Mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à la classe , et sur ceux que je joins à celui-ci.
Ainsi ^ il se pourrait que deux animaux de même volume j dont l'un respirant librement, et l'autre seulement à l'aide de l'insufflation pulmonaire , formassent autant d'acide carbonique l'un que l'autre , sans qu'on put en conclure , d'une manière absolue , que les quantités d'acide carbonique formées par une respiration libre, et par une respiration artificielle , fussent les mêmes , parce qu'il est irès-présumable que l'animal insufflé en aurait formé beaucoup plus, si , de même que l'autre, il eût p u r e spi /e r n atu rellemen t .
Il nous a donc paru plus exact d'établir cette comparaison sur le même animal , dans chaque expérience. Four cela, après avoir constaté, dans une première épreuve , la quantité d'oxigène que consomme un animal , et celle .d'acide carbonique
(77) qu'il forme , nous Tavons mis hors d'clat de respirer de lui-même 5 par la seclion die la moelle épinière à rocciput^ et dans plusieurs cas, par la desiruction du cerveau , moyen qui nous a paru beaucoup plus sûr que rinoculaiiou avec le woovara. Puis, nous avons replace l'animal dans le même appareil , où nous l'avons fait vivre à l'aide de l'insufflalion pulmonaire. A la fin de rexpéiienee, nous avons déterminé les quantités d'oxigène et d'acide carbonique qui se trouvaient sous la cloche. Celte seconde épreuve a d'ailleurs été faite dans les mêmes circonstances , en tout point , que la première y et pour Tordiiiaire une demi-heure seules ment après celle-ci.
2.^, M. Brodie a supposé, dans ses expériences, que le gaz oxigène que consomme un animal est exactement représenté par l'acide carbonique qu'il forme 5 mais cela n'a jamais lieu, du moins lorsque l'animal respire dans des vaisseaux clos. Dans ce dernier cas, la quantité d'acide carbonique formée est toujours inférieure à celle de roxi£?ène qui a disparu 5 et il nous a paru que la différence n'était pas toujours la même dans des circonstances d'ailleurs à peu près semblables. De plus, il nous a semblé que la détermination de la proportion d'acide carbonique était sujette à plus d'incertitude que celle du gaz oxigène. Deux analyses consécutives du même échantillon d'air peuvent donner, par rapport à l'acide carbonique, une
(78) difFereiîce qui \"a quelquefois jusqu*à 2, ceniièmes lorsqu'ou opère sur l'eau 5 et lors même qu'où opère sur le mercure avec la potasse caustique , ou peut encore trouver une dlffe'reuce, si Ton n'apporte pas un grand soin à bien laver la jauge avant de recommencer l'analyse. Lorsqu'au contraire c'est |a pi;oportion de Toxigène qu'on cherche, il est assez rare que la différence des analyses aille au-delà de quelques fractions de centième.
3». Enfin, l'auteur anglais n'a analysé que l'air contenu dans la poire de gomme élastique, et nous avons trouvé quelquefois que la proportion , soit d'oxigène, soit d'air carbonique, n'était pas précisément la même dans la cloche que dans la poire. Afin d'éviter ces diverses causes d'erreur, c'est le gaz oxigène, dont nous nous sommes appliqués à déterminer la proportion en analysant séparément, à la fin de chaque expérience , l'air de la cloche et celui de la poire.
4^. L'auteur anglais prend la température des animaux, en introduisant dans leur rectum, le réservoir du thermomètre, mais il convient lui-même qu'on pourrait commettre quelque erreur, si l'on n'avait pas soin , à chaque expérience, d'enfoncer le thermomètre exactement à la même profondeur , parce que les parties d'un animal se refroidissent d'autant plus lentement qu'elles sont situées plus profondément. Mais, malgré celte précaution, ce procédé nous paraît plus embarrassant et moins sûr
(79) ^ue celui que nous avons suivi ^ c/est en iiUroduisanl la boule du ihei monièire entre l'omoplaïc elles côtes, par une petite ouverture faite à la peau, que nous avons constamment pris la irniperature.
5°. En(in , pour comparer le refroidissement de Tanimal mort avec celui de Tanimal entretenu vivant par Finsufflation pulmonaire , M. Erodie s'est contenté d*abandonner l'animal mort sur une table , et de le recouvrir d'une cloche de verre pareille à celle sous laquelle était placé l'animal qu'il insufflai l. Mais on conçoit qu'un animal insufilé ayant à rechauffer toute la masse d'air qu'on fait passer dans ses poumons, doit perdre plus de calorique et se r/cfroidir davantage dans un temps donné, que celui qui n'est pas exposé à cette cause de refroidissement. Nous avons donc, dans plusieurs expériences, insufflé l'animal mort, delà même manière et dans le même appareil que celui qui était entretenu vivant 5 et, comme nous l'avions prévu, cette différence dans le mode d'opération en a produit une autre dans la température.
Telles sont les principales modifications que nous avons cru devoir apporter au procédé de M. Brodie. Nous avons fait neuf expériences dont les résultats sont consignés dans le tableau ci-joint. Chaque expérience comprend plusieurs épreuves, lesquelles ont toutes été faites le même jour et presque à la même heure.
Ce sont aussi des lapins que nous avons choisis.
Nos rechei elles avaient un double objet t nous voulions connaître d*abortl la quanliié d'oxigène qvi'absorbe un animal par la respiration naturelle et par la respiration artificielle. En second lieu, nous devions comparer la température dans ce dernier cas j à ce qu'elle est après la mort chez un animal de même espèce. Pour cela , après avoir laissé un lapin respirer naturellement dans Tappareil pendant une demi-heure, nous le relirions pour analyser l'air qu'il avait employé : cette analyse durait environ une autre demi-heure , que le lapin passait en liberté. Ensuite nous ^commencions la seconde épreuve par prendre la température du même animal, après quoi nous lui coupions la moelle épinière à l'occiput 3 puis nous pratiquions l'insufflation pulmonaire pendant une ou deux minutes , au bout desquelles nous l'interrompions pour détruire le cerveau avec un stylet introduit dans le crâne par le trou occipital 5 nous reprenions ensuite l'insufflation afin de nous assurer que l'animal était vivant, et pour le bien ranimer avant de l'enfermer dans l'appareil. Il s'écoulait ainsi environ 4 luinutes depuis le moment où nous avions constaté la température de l'ijuimal jusqu'à celui où nous le replacions dans l'appareil, pour y continuer rinsufllaiion. Pendant que l'un de nous se livrait à cette manœuvre, l'autre prenait un autre lapin semblable au premier , et le plus souvent de même portée, mais toujours un
peu plus fort , ce dont nous nous assurions en les pesant à la balance 5 et il faisait sur ce lapin les mêmes opCira lions que nous avions faiies sur le premier pour la deuxième épreuve , excepté qu'il ne soufflait point d'air dans ses poumons. Ainsi il prenait d'abord la température de la même manière et avec le même tbermomètre^ il coupait ensuite la moelle à l'occiput , puis il détruisait le cerveau. L'animal n'étant point insufflé né tardait pas à mourir 3 enfin 4 minutes après que la température avait été prise, cet animal élait mis sous une autre cloche sur la même table ^''il y restait une demi-heure, au bout de laquelle il en était relire, et sa température était prise de nouveau. D'autres fois, dans la vue de connaître quel serait l'effet de l'insufflation pulmonaire sur le refroidissement de l'animal mort, au lieu de le mettre simplement sous une autre cloche , nous le mettions sous celle de l'appareil de ?*î. Brodie, et nous l'insufflions pendant une demi-heure. Mais on conçoit que l'insufflalion pulmonaire au rait entretenu ce lapin vivant, si nous nous étions contentés de lui couper la moelle épinière à l'occiput et même de lui détruire le cerveau , ce qui É eût été contraire à l'objet que nous proposions; mais j'ai fait voir ailleurs (]) que pour tuer irrévocablement un animal, il ne fallait que délruire
(l) Expér. sur le princ. de la \ie.
r^ Partie. 6
une étendue de moelle épinière suffisante pour arrêter la circulation. Ainsi, au lieu de détruire le cerveau sur l'animal que nous désunions à ce genre d'expérience, nous détruisions la portion cervicale de la moelle épinière : il ne survivait à cette opération que le temps qu'il pouvait vivre sans circulation , une minute à peu près , sans que Finsufflation pulmonaire fût capable de prolonger son existence. Quelquefois nous faisions ces trois expériences en même temps j je veux dire que nous entretenions un lapin vivant par l'insufflation pulmonaire, qu'un autre était abandonné mort sous une clocbe , et qu'un troisième, tué par la destruction de la moelle cervicale, était insufflé. La durée de l'expérience, pour chaque animal, était d'une l heure , non compris les 4 minutes qui s'écoulaient entre le moment où la température était d'abord prise , et celui où il était mis sous la cloche. A l'expiration de ce terme , s'il s'agissait de l'animal vivant , nous fermions le robinet de la poire de gomme élastique , après l'avoir vidée et remplie à plusieurs reprises consécutives, de l'air de la cloche^ et nous faisions passer de l'air de cette même cloche , dans une vessie fixée à son sommet , en gonflant avec un soufflet, une autre vessie contenue dans l'intérieur de l'appareil, et en diminuant ainsi sa capacité. Après quoi, nous retirions l'animal pour prendre sa température. Cette opération était la ^eule qu'il y eût à faire pour ceux qui étaient morts 3
( 83 ) dans un cas iiéamuoius, nous avons pris dans la cloche où nn animal mort avait été insufflé , des éolianlillons d'air pour l'analyser.
En prenant la température sous Faisselle, par une petite ouverture faite à la peau, nous avons évité l'erreur dont la méthode de M. Brodie peut être la cause , selon l'aveu même de l'auteur , et qui offre d'ailleurs l'inconvénient de donner toujours une température plus basse que ne l'est, en réalité, celle des animaux décapités, car la circulation étant toujours plus ou moins affaiblie dans les animaux que l'on entretient vivans par l'insufflation pulmonaire , elle l'est davantage dans les parties qui sont pîas éloignées du cœur, et par conséquent la température s'y soutient moins bien que dans celles qui en sont plus voisines.
M. Brodie prenait la température immédiatement avant de placer les animaux sous la cloche ; nous l'avons toujours prise 4 minutes plutôt. Comme il est nécesaire de la prendre d'avance chez les animaux qu'on entre lient vivans à causes des difficultés que l'on éprouverait à le faire avec exactitude pendant l'insufflation , nous avons diien agir de même dans tous les cas.
J'ai dit plus haut que nous nous étions sur-tout appliqués à déterminer les quantités d'oxigène absorbé } c'est en faisant détoner l'air de la cloche dansl'eudiomètrede Yoka, avec du gaz hydrogène préparé par l'action de l'acide murialique sur le
ziiic, que nous y sonimtis paivciius. On se rappelle que i'absorpîion n'élait pas ion jours la même dans la poire de gomme élastique et dans la vessie fixée au haut de la cloche. ( 11 restait toujours nn peu moins d'oxigène , et par conséquent , il en avait disparu un peu plus dans l'air de la poire que dans celui de la vessie. ) Dans chaque expérience , nous analysions séparémcui l'air de la vessie et celui de la poire 3 et nous prenions la somme de ces deux analyses, pouj la quanlilé totale d'oxigène qui avait disparu . Nous avions jaugé avec de l'eau toute la capacité que contenait la cloche , lorsqu'elle, était appliquée sur le mercure de l'appareil nous avions jaugé de même celle de la poire de gomme élastique : ces deux capacités réunies étaient de 8o58 centimèt. cubes. Il n'y avait donc qu'à mnllipiier ce nombre par la somme donnée dans chaque cas, par l'analyse eudiomé trique , pour avoir, en ceniim. cub. , les quantités d'oxigène absorbées. Ces quantités sont exposées dans le tableau.
Les deux principaux résultats que présente ce tableau sont : i^. que, dans tous les cas', sans exception , l'animal respirant naturellement , a consommé plus d'oxigène, que le même animal dont le cerveau avait été décruit, et qui ne respirait qu'à l'aide de Tinsufflatiou pulmonaire. La plus grande différence a été de i43,23 c cub. (expér. 6^) , et la plus petite de 34^63 ( idem. ), dans le premier cas , l'animal insufflé avait eu la
moelle cervicale détruite 5 2^. qne le refroidisscnieiil qu'éprouve l'ammal cnlrelenu vivant par ce procédé, est conslamment moindre que celui de Tanimal mort, quoique ce dernier fût toujours, ou presque toujours, plus volumineux que le vivant, et que, par conséquent , il ait du se refroidir moins dans un temps donné (1). La plus grande différence a toujours eu lieu, lorsque Fanimal mort avait été insufflé à la manière de l'animal vivant : elle a été une fois dans ce dernier cas de près de 2.^ -, ; la plus petite différence dans trois expériences a été d'environ 1 {, Mais il faut obseiver qu'on n'obtient ce résultat qu'en comparant la température entre des animaux expérimentés le même jour et dans les mêmes circonstances. Si l'on ccïu parait la température d'un animal mort avec celle d'un animal à peu près de même volume , entretenu vivant , un autre jour on pourrait trouver qu'ils se sont refroidis de la même quantité, sans qu'on en pût rien conclure, par rapporta la question dont il s'agit , parce qu'à tempéra ttire égale de l'air, le refroidissement peut être plus prompt , et par conséquent plus grand , suivant les différens états de ce fluide.
Quoique ces faits soient contraires à ceux qu'a obtenus M. Brodie , on n'en peut rien inférer
(a. Ceci lésiike des expériences du premier J^Iémoire^
( 86-) contre ropinion de cet auteur. Il s'agit de savoir avant tout , si ia chaleur que conserve au-dessus de Faninial mort, l'animal qu'on entretient vivant, peut être expliquée par la quantité d'oxigène qu'il absorbe pendantl'insufflation , et par conséquent , si les degrés de refroidissement qu'il éprouve , sont en rapport avec ce qu'il consomme en moins d'oxigène , de ce qu'il aurait consommé par une respiration naturelle. Or , il est facile de voir que ces compensations n'ont pas lieu. En effet, un lapin du volume de ceux que nous avons soumis à nos expériences , consomme environ 200 centimèt. c. d'oxigène dans une demi-heure , et il conserve sa température. Un lapin de même volume perd environ 4 c. dans la première demi-heure après sa mort. En raisonnant d'après la théorie reçue, ces 4 c» lui auraient été rendus par 200 c. cub. d'oxigène : l'animal dont les fonctions cérébrales sont anéanties, et qui ne continue de vivre qu'à l'aide de l'insufflation pulmonaire , ue conserve qu'environ i''. de température au-dessus de l'animal mort 5 c'est-à-dire, que le refroidissement qu'il éprouve 5 est environ les ' de celui de cet animal , il ne devrait consommer que ^ de 200 cent. c. d'oxigène, ou 5o centimèt., au lieu de cela, il en consomme environ i5o c. c. Les résultats de nos expériences, quoiqu'opposés à ceux de M. Brodie, nous conduisent donc à une conclusion générale, qui est à peu près conforme à celle de l'auteur anglais^ savoir : que le refroidis-
semenl qu'éprouve un animal entretenu vivant par l'insufflation pulmonaire n*est nullement en rapport avec la fpiantité d'oxigène qu'il consomme pendant cette opéra lion.
Mais cette conclusion est-elle subversive de la théorie chimique de la chaleur animale, et peut-on en inférer que la température des animaux dépend spécialement du cerveau , et qn'd ne se dégage j)as de calorique dans leurs poumons pendant Tacle de la respiration, parce que Tanimal dont le cerveau est enlièrement détruit , et qu'on insuffle , conserve toujours une température un peu siqiérieure à celle de l'animal mort ? Nous ne le pensons pas : i^. parce que, comme je l'ai fait reniai quer dans quelques-unes des expériences de M. Brodie, quoique l'animal ait recrouvré presque dès le commencement, ses fonctions cérébiales, il n'a pas laissé cependant de se refroidir pendant l'iusufflalion pulmonaire j 2<>. parce que, comme je Tai fait voir dans mon premier Mémoire, si on pratique cette opération sur un animal parfaitement sain et entier d'ailleurs, il se refroidit considérablement, et quelquefois autant que s'il était mort, suivant la manière dont l'insufflation est modérée.
Or, tous ces faits sont absolument inexplicables dans Topinion de l'auteur anglais.
Et nous ne voyons rien, ni dans nos expériences , ni même dans celles de M. Brodie , qui puisse autoriser cette opinion. En effet, de ce qu'un
animal/ dont les fonciiojiis cérébrales sont anéanties, iîe refroidit beaucoup plus qu'il ne devrait , eu égard à la quanlité d'oxigène qu'il consomme, il ne s'ensuit pas immédiatement que la formaiion de la chaleur puisse dépendre du cerveau 5 et lors même qu'il se refroidirait autant que s'il était mort, comme M. Brodie prétend l'avoir observé, il ne s'ensuivrait pas encore que cet animal ne forme plus de chaleur. Car, à quelque degré qu'un animal vivant se refroidisse, avant d'en conclure qu'il ne forme point de chaleur, il faut s'assurer s il n'éprouve pas l'influence de quelque circonstance qui lui en fasse perdre beaucoup plus qu'il n'en forme. Or ^ c'est ee qui arrive dans toutes les expériences dont il s'agit. En effet , toutes les fois qu'un animal est soyniis à l'insufflation pulmonaire , cette opération lui fait perdre plus de calorique qu'il n'en acquiert.
Ce simple raisonnement indique que la respiratiou doit faire perdre du calorique à l'animal, et qu'elle doit, dis- je, lui en faire perdre toute la quantité nécessaire pour élever la température de l'air qu'elle emploie du degré qu'avait cet air au moment de l'expiration , à celui qu'il a au moment de l'inspiration. Dans la respiration naturelle, lorsque la température de l'atmospliere n'est pas trop basse, la quantité de chaleur que forme l'animal, suffit pour réparer non-seulement cette perte, mais même celle qui se fait
( 89) par la peau. Il est bien remarquable qu'il n'eu est plus ainsi lorsque l'animal ne respire qu'à l'aide d<i l'insuffla lion pulmonaire, et que dans ce cas, lors même que la température est assez élevée , il perd ton jours plus qu'il n'acquiert. Ce pliénomène n'a pas lieu seulement dans les animaux décapités, et dans ceux donl l'action du cerveau sur le tronc a été anéantie de toute autre manière 5 mais on l'observe pareillement dans ceux qui ii'ont subi aucune opération semblable, et cliez lesquels on n'a fait que substituer l'insufflation pulmonaire à la respiration naturelle. Il n'y a pas de doute que dans ceux-ci le refroidissement ne soit du uniquement à l'insufflation, et de plus il doit eu dépendre, du moins en grande partie dans tous les autres cas. J'avais observé cette cause de refroidisse ment dès mes premières expériences j mais ce n'est que dans celles que nous avons faites, M. Thillaye et moi, que j'en ai reconnu le mode d'action. Il me paraît bien prouvé que ce niode d'action consiste en ce que l'air insufflé enlève beaucoup plus de calorique que l'animal ne devrait en perdre pour conserver sa température. Beaucoup de faits concourent à démontrer cet effet de î 'insufflation. Ainsi, l'animal mort et qu'on insuffle , se refroidit toujours plus, et quelquefois très-notablemeni , que celui qu'on n'insuffle pas 5 et dans ceux qui sont vivans, on remarque, toutes clioses égales d'ailleurs, que le refroidissement est
( 9° ) d*aulant plus considérable , que , dans un temps donné 5 on a fait passer un pins grand volume d'air dans les poumons
On pourrait conclure de là que si on dirigeait, rinsufflation de manière à ne pousser dans les poumons que la même quantité d'air qu'y ferait entrer une respiration naturelle , il ne devrait plus y avoir de refroidissement ^ c'est ce que j'ai essayé d'obtenir en variant, autant que j'ai pu , les quantités d'air insufflé, mais sans y avoir réussi, 11 me paraît que ce défaut de succès lient à la différence qu'il y a entre la quantité d'air qui est poussé dans les poumons par l'insufflation pulmonaire, et celle qui y pénètre par une respiration naturelle. Dans la respiration naturelle, c'est l'animal lui-même qui fait le vide dans sa poitrine en abaissant son diaphragme , et en remuant ses côtes , l'air ne fait que pénétrer dans ce vide par son propre poids. Dans l'insufflation pulmonaire , au contraire, c'e^t l'air qu'on souffle dans la poitrine qui doit lui-mérne, en y entrant, abaisser le diaphragme et soulever les côtes, et par conséquent cet air est toujours comprimé, et d'autant plus que l'abaissement du diaphragme et le soulèvement des côtes lui en opposent plu s de résistance. 11 suit de là que, sous un volume égal, la quantité d'air insufflé est toujours plus grande que celle de l'air inspiré^ que si l'on n'insuffle qu'une quantité d'air égale à celle d'une inspiration naturelle , il
( 90 i)C irouvc réduit, par la compression, à un trop petit volume pour dilater convenablement les poumons et pénétrer jusque dans les vésicules pulmonaires, et l'animal meurt asphyxié. Le refroidissement occasionné par l'insufflation pulmonaire, dépend donc principalement de la grande quantité d'air que cette inspiralion fait passer par les poumons, et qui s'y échauffe aux dépens de l'animal.
On conçoit qu'un semblable effet doit avoir lieu, même dans la respiration naturelle, toutes les fois que ces mouvemens sont agrandis au point que ce volume de l'air inspiré surpasse notablement celui d'une respiration ordinaire. Lorsque, par une cause quelconque, la respiration d'un animal éprouve un certain degré de gène , cet animal se refroidit toujours plus ou moins, quoique dans certaines circonstances que j'ai fait connaître, il consomme autant d'oxigène que s'il respirait libremenl^ mais, dans tous ces cas, il faut des inspirations beaucoup plus grandes que dans une respiration naturelle, et il fait par conséquent entrer beaucoup plus d'air dans ses poumons. J'avais d'abord attribué son refroidissement à ce que les efforts continuels qu'il faisait pour agrandir ses inspirations, lui font perdre plus de calorique qu'il ne ferait pendant une respiration libre et tranquille , cette cause me paraît toujours très-réelle 5 car , si un animal est très-exercé , et qu'il fasse de grands
efforts, il doit perdre plus de calorique dans un temps donné que s'il était tranquille 5 mais la respiration étant libre et s*accélérani , comme il arrive toujours en raison de ces efforts , il consommera beaucoup plus d'oxigène et il conservera sa température. Mais si cel exercice est accompagné d'une gène de la respiration, et que Tanimal ne puisse parvenir à consommer que la mênije quantité d'oxigène ou à peu près que s*d était tranquille, alors cette perte de calorique qu'éprouve l'animal ne peut plus être compensée par une consommation suffisante d'oxigène.
Ainsi toutes les fois qu'un animal se refroidit au-delà de ce qu'indique la théorie reçue , d'après la quantité d'oxigène qu'il consomme en respirant , soit naturellement , soit artificiellement , c'est qu'il se trouve en même temps dans des circonstances qui lui font perdre plus de calorique qu'il ne dégage d'oxigène. Les principales de ces circonstances, sont une transpiration augmentée lorsque l'animal est obligé de faire des efforts continuels pour respirer , et la grandeur des inspirations, lesquelles enlèvent d'autant plus de calorique à Panrmal, que la quanlité de l'air inspiré est plus grande dans un temps donné, et que sa température est plus basse.
Il résulte, du second Mémoire, que la quanlilé d'oxigène n'est point variable , comme on l'a dlt^