LE VOMISSEMENT
FAITES SUR l'invitation DE LA SOCIETE DE l'eCOLE DE MÉDECINE DE PARIS j PAR MM. LEGALLOIS ET BECLARU.
JjA Société nous avait chargés ^ M. Legallois et moi, de lui faire un rapport sur le Mémoire concernant le vomissement, lu dans la séance du 8 juillet, etprésenté depuis sous une nouvelle forme, par M. JMaingault y docteur en médecine.
Les expériences indiquées dans ce Mémoire ont été répétées en notre présence par l'auteur. Mais les expériences faites et répétées par M. Maingaulty ne nous ayant pas paru assez multipliées, assez variées, leur résultat ne nous ayant pas semblé assez positif, nous avons désiré nous éclairer en répétant nous-mêmes les expériences de Fauteur, en les variant, et en en faisant quelques autres qui nous semblaient propres à dissiper nos incertitudes.
Quoique nous ayons fait ces expériences dans le plus court espace de temps possible , elles ont entraîné des lenteurs inévitables, et sur ces entre-
faites, M. Maingault a publié son Mémoire par la voie de l'impressioB . Dès -loi s nous avons pensé que, suivant l'usage des Sociétés savantes en pareil cas , il n'y avait plus lieu à faire de rapport ; mais la Société, en nous dispensant du rapport, nous a invités , dans son avant-dernière séance , à lui faire connaître les résultats de nos expériences particulières. C'est pour nous conformer à ses intentions, que nous avons extrait de notre Journal les expériences qui nous sont propres : ce sont elles que nous communiquons aujourd'hui à la Société.
5. I^^'. Expériences relatwes à Vinfluence de V œsophage dans le vomissement,
Différens faits connus de la rupture de l'œso phage, arrivée dans les efforts du vomissement, nous ont engagés à recliercher quelle peut être la part de cet organe dans le vomissement.
Première expérienee , — Nous avons fait une incision au côté gauche du cou d'un chien , nous avons saisi et attiré l'œsophage ^ il s'est détaché de l'orifice cardiaque de l'estomac. Nous l'avons laissé pendant au cou de l'animal ; nous y avons observé des mouvemens alternatifs de contraction et de dilatation. Nous avons injecté dans la veine crurale, trois grains d'émétique dans -^ de litre d'eau (1).
(i) C'est à cette dose et à ce degré de concentration que nous avons , en général, injecté l'émélique dans les veines.
( 95 ) Cinq minutes plus tard nous avons répété la même injection ; cinq minutes après la deuxième injection , l'animal a éprouvé des bâillemens , a fait des efforts peu considérables pour vomir, a rendu avec effort de Técume par la bouche , et est mort quelques minutes plus tard. L'estomac était plein d'alimens pulpeux ; quelques onces de cette matière étaient passées dans la cavité gauche de la poitrine^ les nerfs pneumo-gastriques étaient in~ tacts 5 les poumons étaient affaisés , Tair étant entré dans la poitrine par la plaie du cou; Testomac avait au cardia une ouverture d'environ un pouce et demi de diamètre , et tenait au diaphragme par le nrioyen du péritoine.
Deuxième expérience , — Nous avons répété cette expérience sur un autre chien, mais l'œsophage ne s'est point détaché de l'estomac qui l'a suivi jusqu'à la plaie du cou. Nous avons coupé l'œsophage à son union avec l'estomac; nous avons observé , à un moindre degré que la première fois , les mouvemens de l'œsophage. Peu après nous avons cousu la plaie du cou, pour empêcher l'entrée de l'air dans le thorax; nous avons injecté trois grains d'émétique dans la veine crurale. Sept minutes plus tard nous avons répété l'injection; les mouvemens respiratoires se sont accélérés. L'injection a été répétée ; il y a eu expuition d'écume. L'injection a été réitérée une quatrième et une cinquième fois; l'animal a fait des efforts pourvo-
(96.) niir, et a expire. L'estomac vide él ait dans la cavité gauche de la poitrine.
Troisième expérience. — Nous avons attiré l'œsophage par une plaie faite au côté gauche du cou , et nous l'avons coupé aussi bas qu'il a éié possible : nous avonsânjecté trois grains d'émé tique dans la veine jugulaire 5 l'estomac est resté pendant à la plaie du cou : nous y avons remarqué des mouvemens spontanés de systole et de diastole. L'irritation a produit des mouvemens plus apparens. Ces mouvemens sont devenus de plus en plus sensibles. Dix minutes après l'instant de la première injection , nous en avons fait une seconde 5 peu après l'animal s'est agité et s'est plaint 5 l'œsophage était froid, et cependant il se contractait d'une manière très-apparente, successivement de haut en bas. Nous avons fait une troisième injection douze minutes après la seconde ; l'animal a poussé des cris plaintifs. L'œsophage a continué d'éprouver des mouvemens de contraction qui se propageaient de la partie supérieure à la partie moyenne : ces mouvemens sont devenus fréquens , réguliers, isochrones à ceux de la respiration 5 puis un peu plus tard ils se sont faits par secousses , pendant lesquels l'œsophage a été fortement attiré en haut. Pendant les quatre ou cinq minutes qui ont précédé la mort , il y a eu des efforts de vomissement trèscaractérisés, pendant lesquels l'œsophage était tendu , et chassait des bulles d'air par son cxtré-
(97 ) miu; inférieur : il tombait dans le lelàcliemeut pendant les intervalles de ces efforts. Les parois du thorax et de l'abdomen étaient ét^alement tendues pendant les efforts j Tanimal est mort iroisquarts d'heure après la première injection.
L'estomac était très-gros et plein d'alimens pulpeux. Trois onces environ avaient passé dans Técartemeut postérieur du médiastin^ l'œsophage avait été coupé un pouce au-dessus du cardia.
Dans ces trois premières expériences, nous avons séparé Fœsophage de l'estomac, par arrachement ou par section 5 dans le premier et le troisième cas, il y a eu vomissement dans le thorax 5 dans le deuxième, il n'y a point eu de vomissement, mais Testomac était vide, et avait été attiré dans cette cavité, Dans ces cas, nous avons vu l'œsophage présenter des mouvemens de dilatation et de contraction, indépendans des efforts du vomissement. Nous avons vu ces mouvemeus changer de caractère dans les efforts du vomissement. Ces mouvemens ont été très-marqués dans la première partie de ces efforts, o/est-à-dire, pendant les contractions par secousses des parois du ventre et du thorax. Dans deux cas , il y a eu expuition d'écume par la bouche 5 eiifîn , dans ces trois cas , les efforts pour vomir ne sont survenus que quelques minutes avant la mort, et il a fallu, pour les déterminer, recourir plusieurs fois à rinjection de l'émétique : en général, il nous a paru qu'ils avaient été plus tar-
//c. Partie, r.
iïiù que dans les cas oii l'œsophage éiait intact» Quatrième expérience, «— Nous avons clierché à voir l'œsophage en place pendant le vomissement 5 pour cela, nous avons largement ouvert le côté gauche de la poitrine, en coupant les côtes près de leurs deux extrémités, et nous avons injecté six grains d'émétique dans une veine. Mais le médiasiin ne résistant point à la pression de Tair , Tanimal est mort asphyxié au bout de quelques instans.
Pour déterminer la part de l'œsophage dans lé rejet des matières par la bouche, et la manière dont elles passent de l'estomac dans l'œsophage , nous avons fait deux expériences.
Cinq uième et sixième expériences, — Dans l'une, aous avons ouvert l'abdomen , fait une incision à l'estomac, et par cette incision nous l'avons vidé 5 nous avons introduit à travers l'estomac, le cardia et l'œsophage, une sonde élastique garnie inlérieurement d'une canule de buis sur laquelle nous avons lié l'orifice cardiaque pour maintenir cette sonde en place. Elle sortait en haut par la bouche ; puis , pour empêcher l'animal de l'écraser avec le^ dents , nous l'avons fait sortir par une ouverture faite à l'œsophage du côté du cou. La présence çeule de la sonde a déterminé des efforts de vomissement, dans chacun desquels de l'eau introduite dans l'estomac était rejetée par l'extrémité supérieure de la sonde. Nous avons ensuite injectii
(99 ) de réméuquc dans la veine jugulaire 5 mais , malgré de nouveaux efforts , il n'est plus rien sorti par la sonde. Nous avons reconnu, après la mort de l'animal^ que la canule de buis était engorgée par des matières solides qui étaient restées dans l'estomac. Nous avons donc vu, dans cette expérience, que chaque effort du vomissement a déterminé l'éjection, parle bout de la sonde , d'une certaine quantité de liquide. Mais il restait à déterminer si, dans les cas ordinaires où l'éjection est précédée de plusieurs efforts préparatoires ^ ces efforts ne parviennent que graduellement à surmonter la résistance du cardia , ou s'ils servent à faire passer successivement les matières de l'estomac dans l'œsophage. Pour cela, nous avons fait une expérience dans laquelle nous avons d'abord pratiqué l'œsophagotomie au côté du cou , puis nous avons introduit par là une large sonde qui, évasée en bas, ne fut introduite que jusques au-dessus du diaphragme, comme on s'en assuia en la mesurant approximativement avant l'opération, et en la comparant exactement avec l'œsophage, après îa mort de l'animal. Un quart de litre d'eau fut injecté lentement parla sonde ^ l'animal ne fit d'abord aucun mouvement particulier, mais l'éméti-^ que ayant été injecté dans une veine , il fît des ef- Sorts pour vomir , et à chaque effort l'eau sortit par saccades à l'extrémité de la sonde : ces mêmes phénomènes se sont renouvelés à plusieurs repri'-
&CS et pendant long -temps. Il paraîtrait, par ces. expériences, que dans les cas ordinaires les premiers efforts du vomissement dans lesqnels il ne sort rien au-dehors, se bornent à faire passer les matières de Testomac dans l'œsophage 5 que dans lesdeiniers; ce canal les rejette au-dehors , et que la prcmièi e parlie peiit avoir lieu sans la participalion de l'œsopliage.
§. II. Expériences coîiceniant V influence du diaphragme dans le vomissement ^ et celle des nerfs dlaphragmatlcjues sur les contractions du diaphragme*
33ans les expériences dont nous avons été témoins j et dans celles que nous avons faites, nous avons vu rarement les origines des nerfs diaphragmaliqnes être entièrement coupées. Plusieurs fois elles Font été entièrement d*un côté. Nous avons vu le diaphragme être plus ou moins flasque d*un côté ou des deux, selon que l'un de ses nerfs, ou tous les deux, ont été plus ou moins parfiûtemenl coupés.
Dans tous les cas où Ifes nerfs diapliragmatique* ont été coupés, nous avons vu, l'abdomen n'étant pas ouvert , sa paroi antérieure devenir proéminente pendant l'expiration, et s'aplatir pendant l'inspiration, ce qui est l'inverse de ce qui arrive dans les cas ordinaires. A l'ouverture de l'abdomen, l'air entrait avec bruit dans cette cavité pendant
( ïoi ) rinspiralion. L'abdoiiiCîi eiaiit oiîVCiL enfin ^ le clinpbragnie était foriement relevé tlu côié du thorax. Cette élévation augmentait encore pendant l'inspiration, ce qui rendait beaucoup plus profonde la situation des organes épigastriques , celle de Testoniac eu particulier : ce qui, par conséquent, le soumettait davantage à l'action compressive des dernières côtes. Nous avons vu, dans quelques cas, où les nerfs diaphragmatiques étaient coupés, le vomissement avoir lieu , mais c'étaient des subslances liquides en grande abondance, injectées par le duodénum ou par l'œsophage , et qui sortaient à flots, seules, ou en entraînant des madères solides, après les mouvemens très-remarquables des hypochondres. Nous avons vu , dans un cas de cette espèce où les nerfs diaphragmatiques étaient en entier coupés , un chien mourir après de grands et impuissans efforts pour vomir j efforts déterminés et par l'étranglement de T'utestin , et par Finjection de l'émétique. L'estomac dans lequel on avait injecté du lait, contenait une masse de coagulum. Les phénomènes que présente le diaphragme après la section de ses nerfs au cou, nous ayant paru dépendre de la paralysie, nous avons foit des expériences directes pour déterminer l'inllueuce que le diaphragme reçoit des nerfs piiréniques, ou plutôt nous avons répété celle qu'un de nous avait déjà faite bien des fois , et dans laquelle il avait toujours vu que la section des nerfs phréniques paralvsait
coîiiplèlemeiiL le diaphragme. Cette expérience consiste à ouvrir largement la poitrine d'un jevme animal, de manière à ce qu'on aperçoive bien clairement la surface pectorale du diaphragme^ et à entretenir la vie par Tinsufflation pulmonaire. Nous avons donc pris tui lapin âgé d'un mois, nous lui avons enlevé le sternum et une partie des côtes de chaque côlë , après quoi nous avons pratiqué Finsufflation pulmonaire au moyen d'une seringue appropriée à cet usage, et dont la canule était introduite dans la trachée. Aussi long-temps que l'insufiiation était pratiquée régulièrement, l'animal ne faisait aucun mouvement d'inspiration , et le diaphragme, ainsi que les autres muscles inspirateurs, étaient dans un repos absolu. Mais quelques instans après qu'on avait interrompu cette opération , l'animal sentait le besoin de respirer, et s'efforçait de le faire par lui-même. Il élevait ses côtes , et abaissait son diaphragme avec force. Après nous être assurés de la constance de ses mouvemens , chaque fois que nous interrompions l'insufflation pulmonaire, nous avons coupé un des nerfs diaphragmatiques. A l'instant ménie le diaphragme est resté immobile de ce côté, et il a continué à s'abaisser de l'autre côté. Nous avons coupé l'autre nerf 5 il est devenu flasque, et est resté immobile en entier, ou bien il n'a éprouvé que des mouvemens passifs d'élévation communiqués par la paroi antérieure de l'abdomen. Cette expérience, plu-
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sieurs fois rcpc'iée, a loujoius donné absolument les mêmes résultats.
§. III. Expériences concernant V influence des parois, de r abdomen {^le diaphragme excepté)^ dans le vomissement.
Dans diverses expériences dont nous avons été témoins , et dans quelques-unes qui nous sont propres , nous avons vu le vomissement avoir lieu , la paroi antérieure de Tabdomen étant ouverte, mais Festomao était enfoncé sous les côtes , et soumis à leur pression. L'estomac étant hors de Faction des côtes, nous avons vu d'autres ibis le vomissement avoir lieu , mais c'était un vomissement de matières liquides seulement , et sur-tout de matières liquides poussées en grande abondance , et de manière à distendre l'estomac. Nous avons vu un cas déjà cité, dans lequel le diaphragme étaut paralysé , l'estomac enfoncé sous les côtes, par conséquent; les muscles de l'abdomen étant divisés , et la peau recousue, l'animal est mort après de grands efforts de vomissement, et l'on a trouvé son estomac plein de lait caillé en masse.
Dans une expérience qui nous est propre, nous avons ouvert l'abdomen d'un jeune chien 3 son estomac contenait une masse de chyle formé par du pain mangé trois heures auparavant, le diaphragme conservait son action. Nous avons déterminé les efforts du vomissement, en injectant de
réméiiquo clans une veine. L'estomac dégagé de riiypocliondre était, tout-à-fait hors de Faction des côtes. Les efforts du vomissement eurent lieu dans toute leur plénitude; il y eut d'abord des mouveniens de contraction du diaphragme , et de resserrement des côtes inférieures, plusieurs fois répétés, pendant lesquels il entra de l'air dans l'estomac ; puis le mouvement de flexion du cou, avec resserrement subit des parois du thorax, l'ouverture de la bouche : rien ne fut rejeté dans les efforts qui se renovivellèrent plusieurs fois. Dans ce dernier cas , l'action de l'œsophage et celle du diaphragme furent insuffisantes pour produire le vomissement de matières pulpeuses 5 dans le cas qui précède immédiatement, l'action de l'oesophage , et celle des muscles qui meuvent les côtes , le furent également. Nous avons vu le vomissement avoir lieu après ia section des attaches antérieures du diaphragme; mais pour empêcher l'asphyxie , il avait fallu coudre la paroi antérieure, ou au moins la peau de l'abdomen; et puis l'anneau œsophagien du diaphragme existait encore, ainsi que l'œsophage , dans son intégrité. Enfin, les maiières vomies étaient des liquides introduits en très - grande quantité dans î'estoinac, et entraînant parfois avec eux des matières solides.
En un mot, nous avons vu le vomissement survenir lorsque le diaphragme avait entièrement perdu son aclion, soit par la seclioa de ses deux nevîs
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soit de loiiie aiUre manière: nous l'avons vu survenir lorsque raLdomcn était largement ouvert^ ei même lorsque ces deux circonsiances avaient lieu à la fois. Mais dans tous ces cas , les matières vomies étaient toujours plus ou moins liquides. Dans la recherche des puissances qui concourent au vomissement , peut-être n'a-t-on pas fait assez d'attention à la consislance des matières à vomir, et à la différence d'intensité d'action qu'elle exige de la part de chacune de ces puissances.
C'est sur-tout dans les cas où le diaphragme et les muscles abdominaux ne peuvent plus contribuer en rien au vomissement ^ que nous avons cru vérifier la part que nous avons assignée plus haut à l'œsophage dans cette fonction. En effet, ce n'est qu'après des efforts long- temps réitérés et accompagnés du resserrement des côtes vers l'estomac, que les matières sont subitement rejetées , et même lancées au loin, par un dernier effort. Ce dernier effort ne paraît pas élre du même oidre que les autres, ou du moins le resserrement des côtes y est moins prononcé. Il nous a semblé que tous les efforts antérieurs à celui-là , avaient pour objet de faire passer les matières de l'estomac dans l'œsophage , où elles s'accumulaient peu-à-peu , et que la contraction subite de l'œsophage pour s'en débarrasser, constituait ce dernier effort. Peut-être est-ce ainsi qu'après des nausées plus ou moins fortes et plus ou moins prolongées, on vomit tout-à-coup
( io6 ) un flot de matières fluides, bilieuses ou autres^ sans contracliou bien manifeste de l'abdomen. C'est peut-être aussi à cause de cette fonction de l'œsophage, que le vomissement n'a pas lieu quand ce canal contracté ne permet pas que les matières s'y accumulent. Enfin, les vomissemens de matières muqueuses , ècumeuses, qui ont lieu dans les animaux auxquels on a retranche l'estomac, et qui ne peuvent venir que de l'œsophage , paraissent confirmer cette fonction.
$. ly. Expériences concernant V action de Vestomae dans le vomissement.
Nous avons vu, pendant le vomissement et les efforts qui le précèdent, plusieurs sortes de mouvemens dans l'estomac.
1°. Un mouvement de tension générale pendant les efforts, mais ce mouvement paraît dépendre de la pression qu'éprouve l'estomac. Après les efforts et dans l'intervalle des efforts très-visibles dans les mouvemens du diaphragme et des côtes, l'estomac cesse d'être tendu. Il n'éprouve point ce mouvement de tension quand on le soustrait à la pression. Pour cela , il suffit de tenir l'animal étendu sur le dos , de dégager l'estomac de l'hypochondre. Il faut aussi que le diaphragme ne soit pas paralysé , et que l'eslomac ne soit pas très-volumineux , et on voit très-bien alors les mouvemens du diaphragme et des côtes inférieures, et l'estomac reste tranquille
( '07 ) au milieu de ces efforts 5 seulement il est attiré par l'œsophage. Néanmoins, à mesure que l'estomac se vide , il revient sur lui-même, de manière à embrasser toujours les matières qu'il contient. Mais ce resserrement ne s'opère pas par des contractions apparentes, comme on en observe dans la vessie ou dans la matrice; il se fait par une contraction graduelle et insensible en vertu de laquelle il se forme à l'intérieur de ce viscère, des rides d'autant plus prononcées , qu'il est moins rempli.
2^. Les seuls mouvemens propres que l'estomac éprouvé , sont des mouvemens de resserremens circulaires successifs, depuis la distance d'environ deux pouces du pylore, jusques à cet orifice. Ces contractions se répètent dans le même sens un grand nombre de fois , mais cela ne coïncide même pas avec le vomissement. On observe aussi quelquefois une contraction semblable , et bornée à la partie moyenne de l'estomac.
Yoici les principaux détails de quelques expériences faites sur ce snjet.
Nous avons retranché l'estomac à un chien , et l'avons remplacé par une vessie attachée à un tube de bois, sur lequel nous avons lié, d'une autre part, l'orifice gastrique de l'œsophage. Nous avons laissé l'abdomen ouvert, nous avons injecté à pbtsieurs reprises de l'émétique dans la veine crurale. L'animal a éprouvé quelques efforts de vomissement pendant lesquels l'estomac postiche a éprouvé
( 'o8 ) des secousses et une tension analogues à celles que Ton observe dans Testomac lui-même 3 il n*y a point eu de vomissement , l'animal est mort après l'injection de douze grains.
Dans une autre expérience, nous avons de même adapté un estomac postiche rempli d'eau colorée , laissé le ventre ouvert , et injecté de l'émélique dans la veine crurale. L'animal, étendu sur le dos , a d'abord Hiit plusieurs efforts impuissans pour vomir; puis abandonné à lui, couché tantôt sur le ventre et recourbé sur lui-même , il a vomi à plusieurs reprises et en abondance, de l'eau contenue dans l'estomac postiche. Dans cette dernière expérience, il est évident que la première partie du vomissement , le passage de l'eau de l'estom-ac dans l'œsophage , a lieu sans la participation de l'estomac.
Pendant les expériences que nous venons de faire, et dans plusieurs autres faites dans un autre temps et dans d'autres intentions, nous avons vu des animaux rendre l'urine , l'abdomen étant ouvert , et la vessie absolument à l'abri de toute pression 5 nous en avons vu rendre les matières fécales dans les mêmes circonstances. INous avons vu enfin des femelles d'animaux dont l'utérus est membraneux et mince, accoucher l'abdomen étant ouvert , mais jamais nous n'avons vu le vomissement avoir lieu dans des cas où on ne dût raisonnablement supposer l'action d'une ou de plusieurs puissances
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ctrangcres à reslomac, soit le diaphragme, soit les parois de rabdomcn^ et en particulier les dernières cotes ^ soit l'œsophage.
Il nous semble que nous pouvons conclure des faits que nous venons de rapporter , qu'il y a deux temps dans le vomissement 5 celui du passage des matières de l'estomac dans l'œsophage , et celui de l'éjection de ces matières par l'œsophage.
Que l'estomac ne présente aucune contraction manifeste à laquelle on puisse attribuer le premier temps , les contradictions fibrillaires et partielles qu'on y remarque , outre qu'elles ne sont pas synchrones avec les efforts du vomissement, ne paraissent pas propres à produire cet effet 5 elles ne peuvent servir tout au plus qu'à opérer un resserrement qui a toujours lieu dans l'estomac après le vomissement, et par lequel ce viscère revient sur luimême à mesure qu'il se vide.
Que l'estomac a toujours besoin d'une compression extérieure pour opérer ce premier temps , mais que le nombre et l'intensité des forces nécessaires pour cela varient beaucoup , particulièrement suivant la consistance des matières à vomir , et qu'en général, on ne peut pas dire que ni la contraction du diaphragme , ni celle des muscles abdominaux , soit absolument nécessaire pour produire le vomissement, ])uisqu'il peut avoir lieu par le simple rapp roche jjaent des côtes vers la région épigaslri-
que, quand les madères sont fluides ou peu consistantes.
Que le second temps j ou réjection des matières par Fœsophage , a lieu sans le secours d'une compression extérieure.
Qu'indépendamment de cette action de l'œsophage, ce canal paraît concourir ausii, du moins jusqu'à un certain point , au premier temps du vomissement 5 il y concourt en ce qu'd doit être apte à recevoir ses matières à vomir , et par les secousses que les contractions , suivant la longueur, impriment à l'estomac; car les tractions sur l'œsophage sont un des meilleurs moyens de déterminer les efforts du vomissement.
Peut-être est-ce à cette action de l'œsophage dans le vomissement , qii'il faut attribuer , d'une part , la lenteur avec laquelle surviennent les efforts pour vomir, et en général la faiblesse de ces efforts, quand l'œsophage a été séparé de l'estomac ; et de l'autre part , l'impuissance où sont les simples contractions de l'abdomen de procurer le vomissement , quelque fortes et quelque complètes qu'elles soient d'ailleurs , à moins qu'elles ne soient accompagnées de cette modification particulière qui constitue les efforts pour vomir, et dont la synergie de Tœso- ^hage pourrait bien être le principal caractère.
Que le diaphragme reçoit des nerfs phréniques , le principe de ses mouvenieus , et qu'il est subite-
ment et entièrement paralysé par la section de ces nerfs j mais qu'il est si difficile de pratiquer cette section au cou, que toutes les fois qu'on la pratique dans une expérience , il ne faut jamais omettre à la fin, de vérifier, par une dissection très-soignée, si elle avait été complète.
C'est ici que se termine la tâche qui nous a été imposée 3 car, d'après ce que nous avonsdit en commençant , nous n'avons plus a comparer les résultais que nous avons obtenus , avec ceux que? M. JMaingault avait annoncés à la Société.