ACTE I, SCENE lY. i
LE TRAITEUR
Je suis un des traiteurs de l'allée des Veuves , aux Champs-Elysées. C'est pour ce petit repas que monsieur est venu faire hier au soir chez moi , et dont il a été si content.
PHILIBERT AIjVÉ.
Moi, monsieur, j'ai soupe chez vous hier au soiri
LE TRAITEUR
Oui, monsieur, avec deux dames et un de vos amis.
COMTOIS
Qu'est-ce que vous dites?
LE TRAITEUR
Je dis, que par malheur j'étais absent, mais que je suis rentré un moment après le départ de monsieur et de sa compagnie , et que ma femme m'a raconte tout ce qui s'était passé.
COMTOIS
Allez , allez , l'ami , mon maître ne soupe pas chez, les traiteurs.
LE TR AITEUR.
Plaît-il?
Et il n'a pas de connaissances parmi les dames qui vont souper à l'allée des Veuves.
LE TRAITEUR
Eh ! parbleu ! voici votre carte.
COMTOIS
Vous rêvez....
LE TRAITEUR
Et votre adresse de la rue des Trois-Frères , écrite au bas, de votre main.
i38 LES DEUX PHILIBERT.
PHILIBERT Ai^±, prenant le billet que lui présente le traiteur.
Mon adresse !
LE TRAITEUR
Nierez-vous votre écriture?
PHILIBERT aîné.
Ah ! mon Dieu ! c'est de la main de mon frère.
COMTOIS
Là ! encore un de ses tours.
LE TRAITEUR
Eh bien î messieurs ?
COMTOIS
Eh bien , mon cher ami : tâchez de trouver celui qui a écrit cette adresse. Ce n'est pas mon maître.
LE TRAITEUR
Là! encore un repas de perdu.
COMTOIS
Sachez qu'il y a deux Philibert; monsieur, qu'on appelle l'homme de mérite, et son frère, connu sous le nom du mauvais sujet.
PHILIBERT aîné.
Tais-toi donc.
COMTOIS
Laissez donc, monsieur; il faut bien dire la vérité. Je ne m'étonne pas que le frère de monsieur ait été souper chez vous avec des amis et des dames. Dieu sait quelles dames ! Je ne m'étonne pas qu'il ait donné notre adresse; mais j'espère que monsieur se lassera de payer ses créanciers, et qu'il va commencer par vous.
LE traiteur.
Permettez; que monsieur cesse de payer les dettes