‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 107 sur 433 · ACTE I, SCÈNE VI. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. i

de sa beauté; mais combien je me sentis ému des soins qu'elle prodiguait à sa bonne grand'mère! Sans affectation, je passai plusieurs fois dans l'allée où elles étaient assises. Elles se levèrent, je les suivis. La vieille femme s'appuyait sur le bras de la jeune fille. Quel écbange de doux regards entre elles deux ! Dans ceux de la grand'mère, c'était.... comme une espèce de reconnaissance. Dans ceux de la jeune fille, c'était de l'affection, du dévouement, une expression angélique de tendresse filiale. Depuis ce temps, je vais m'asseoir à quelque distance d'elle dans les promenades qu'elle fréquente. A l'église, derrière un pilier, j'admire sa douce et sincère piété. Au spectacle, je me place dans la galerie au-dessous de la loge qu'elle occupe- je cherche à saisir quelques mots de son entretien avec son père ou sa bonne maman : je remarque clans ceux qui arrivent jusqu'à moi, de l'esprit, du sens, de la bonté. Je n'ose me flatter d'en avoir été remarqué* mais pas un jour ne s'est passé sans que j'eusse le bonheur de la voir.

CLAIRVILLE

C'est fort intéressant. Il ne faut plus vous demander pourquoi , depuis quelque temps , on vous voit si rarement chez monsieur Forlis.

PHILIBERT AIWÉ.

Mademoiselle Forlis est aimable et bonne ; je suis touché de l'amitié que son père me témoigne; mais outre que je ne suis pas assez fat pour croire que l'on .songe à moi, c'en est fait, je ne puis aimer que la fille de monsieur Duparc. Mon cher Clairville, puisje compter sur vous?

CLAIRVILLE

Compter sur moi! Écoutez, monsieur Philibert Tome FIT. lO

i/,6 LES DEUX PHILIBERT.

voilà vingt ans que je fais métier de donner des leçons de musique; oui, vingt ans. Car je conmieneai immédiatement après la chute de mon opéra, lequel fut donné un an juste après que j'eus lemporté le grand prix de composition musicale.

PHILIBERT aîné.

Au fait de grâce.

CLA.IRVILLF.

Je fais fort bien mes affaires. Outre les leçons particulières, j'ai deux collèges et trois pensionnats de jeunes personnes. Or, à quoi dois-je mes succès? à mon talent d'abord; quand on a formé presque tous les premiers sujets des théâtres lyriques de Paris et des départements.... ; mais c'est à la régularité de mes mœurs que je dois l'amitié des parents, l'estime des instituteurs , le respect et la reconnaissance des élèves. Je ne prétends pas avoir été plus qu'un autre à l'abri de tendres erreurs ; j'ai même eu quelques bonnes fortunes assez remarquables; mais jamais parmi mes écolières. Je n'ai fait la cour qu'à une seule, que j'ai épousée, et qui depuis quinze ans fait mon bonheur. Aussi j'ai la jouissance de voir qu'on vante mes principes de morale presque autant que mes principes de chant et de mélodie.

PHILIBERT aîné.

Je le sais; mais....

Ce n'est pas tout. Bien loin de consentir à me mêler d'aucune intrigue, je me suis fait une loi de ne recevoir aucune confidence d'amour, même quand les vues sont honnêtes, et je me reproche presque d'avoir entendu la vôtre. On se plaît tant à médire sur le compte des artistes! Ainsi, mon cher monsieur, je

■Ji

Page 1