QUI RENTRE QUELQUES MOMENTS APRÈS LE COM- MENCEMENT DE LA SCÈNE
DORICOUR.
Oui , mon cher Léonard , un fondé de pouvoir a effectivement acheté pour moi une terre dans les environs de ce bourg. Je n'en connais que le produit : c'est quelque chose. Je viens la visiter; mais mon voyage a un hr' bien autrement important. Vous avez un monsieur de Boulanville dans ce canton ?
L ÉON ARD
Oui , Monsieur ; il habite un château à deux pas d'ici.
DORICOUR.
Quel homme est-ce?
LÉONARD
Je ne sais. Etabli seulement depuis un mois dans cette auberge....
DORICOUR.
Tu ne le connais pas?
LÉONARD
Non , Monsieur.
DORICOUR.
Tant pis.
LÉONARD
Mais j'ai précisément dans ma maison deux hommes qui y sont entrés à cause de l'orage, et qui, tout-à-l'heure, parlaient de lui.
26 M. DE BOULANVILLE.
DORICOUR.
Fort bien. Il faudra que je les voie.
MADAME LÉONARD, s^ avançant.
Monsieur a donc un grand intérêt à connaître ce monsieur de Boulanville ?
Un très-grand intérêt.
MADAME LÉONARD
Et peut-on savoir?... Pardon ; mais l'ancien attachement de mon mari pour vous , que je partage bien sincèrement, justifie mon indiscrétion.
DORICOUR, avec importance.
Vous êtes les seules personnes que je connaisse dans le pays ; vous n'avez pas , vous ne pouvez pas avoir de motifs pour vouloir me tromper : vous le voudriez, d'ailleurs, vous n'y parviendriez pas. Je ne vois pas ce qui m'empêcherait de me confier à vous.
MADAME LÉONARD
Confiance qui nous honore. Monsieur : nous écoutons.
LÉONARD, a part.
Il n'est pas changé; il se croit discret, et il dit tout.
DORICOUR.
J'avais un ami, un cher et tendre ami, Charles de Boulanville , riche habitant de la Guadeloupe ; il était né en France , à Orléans. La haine d'une belle-mère l'avait forcé de s'expatrier. Il me parlait avec aigreur de deux jeunes frères , tous deux fils de sa belle-mère. Ils avaient aidé, disait-il, à le dépouiller, à le chasser de la maison paternelle. Plein de ressentiment contre sa famille, il avait fait depuis plu'iicurs années un tes-