ACTE I, SCENE I. i
LÉONARD
Ah! oui.
DUHOUSSAYE, Jort gaiement.
Eh! la fille, monsieur l'hôte, madame, une tranche de jambon, une bouteille de vin vieux. Cela me fera passer le temps. Ah ! quel honnête homme , quel brave homme que ce monsieur de Boulan ville !
MADAME LÉONARD
Ah! ah!
LÉONARD
Monsieur, tout le monde n'en pense pas ainsi.
DUHOUSSAYE.
Tant pis pour ceux qui ne savent pas apprécier son mérite.
BERTRAND
M'oter sa ferme !
DUHOUSSAYE.
Me choisir pour son fermier !
BERTRAND
Après dix-huit ans ! quelle horreur !
DUHOUSSAYE.
Quelle courtoisie !
BERTRAND
Malgré la protection de madame de Verbois , sa parente , à qui j'avais promis des épingles.
DUHOUSSAYE.
Moyennant un léger pot-de-vin.
BERTRAND
Je ne lui pardonnerai de ma vie.
DUHOUSSAYE.
Je n'oublierai jamais sa bonté.
i4 M. DE BOULANVILLE.
LÉONARD
Marianne, un autre fagot clans la chambre n** 5. Ces deux messieurs pourraient se gêner , s'ils se chauffaient au même feu.
D^HOUSS^YE.
Je viens de chez lui ; j'ai sa parole , et cela vaut mieux que les meilleurs écrits. L'ancien fermier avait promis des épingles à une certaine dame ; mais monsieur de Boulanville n'est pas homme à se laisser influencer par de pareilles manœuvres : moi, je lui ai promis un pot-de-vin, c'est différent; c'est pour luimême.
BERTRAND
Je me moque bien des regrets qu'il me témoigne par sa lettre de congé. Parce que je suis veuf, il me renvoie. Au moment où je commençais à me consoler de la mort de ma femme , il renouvelle ma douleur en me retirant sa ferme.
MARIANNE, qui pendant tout le dialogue a couru d'une chambre à Vautre.
Si ces messieurs veulent entrer, il y a du feu dans les deux chambres.
DUHOUSSAYE.
Fort bien. (^^ Léonard. )M^ox\s\e\XY l'aubergiste, vous êtes tout neuf dans ce pays ; si vous avez besoin d'un protecteur honnête homme , n'en cherchez pas d'autre que monsieur de Boulanville.
(// entre dans une chambre.)
BERTRAND
Il n'en est pas quitte. Il vient de s'établir à Orléans un procureur , un avoué normand qui trouve des procès où l'on veut. Je vais chez lui ; il faut qu'il m'in-