ACTE 11, SCENE III
EOIJ LAN VILLE.
Il est mort! Eh bien! cela me fait de la peine; mon pauvre oncle! Eh quoi! je n'entends parler de lui après si long-temps, que pour apprendre sa mort, et finir ainsi loin de sa famille, de son pays! C'est triste. D o R I c o II R , a sajîlle.
11 a bon cœur pourtant.
BOU LAN VILLE
Et dites-moi, monsieur, avait -il fait fortune dans cette Guadeloupe? Ah! oui, on revient si riche des îles! quand on en revient.
DORICOIIR.
C'est ce que je ne sais pas ; je l'avais perdu de vue depuis long-temps. Quelques personnes m'ont dit qu'il s'était marié, qu'il avait fait de mauvaises affaires , qu'après sa mort, sa femme et ses enfants s'étaient embarqués, pour venir en France implorer les secours de sa famille.
Diable!
DORICOUR.
S'il en était ainsi , cette femme et ces enfants pourraient-ils compter sur vous?
BOULANVILLE.
Compter sur moi! écoutez donc, monsieur, chacun
pour soi ; chacun a ses charges Ma fortune n'est
pas si considérable. Je ne suis pas seul de la famille... IMoi - même , j'espère bien avoir des enfants Pourquoi diable mon oncle s'est -il si mal conduit? Pourquoi s'est-il marié?
DORICOUR, a part.
C'est un égoïste. {Haut.) En eftet, ses enfants
54 M. DE BOULxVNVILLE,
peuvent réclamer sa part dans l'héritage de votre grand-père.
BOULANVILLE.
Pas du tout, nous sommes en règle; mon grandpère l'avait déshérité. Ce n'est pas que, si par mon crédit, mes connaissances, je pouvais être utile à ses fils ou à ses filles, je ne le fisse de tout mon cœur. On se doit à ses parents.
DORicouR, a part.
11 ne manque pas de sensibilité. [Haut.) D'autres personnes m'ont dit qu'il était mort fort riche.
BOULANVILLE.
Cela serait bien différent. Il y aurait donc une succession.
DORICODR.
Oui; mais s'il y a des enfants?
BOULANVILLE.
Vous avez raison. Croyez -vous qu'il y ait des enfants?
DORICOUR.
D'ailleurs, vous n'êtes pas seul de la famille; votre cousin....
BOULANVILLE.
J'en ai plus d'un; mais je no les crains pas, je saulai soutenir mes droits : il v en a un avec qui je suis en procès.
DORICOUR.
Enfin, s'il faut en croire d'autres bruits répandus siu' votre oncle, il aurait laissé une fille, une fille fort aimable; et de son vivant, il aurait témoigné le désir de la marier en France à quelqu'un de sa famille.