SCÈNE X
VANGLAS, Madame VANGLAS.
Que ma main se dessèche, plutôt que d'exécuter un pareil ordre!
MADA3IE VANGLAS.
Eh ! mais je ne vous ai jamais vu si agité !
VANGLAS.
Eh! madame {Parcourant tout bas la lettre du
ministre.) Des promesses.... croit-il me séduire? Des menaces.... croit-il m'intnnider? Peu content d'opprimer, il prétend avilir! C'est à moi, à moi, ami d. Samt-Phar, qu'il donne l'odieuse mission d'être son accusateur î
MADAME VANGLAS.
-Mais qu'a donc ce message de si terrible ''
VANGLAS.
Le ministre me charge d'un nouveau travail
MADAME VANGLAS.
Eh bien! monsieur, il faut le faire.
VANGLAS.
Le faire! i^A part.) Ah! je suis tenté de lui envoyer la démission de toutes mes places. {Haut et af- Jectaiit de sourire.) En effet, combien d'autres s'empresseraient et seraient récompensés....
MADAME VANGLAS.
Donc il ne faut pas le laisser faire à d'autres. VANGLAS, se promené avec agitation; madame Vanglas le regarde avec inquiétude.
C'en est fait; si cet homme domine en France, il n'y a plus de bonheur, d'espérance, de refuge pour les gens de bien. Certes, je lui dois beaucoup; mais ne me suis-je pas acquitté ? Lui-même où en serait-il de son énorme puissance , sans moi , sans mes services ? Et pourquoi me choisir, moi précisément? Est-ce un raffinement de méchanceté?.... Non ;.... il connaît mon dévouement, et cette facilité de travail dont il s'est trop souvent servi. Mais quoi? me suis-je voué, me suis-je vendu à lui tout entier? Lui dois-je le sacrifice de toutes mes affections ?
(// se jette dans un fauteuil^
MADAME VANGLAS.
Ecoutez, je ne sais pas de quoi il s'agit; je ne veux pas le savoir; mais si le ministre réclame vos services, il faut obéir et vaincre vos répugnances. Au surplus, vous êtes vif en paroles, mais vous êtes prudent en actions, c'est ce qui me rassure; vous ne manquerez pas à la reconnaissance que vous devez au ministre. ( A part. ) .T'espère qu'il va se décider enfin à passer dans son cabinet.
( Elle sort. )