‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 58 sur 433 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

LÉONARD, DORICOUR, HENRIETTE.

DO RI COUR

Non , je ne veux rien entendre ; je quitte ta maison : tu as beau rejeter tous les torts sur ta femme. Tant pis pour toi si tu te laisses mener par ta femme.

LÉONA.RD

Eh! mais, monsieur, vous serez très -mal au Cheval-Noir.

HENRIETTE, entrant en scène.

Eh quoi! mon père, il n'y en a qu'un, et c'est cet homme si peu aimable que nous avons vu hier au soir?

DORICOUR.

Je te réponds, ma fille, qu'il est plus aimable qu'il ne paraît au premier coup d'œil; au moins ne cachet-il point ce qu'il est. Je serais un fou d'attendre un homme parfait. Donc , il doit me suffire que monsieur de Boulanville n'ait point les vices que ce Bertrand lui suppose.

HENRIETTE

Ah! mon père, je voudrais au moins qu'il eût quelques-unes des vertus que lui trouve Duhoussaye.

86 M. DE BOULANVILLE.

DORICOUR.

Il en a plus d'une. II est impossible qu'un homme fasse un aussi grand éloge dun autre homme, sans que cet éloge soit mérité dans quelque partie.

HENRIETTE

Il est impossible qu'un homme dise autant de mal d'un autre homme, sans qu'il y ait quelque vérité.

DORICOUR.

11 est évident que l'un des deux a menti ou s'est trompé. Pourquoi ne pas croire que l'imposteur est celui qui en dit du mal?

HENRIETTE

Pourquoi ne pas croire que celui qui en a dit du bien est un complaisant et un flatteur?

LÉONARD

Dut votre colère contre moi s'augmenter encore , monsieur , je dois vous dire ce que je remarque , ce que je pense , ce que j'observe , puisque je fais métier d'épier les gestes et les discours pour deviner le fond des âmes. Ah! que je reconnais bien en vous, comme en Bertrand et Duhoussaye, les effets de la prévention, cette suite fatale et nécessaire. de toutes nos passions, qui souvent nous met à la merci du fripon que nous croyons honnête homme, et qui, parfois, nous met en défiance contre l'honnête honnne que nous croyons un fripon! Eh bien! moi, monsieur, qui suis impartial, je vous dirai que cet homme ne mérite ni le bien ni le mal qu'on en débite; qu'il n'est ni beau ni laid, ni sot ni spirituel, ni excdlent ni pervers; en un mot, qu'il est de la grande famillr des hommes vulgaires, si universellement répandue sur le globe : et s'il en est ainsi pour un pauvre petit gentilhomme campagnard , étonnez-vous que ceux qui jouent un plus grand rôle

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