‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 6 sur 433 · ACTE I, SCENE II. r · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. r

LÉONARD

Oh! pour celui-là, je le déteste; m'enlever le dîner de la diligence , où il se trouve toujours quatre ou cinq originaux pour le moins, Gascons, Périgourdins ou Parisiens! C'est un intrigant, c'est.... Eh hien ! (ju'estce que je fais? je blâme la passion chez les autres, et me voilà moi-même partial et passionné ! Pauvres humains !

MADAME LÉONARD

Eh! croyez-vous qu'il soit bien beau, bien généreux, de chercher ainsi à tout savoir pour le seul plaisir d'être instruit? Et moi aussi, je suis curieuse, trèscurieuse ; mais je ne cherche à pénétrer le secret des gens , que pour les aider de mes conseils. Si je provoque leurs confidences, c'est pour les consoler dans leurs peines, les flatter dans leurs espérances, les servir même de tout mon pouvoir dans leurs desseins. Je tiens fort à mes intérêts; mais je crois les bien entendre, en m'occupant beaucoup de ceux d'autrui.

LÉONARD

Eh bien! c'est à merveille. Tu te mêles d^ tout, je ne me mêle de rien, ou de peu de chose. Mais, prends garde ; avec cette ardeur de rendre service , on se prépare souvent des chagrins, et on ne termine pas toujours ceux des autres.

MADAME LÉONARD

Toi qui te piques de raisonner si juste, prétends-tu changer mon caractère? Tu n'y parviendras pas plus qu'à changer le tien : tu veux te faire égoïste, et tu seras toujours serviable et bon homme.

LÉONARD

J'en ai peur.

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