ACTE III, SCENE IX
sincèrement à vos peines. Mais vous voyez bien que je serais un sot de faire un pareil sacrifice.
RAYMOND
Comment ?
BOULANVILLE.
Mettez-vous à ma place ; le feriez-vous ?
RAYMOND
Eh! mais, monsieur....
BOTILANVILLE.
Non, vous ne le feriez pas, ou vous auriez tort. Il
ne me reste plus qu'à la connaître. Attendez donc
je devine. Ne serait-ce pas la fille de ce monsieur Do-
ricour? Oui, voilà le motif qui le rend si curieux
Vous avez raison de la trouver charmante ; et vous dites que c'est par suite de dispositions testamentaires?... J'y suis; c'est mon oncle le mauvais sujet qui aura fait un testament. Elle paraît avoir de l'esprit; j'aime beaucoup l'esprit , moi ; de la douceur dans le caractère , de la raison , point de coquetterie ; c'est un trésor qu'une femme comme celle-là.
RAYMOND
Mais ne l'ayant vue qu'aujourd'hui , vous ne pouvez pas l'aimer
BOULANVILLE.
Pardonnez-moi , je l'adore. Oui ; du premier moment que j'ai vu cette aimable fille de monsieur Doricour.... Comment s'appelle-t-elle .f*
RAYMOND
Henriette.
BOULANVILLE.
Du premier moment que j'ai vu la céleste Henriette je me suis senti atteint d'une passion,...
"VjnWortlUir BIBLIOTHECA
n,u M. DE BOULANVILLE.
RAYMOND
Et c'est ainsi que vous savez être généreux !
Oui, monsieur j la délicatesse, la générosité forment la base de mon caractère : vous l'avez vu ; j'étais prêt à vous abandonner madame de Verbois , une femme d'un vrai mérite; mais à présent pourquoi céderais-je? Pourquoi vous-même ne vous montreriez-vous pas généreux? Allons, jeune homme, du courage; surmontez votre amour; il est si beau de se vaincre soi-même! Je vous Y engage d'autant plus, que, par le choix du père et les dispositions de mon oncle, j'ai des droits qu'il est de mon devoir, de mon honneur, de faire valoir. Je ne connais pas encore le testament ; mais il paraît qu'il faut que j'épouse pour avoir le bien. C'est le vœu de mon oncle, c'est le vœu dn père, c'est le mien; ce sera celui de la jeune fille.
RAYMOND
Eh! monsieur, prenez toute sa fortune, prenez la mienne, et laissez-moi sa main.
BOULANVILLE.
Allons donc, vous plaisantez.... Je ne dis pas que si
cela se pouvait; mais il s'agit bien de fortune ici!
Voilà donc pourquoi on s'est avisé de vouloir persuader à monsieur Doricour que nous étions deux;... et quand j'y pense... Un nouveau trait de lumière! Jeune liomme, ne serait-ce pas vous qui auriez essayé de vous faire passer pour un Boulanville?
RAYMOND
Ola vous déplaît-il , monsieur ?
BOirL ANV ri, LT.
Vous l'avouez.