ANGÉLIQUE, JACQUINET, DUFLOS, MERCOUR
MERCOUR.
Tout-à-l'heure... Un moment... Mais n'est-ce pas ta fille qui vient à nous? Comment diable!.. Il est difficile d'être plus jolie !
DUFLOS
C'est ce que tout le monde me dit.
ANGÉLIQUE
Dupré m'a dit que vous me demandiez, mon père.
MERCOUR, a part.
Oh! l'aimable garçon que ce Dupré!
DUFLOS
Dupré ne sait ce qu'il dit : cependant il n'y a pas de mal, et je suis toujours enchanté de t'avoir auprès de moi; mais comment ta tante a-t-elle fait pour te quitter un seul moment?
ANGÉLIQUE
Dupré est venu lui apporter une gazette étrangère , et elle s'est enfermée pour la lire.
i36 LE CONTEUR.
MERCOUR, a part.
Profitons du moment où elle s'occupe des affaires étrangères pour avancer les nôtres.
DUFLOS
Ma chère enfant , c'est monsieur Ducastel , mon ancien camarade; il te trouve charmante. Je n'ai pu lui vanter, de science certaine, que les agréments de ta voix; et tu lui prouveras, j'espère, que je n'ai pas menti... [A Mercour^ Mais il faut auparavant que tu nous racontes tes amours; la présence de ma fille ne te gêne point , n'est-ce pas ?
MERCOUR.
Au contraire , je serai enchanté que mademoiselle soit de la confidence.
DUFLOS
De quoi diable t'avises -tu de devenir amoureux, à cinquante-six ans, avec une jambe de bois!
MERCOUR. '
Tu t'es bien marié, quoique aveugle, toi qui parles!
DUFLOS
C'est bien différent. C'est un trésor pour une femme qu'un mari aveugle; mais toi, quelle est la malheureuse qui peut vouloir de toi ? tu as deux yeux de trop, et une jambe de moins.
MERCOUR.
C'est une jeune brune, toute charmante.
DUFLOS
Allons donc, tu te moques de moi.
MERCOUR.
Je me moque de toi ! tiens , regarde son portrait, (// lui montre im portrait.)
DUFLOS
Eh ! qu'elle soit brune ou blonde , c'est la même chose pour moi; un aveugle peut-il juger des couleurs!