‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 182 sur 391 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

ALBERT, ROBIN, DOUSTIGNAC.

DOUSTIGNAC.

Eh! c'est le cher beau -père qui vient vous chercher.

ui8 LE COUSIN DE TOUT LE MONDE.

\^A M. Albert, en allant au-devant de lui.) Ne me compromettez pas.

N'ayez pas peur.

DousTiGNAC, à Robïn.

Ne me trahissez pas.

ROBIN

Ne craignez rien. {^ A part.) Il paraît que mon mariage n'est pas aussi avantageux que je le pensais. ALBERT, a part.

Les confidences du Gascon ne me permettent pas de rester à table. Que mon gendre soit un libertin, cela m'est égal ; mais il serait fort désagréable , quand je comptais sur lui pour payer mes créanciers , d'être obligé de payer les siens.

DOUSTIGNAC.

Suivez -moi, trop aimables cousins. On s'impatiente là-dedans de ne pas vous voir : c'est un charme pour les observateurs désintéressés comme moi , que d'admirer la loyauté , le bon accord qui régnent entre vous.

ALBERT

Oui sans doute, la loyauté est une belle chose, et il serait à désirer , monsieur Robin , que , tout le monde possédât cette qualité comme je la possède.

ROBIN

Qu'entendez-vous par ces paroles, monsieur Albert?

ALBERT

J'entends , monsieur Robin , que , fort heureusement pour moi , votre mariage avec ma fille n'est pas encore conclu, et que le fond de votre conduite m'est enfin dévoilé.

vSCENE XIV. 219

ROBIjV.

Il vous sied bien de parler de ma conduite, après les belles confidences qu'on m'a faites sur le compte de votre fille !

DO iT ST 1 G N A c , à part.

Chut, ne parlez pas! *

ALBERT

Sur le compte de ma fille! Vous êtes un insolent.

DOUSTiGNAC, à Albert.

Contenez votre langue. {A part, fort joyeusement.) Fort bien! les voilà aux mains.

ALBERT

Qu'il vous suffise de savoir que je suis instruit de votre aventure avec votre petite Cauchoise. DOUSTIGNAC, h Albert.

Je vous avais défendu d'en parler.

ROBIN

Qu'est - ce que c'est que ma petite Cauchoise ?

ALBERT

Eh ! non , nous ne savons pas que , dans un voyage que vous avez fait l'été dernier au pavs de Caux , vous avez enlevé cette jeune malheureuse de chez ses parents, et que vous n'épousez ma fille aujourd'hui que pour paver les meubles que vous lui avez achetés.

ROBIN

Qui diable a pu vous faire de pareils contes?

DOUSTIGNAC.

Ah! çà, la main sur la conscience, dites-moi la vérité sur la petite Cauchoise?

Je ne sais ce que vous voulez dire, avec votre Cauchoise; mais ce que je sais parfaitement, c'est que je

ne serai pas assez sot pour adopter la famille de votre sousin Sinclair en épousant votre vertueuse Henriette, DOUSTiGJYAC, Cl Albert.

Est-ce que la petite Henriette aurait fait un faux pas, véritablement ?

ALBERT

Sinclair est un honnête garçon , qui ne se fait pas un jeu, comme vous, de séduire les honnêtes filles. J'allais donner ma fille à un joli sujet! Un fourbe qui se fait passer pour immensément riche , et qui compte sur la dot de ma fille pour payer ses créanciers! Mais ce n'est pas là ce qui m'engage à rompre le mariage; grâce au ciel , l'intérêt ne m'a jamais servi de guide.

ROBIN

Eh! oui, monsieur le désintéressé, je vous conseille de parler de votre délicatesse , vous qui êtes obligé d'emprunter pour payer la dot de votre fille ! ALBERT, a part.

D'où diable a-t-il pu savoir cela?

ROBIN

Ah, ah! vous rougissez, l'homme de bien; je vous pardonnerais volontiers cette misérable ruse ; car , Dieu merci, quoi que vous en disiez, je n'ai pas besoin de la dot de votre fille pour faire honneur à mes affaires.

DOUSTIGNAC.

Eh! doucement, doucement, messieurs! je souffre plus que le martyre, quand je vois de braves gens comme vous l'êtes se disputer pour des bagatelles. Voici toute la noce qui accourt à vos cris.

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