‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 189 sur 391 · COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN VERS · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN TROIS ACTES ET EN VERS

Représentée pour la première fois le 20 octobre 1795.

J Ai-ME mes Conjectures j et cependant je suis forcé d'y reconnaître de bien grands défauts.

L'action est faible et presque nulle. Il s'agit simplement de savoir quel est ce jeune voyageur reçu par Michel avec tant de confiance, ou, si l'on veut, tant d'imprudence. Mais j ai eu pour but de peindre une manie , un ridicule, et 1 action devait être subordonnée à la peinture de cette manie. Le caractère de mon homme aux conjectures me paraît développé et soutenu dans toute la pièce d'une manière comique. Les personnages qui lentourent sont romanesques dans leurs sentiments ; leur langage n'est pas toujours celui de leur condition ; ils rappellent trop souvent ces héros de bienfaisance et de sensibilité, bourgeois ou paysans, qu'on ne rencontre guère que dans les drames; mais ils rappellent aiissi de temps en temps ces bonnes gens qu'on est assez heureux pour rencontrer quelquefois dans le monde. Ces personnages d'ailleurs me paraissent bien choisis pour faire ressortir la manie des conjectures. Un vieux soldat confiant; sa sœur et sa fille vives, curieuses, et devenues plus curieuses et plus vives par l'habitude de lire des romans; un jeune voyageur ne voulant pas dire le motif de son voyage; une jeune fille mystérieuse : voilà de quoi exercer l'imagination d'un homme occupé sans cesse à former des conjectures.

Au moment où je donnai la pièce, tous les auteurs semblaient s'être entendus pour mettie en scène des filles-mères. Le grand-opéra, Topera -comique, la tragédie , offraient presque à l'envi des amantes séduites et abandonnées. L'exemple m'entraîna, et j'introduisis une victime de l'amour dans ma comédie. Il en résulte que l'ouvrage dégénère en drame dans quelques scènes : mais au moins j'eus le bon esprit de ne pas faire paraître le séducteur; et ma petite paysanne, bien simple, bien

malheureuse, allant à Paris chercher un nourrisson , mérite peut-être un peu d'indulgence.

La pièce fut d'abord jouée en cinq actes; mais l'action n'était pas assez forte pour cinq actes. Je retranchai deux rôles épisodiques. C'étaient un mari et une femme amis et voisins de IVIichel. La femme trouvait bien tout ce que son mari trouvait mal. Le mari trouvait mal tout ce que sa femme trouvait bien. La femme ne voulait pas croire aux conjectures fâcheuses qu'on formait sur le jeune voyageur, et elle croyait à celles qu'on formait sur la jeune fille. Le mari partageait les soupçons du barbier sur Prosper, et défendait la vertu de la jeune voyageuse. Je regrette, sinon l'exécution, au moins l'idée de ces deux rôles. C'était, je crois, présenter un des aspects comiques du sujet que de montrer avec quelle faveur ou quelle animosité des esprits prévenus en bien ou en mal accueillent de simples conjectures.

En relisant cette préface, je m'aperçois que je m'accuse assez franchement, mais que je me hâte bien vite de m'excuser. Je le répète, j'aime mes Conjectures. Le barbier Rigolot me paraît une heureuse conception. Puisse le lecteur partager un peu l'affection que je lui porte !

PERSONNAGES

MICHEL, vieux soldat, caltivateur.

RIGOLOT, voisin de Michel.

PROSPER, jeune voyageur.

JACQUES, voiturier.

MARGUERITE, sœur de Michel.

ROSE, fille de Michel.

PAULINE, jeune villageoise,

La scène est dans un village, chez Michel.

LES

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