SCÈNE PREMIÈRE
RIGOLOT, MICHEL, MARGUERITE, ROSE
MICHEL
Oh ! je l'ai toujours dit , Nicolas Rigolot A du tact.
RIGOLOT
J'en conviens, je ne suis pas un sot.
Mais des pièges nombreux qu'on a voulu me tendre, Faut-il, mon cher Michel, en deux mots vous apprendre Ce qui dans tous les temps a su me préserver ? Un secret que j'ai seul : l'art de bien observer. J'en ai fait , dès l'enfance , une profonde étude ; Ajoutez -y, mon cher, cinquante ans d'habitude. Et l'état de barbier que j'ai pris tout exprès , Qui m'a fait voir par -tout les hommes de si près; Grâce auquel il n'est pas un hameau dans la France Où je n'aie un visage au moins de connaissance :
Aussi, je suis bien loin d'en tirer vanité; Mais au plus haut degré mon talent est porté. Songez donc qu'on ne peut pour moi farder sa mine , Et que , tout en rasant quelqu'un , je l'examine. Je le regarde en face et le connais bientôt.
ROSE
Ah! nous vous avons vu quelquefois en défaut.
MICHEL
Vous êtes dangereux pour tous tant que nous sommes,
Fort bien : en les rasant vous connaissez les hommes. Mais les femmes , voisin ?
RIGOLOT
J'ai bien d'autres secrets.
Et par exemple, vous, tenez, je vous connais Mieux que vous-même.
MARGUERITE
Bon ! eh bien , mon caractère ?
Selon vous, quel est -il?
RIGOLOT
Faut -il être sincère?
Votre plus grand défaut , c'est de n'en point avoir , De penser le matin autrement que le soir. « Ma femme (me disait votre époux, ce bon Charle) «Est toujours de l'avis du dernier qui lui parle; « Pleine d'esprit d'ailleurs , de vertu , de bonté. »
MARGUERITE
C'est assez mon portrait au fond. De mon coté, A votre bon esprit, voisin, je rends hommage; Vous fûtes de tout temps l'oracle du village. Mais à notre discours, enfin, pour revenir, Avant de s'épouser il faut se convenir.