‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 190 sur 391 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RIGOLOT, MICHEL, MARGUERITE, ROSE

MICHEL

Oh ! je l'ai toujours dit , Nicolas Rigolot A du tact.

RIGOLOT

J'en conviens, je ne suis pas un sot.

Mais des pièges nombreux qu'on a voulu me tendre, Faut-il, mon cher Michel, en deux mots vous apprendre Ce qui dans tous les temps a su me préserver ? Un secret que j'ai seul : l'art de bien observer. J'en ai fait , dès l'enfance , une profonde étude ; Ajoutez -y, mon cher, cinquante ans d'habitude. Et l'état de barbier que j'ai pris tout exprès , Qui m'a fait voir par -tout les hommes de si près; Grâce auquel il n'est pas un hameau dans la France Où je n'aie un visage au moins de connaissance :

Aussi, je suis bien loin d'en tirer vanité; Mais au plus haut degré mon talent est porté. Songez donc qu'on ne peut pour moi farder sa mine , Et que , tout en rasant quelqu'un , je l'examine. Je le regarde en face et le connais bientôt.

ROSE

Ah! nous vous avons vu quelquefois en défaut.

MICHEL

Vous êtes dangereux pour tous tant que nous sommes,

Fort bien : en les rasant vous connaissez les hommes. Mais les femmes , voisin ?

RIGOLOT

J'ai bien d'autres secrets.

Et par exemple, vous, tenez, je vous connais Mieux que vous-même.

MARGUERITE

Bon ! eh bien , mon caractère ?

Selon vous, quel est -il?

RIGOLOT

Faut -il être sincère?

Votre plus grand défaut , c'est de n'en point avoir , De penser le matin autrement que le soir. « Ma femme (me disait votre époux, ce bon Charle) «Est toujours de l'avis du dernier qui lui parle; « Pleine d'esprit d'ailleurs , de vertu , de bonté. »

MARGUERITE

C'est assez mon portrait au fond. De mon coté, A votre bon esprit, voisin, je rends hommage; Vous fûtes de tout temps l'oracle du village. Mais à notre discours, enfin, pour revenir, Avant de s'épouser il faut se convenir.

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