ACTE I, SCENE II
MICHEL
Chacun ne sait ici s'enivrer que chez soi.
Vous avez dans les bois un quart de Heue à faire
Sans trouver sur la route une seule chaumière.
PROSPER
Un quart de lieue!
MICHEL
Au moins.
PROSPER
Ah diantre ! c'est fâcheux ; La nuit devient obscure , il fait un temps affreux : Permettez que chez vous jusqu'à demain je reste. La proposition vous paraît un peu leste; Toujours d'aider autrui je me fis une loi ; Me trompé-je en jugeant ici de vous par moi?
MICHEL
Me juger autrement serait me faire outrage. Jeune homme, touchez là. Votre air, votre langage, Tout en votre faveur a su me prévenir. Ce que vous demandez, moi, j'allais vous l'offrir. PROSPER, mettant son paquet sur la table. Vraiment! Eh bien, voyez, j'admire, quand j'y pense. Comme les braves gens font bientôt connaissance. Comme, sans se parler, ils s'entendent entr'eux. Voilà ce qui s'appelle un accident heureux.
MARGUERITE , Cl Rose.
Ce jeune homme me plaît.
Sa franchise est aimable.
MARGUERITE
Tu veux dans ton époux un dehors agréable ; Que dis-tu du maintien de ce jeune étranger ?
24o LES CONJECTURES.
ROSE
Il est fort bien : c'est vous qui m'y faites songei'i
PROSPER
Je ne suis point surpris de votre caractère , Brave homme , je le vois , vous avez fait la guerre: Tous les soldats sont francs.
MJCHEL.
Vous avez bien raison.
(^ Rigolot.) Il a l'air doux, honnête.
RIGOLOT
Il agit sans façon.
Mais laissez -moi, voisin, achever ma lecture j Et puis analysant d'un coup-d'œil sa figure,
Je vous dirai bientôt
(// continue sa lecture. ) PROSPER, a Michel.
Voilà probablement Votre épouse?
Ma sœur , que j'aime tendrement.
MARGUERITE
Et qui vous le rend bien.
PROSPER, montrant Rose.
Et voilà votre fille?
MICHEL
Oui.
PROSPER, Montrant Rigolot.
Monsieur n'est -il pas aussi de la famille? RIGOLOT, interrompant sa lecture.
Qui? moi, monsieur?
PROSPER
Vous-même.