ACTE I, SCENE IL
RiGOLOT, a part.
Il est bien familier.
( Haut. ) ( Reprenant sa lecture. )
Je ne suis qu'un voisin. « Paris. Un prisonnier
( Il s'interrompt et regarde Prosper. ) Sest enfui » Diantre!
PROSPER
Ah çà ! je me mets à mon aise.
Mais pour peu cependant que cela vous déplaise
RIGOLOT, à Michel.
Voulez -vous le garder? (ce que je blâme fort.) Voisin, demandez -lui du moins son passe -port.
PROSPER, cherchant dans sa poche.
Je n'en ai pas.
RIGOLOT
Oh! oh! voici qui paraît louche.
]PROSPER
Je l'ai perdu.
ROSE, avec intérêt.
Vraiment ?
MARGUERITE
Son accident me touche.
PROSPER
Je me suis arrêté sur la route un moment, Et je l'aurai laissé tomber probablement.
RIGOLOT , a part.
Tout cela ne vaut rien, si je puis m'y connaître.
PROSPER
Ce défaut de papier va me nuire peut-être. Mais non, vous m'avez l'air de fort honnêtes gens. Et les honnêtes gens sont toujours confiants. Vous voyez : j'ai de vous une idée assez bonne; Est-ce l'opinion que de moi je vous donne? Tome I. 1 6
Youdriez - vous savoir d'où je viens, qui je suis? Je me nomme Prosper , j'arrive de Paris , Et je vais de ce pas à Limeuil , ma patrie, A pied, autant par goût que par économie.
Fort bien : vous allez voir votre père?
PROSPER
Hélas ! non .
RIGOLOT
Il est mort. Il s'agit de sa succession?
Par moi, cette matière à fond est possédée.
PROSPER
Non. En fort peu de temps elle fut liquidée.
MARGUERITE
Vous allez donc former un établissement, Un commerce?
PROSPER
Du tout, je ne suis pas marchand.
MARGUERITE
Non! pour votre plaisir vous faites donc la route?
PROSPER
Je reverrai ces lieux avec plaisir sans doute ; Mais jV suis appelé par la nécessité.
RIGOLOT
Comment donc?
PROSPER
Vous poussez la curiosité Un peu trop loin, je crois; vous avez vos affaires, J'ai les miennes aussi , qui vous sont étrangères. S'il faut vous révéler, pour rester en ces lieux, Mes secrets les plus chers, recevez mes adieux; Cet asyle à ce prix n'a rien qui me convienne..,.