ACTE I, SCENE XVII
Et, quand il vous plaira, nous nous mettrons à table. Vous voyez, je vous parle en ami véritable.
RIGOLOT
Ainsi vous dites donc que vous n'êtes plus las?
PROSPER
Ah , mon Dieu ! plus du tout.
RIGOLOT
C'est charmant : en ce cas
Ne pouriez-vous ce soir
(// lui fait signe de soj-tir en lui montixint lapor^te.)
Vous voulez que je sorte ?
RIGOLOT
C'est ça.
PROSPER
Si vous m'aviez tantôt fermé la porte, Passe : je m'en serais à l'instant consolé ; Mais vous me retenez, je suis presque accablé D'attentions , d'égards , de soins , de prévenance ; Déjà mon ame s'ouvre à la douce espérance De compter ici-bas quelques amis de plus , Et puis , vous me chassez !
RIGOLOT
Nous sommes bien confus ; Mais l'on peut nous chercher chicane par la suite.
PROSPER
Pourquoi ?
RIGOLOT
N'êtes-vous pas un prisonnier en fliite?
PROSPER
Plaît-il ? un prisonnier ?
RIGOLOT
Voyez-vous, il rougit.
26o LES CONJECTURES.
PROSPER
Ah çà ! vous plaisantez , ou vous perdez l'esprit. D'où peut donc vous venir cette bizarre idée?
RIGOLOT
Sur des faits bien constants sachez qu'elle est fondée.
PROSPER
Ils ne sont pas, je crois, faciles à prouver.
RIGOLOT
Oh ! parmi vos effets , ce qu'on vient de trouver. . . .
PROSPER
Quoi ! mon paquet ouvert! De qifel droit, je vous prie?
MICHEL
De quel droit en effet ? C'est une perfidie.
ROSE
[h Marguerite ^ a part.) Ma tante , il a raison.
RIGOLOT
De quel droit ? C'est du fait Qu'il s'agit , non du droit.
PROSPER
N'avez-vous en effet Que pour en abuser , surpris ma confiance ? Oui, sans doute, indigné d'une pareille offense. Je devrais vous quitter.... mais , je sens que mon cœur Vous excuse, et conserve encor l'espoir flatteur De former avec vous une amitié durable.
( A Michel^ en regardant Rose. ) Vous m'avez l'air vraiment d'être un homme estimable. Non , vous ne portez point un cœur dur , méfiant , Et je veux vous laisser des regrets en partant. Quelle preuve avez-vous du fait dont on m'accuse ? J'aurai bientôt détruit l'erreur qui vous abuse , Et vous me chasserez après si vous voulez.