CLERMONT, DERVILLE
DERVILLE
Parbleu ! de ta visite Je te sais bien bon gré. Tu me vois transporté.
CLERMONT
Et moi donc, mon ami , je suis bien enchanté
Comme te voilà grand! quelle métamorphose!
DERVILLE
Je puis de toi, Clermont, dire la même chose. Dans le premier moment , moi , j'avais peine aussi A remettre tes traits. Toujours fort étourdi "*
CLERMOIVT.
Oh! je n'ai pas changé.
DERVILLE
Ni moi non plus.
CLERMO]>fT.
Ton père T'a laissé , m'a-t-on dit , riche propriétaire ? As-tu continué son commerce ?
DERVILLE
Non.
CLERMONT
Non!
Quel est donc ton état , en ce cas ?
DERVILLE
Aucun.
CLERMONT
Bon!
DERVILLE
Mon ami , j'ai du bien assez pour ne rien faire.
CLERMOÎVT.
Ah! je voudrais te voir penser d'autre manière;
Je ne te dirai pas ce qu'on a répété
Fort souvent , que le riche à la société ,
Comme le pauvre , doit son temps , son industrie ;
Que de plus , il n'est pas quitte envers la patrie ,
S'il ne fait de son bien un sage et bon emploi.
De ton seul intérêt je te parlerai , moi.
Tu jouis maintenant d'une grande fortune ,
C'est fort bien ; mais , dis-moi , mon cher , en est-il une
A l'abri d'un revers ? Je te prêche ; pardon !
Je ne suis pas venu pour te faire un sermon.
DERVILLE
Nous avons en effet à parler d'autre chose.
CLERMONT
Avec toi cependant il faudra que je cause
DERVILLE
Soit ; mais parlons de toi. Ton sort est-il heureux?
CLERMONT
Le plus heureux du monde.
DERVILLE
En vérité? tant mieux.