‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 267 sur 391 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

Ton état , quel est-il?

Poète dramatique.

DERVILLE

Ah ! ah ! plaisantes-tu ?

CLERMONT

Non. Dès ma rhétorique Je me sentais déjà des dispositions :

Tu t'en souviens ; le temps et les réflexions, Mais le travail sur-tout les ont beaucoup mûries. Ce n'est pas à vingt ans qu'on fait des comédies .

Je le sais : mais j'ai là certain pressentiment

Et je peux par la suite avoir un grand talent.

IJERVILLE.

Chez ton père toujours tu fais ta résidence?

CLERMONT

Il n'est plus, mon ami. Sa mort et ton absence. Voilà, depuis six ans, mes uniques chagrins.

DERVILLE

Ah! j'ai perdu le mien ; mon ami, je te plains; Car je sais ce que c'est qu'une perte semblable. T'a-t-il laissé du moins un bien considérable ?

CLERMONT

La fortune d'un peintre.

DERVILLE

Oui-dà.

CLERMONT

C'est à savoir.

Des dettes à payer , et ma sœur à pourvoir. Cette succession , comparée à la tienne , Ne brille pas beaucoup , mais qu'à cela ne tienne. Ma sœur sait déjà peindre assez passablement : Nous avons pris tous deux notre parti gaîment.

Les arts nous fourniront l'absolu nécessaire ,

Et c'est assez pour nous. De la dot de ma mère

Nous avons, en huit jours, rassemblé les débris.

Et nous voilà tous deux en route pour Paris.

Des talents et du goût Paris est la patrie.

J'y suis depuis trois mois. J'observe , j'étudie ,

Je t'ai cherché par-tout. Ce n'est qu'hier au soir

Que j'ai bien su l'endroit où je pourrais te voir ;

Franchement, il était temps que je te trouvasse.

Comme l'on n'apprend pas à compter au Parnasse ,

Moi , j'ai tant dépensé que je n'ai plus d'argent,

Et mon propriétaire est venu poliment ,

Ce matin , m'annoncer qu'à huit heures précises ,

Ce soir , il me fallait , sans délai , sans remises ,

Acquitter je ne sais quel loyer, et de plus.

Deux cents francs à-peu-près qui par moi lui sont dus;

Sans quoi , chez moi demain les huissiers , la saisie.

De tout mon mobilier fort peu je me soucie :

Il est joli pourtant; mais tous mes manuscrits!

Mes livres! A mes yeux, ces objets sont d'un prix!

Les saisir! Ah! cent fois plutôt qu'on m'assassine!

Je tremblais en voyant de si près ma ruine ;

Mais je ne crains plus rien , puisque je t'ai trouvé,

Des griffes des huissiers mon trésor est sauvé.

DERVILLE

Comment !

CLERMONT

C'est mille francs qu'il faut que tu me prêtes.

DERVILLE

A.h,ah'

CLERMONT

Afin qu'après avoir payé mes dettes l'aie encor de l'argent pour vivre quelque temps.

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