ACTE I, SCENE VIII
DERViLLE, de très-mauvaise grâce.
J'entends. Je le suis , moi. J'ai ce qu'il faut ici. Et je vais te prêter.
CLERMONT
Non, ce n'est pas la peine.
DERVILLE
Pourquoi ?
CLER3IONT.
C'esLque je vois que la chose te gêne.
DERVILLE
Non. As-tu ton billet ? ta parole suffit : Cependant on ne sait ni qui meurt, ni qui vit.
CLERMONT , étouffautuii moiwemeiitd' impatience. Ma foi , non : je n'ai pas eu cette prévoyance. Je le ferai. Sois sûr de ma reconnaissance.
DERVILLE
( Haut. ) C'est ce qu'on dit toujours. Voilà tout ton argent.
( // lui donne un billet de banque. ^ Mais au moins pourras-tu me rendre promplement ?
CLERMONT
Très-promptement. On va jouer ma comédie.
DERVILLE
J'ai lieu de souhaiter qu'elle soit applaudie. Cet effet sur la place aurait peu de crédit. Je ne vous conçois pas , vous autres gens d'espril ; S'amuser à rimer , au sein de la misère !
CLERMONT
Mais il vaut mieux rimer encor que ne rien faire.
DERVILLE
Sur-tout, cela vous rend un énorme profit!
CLERMONT
Qui nous suffit au moins.
34o LES AMIS DE COLLÈGE.
DERVILLE
Oui , quand on réussit.
Mais réussiras-tu? J'en cloute.
CLE RM ONT.
Je l'espère.
DERVILLE
Il avait devant lui l'exemple de son père ; Monsieur fait comme lui , bien loin d'en profiter.
CLERMONT
Derville! je suis las bientôt de t'écouter.
DERVILLE
Pourquoi donc ? A l'instant tu blâmais ma conduite , Moi , je blâme la tienne à présent , je suis quitte , Et voilà tout pourtant.
CLERMOjVT.
Entre deux vrais amis , Auquel sied-il le mieux de donner des avis ? A celui qui se trouve avoir besoin de l'autre ; Ils sont bien dans ma bouche , ils sont mal dans la vôtre.
DERVILLE
C'est qu'il est incroyable aussi qu'après six ans , Exprès pour emprunter on tombe chez les gens.
Je crois avoir le droit
CLERMONT , remettant le billet sur la table.
Cet argent ne vous donne Aucun droit. Le voilà.
DERVILLE
Comment! il déraisonne.
Prends cet argent , 'et mets ton orgueil de côté.
CLERMONT
Cet argent! je rougis de l'avoir accepté.