CTE I, SCENE IL
CHARLES
Vraiment?
LAROCHE
Sûr. D'un ami je tiens certain renseignement
Mais encor ?
LAROCHE
Dorival est né dans mon village ; Nous sommes tous les deux à-peu-près du môme âge. S'il sait écrire, c'est presque moi qu'il le doit : Mon oncle était alors magister de l'endroit. C'est par mes soins qu'il a commencé sa carrière. Je l'ai fait recevoir expéditionnaire Dans mon premier bureau : pour me récompenser , Voilà qu'il me renvoie, et cela pour placer Je ne sais quel parent de Michel, domestique Du ministre nouveau.
CHARLES
Voyez la politique !
FIRMIN
Mais ne pourrait-on pas réparer ce malheur?
LAROCHE
Oui, j'ai compté sur vous; je connais votre cœur:
Et je viens tout exprès. Parlons avec franchise :
Ce n'est pas à ma place , entre nous , que je vise ;
Je vise à me venger. Ce Dorival si fin ,
Pour ses supérieurs, si doux, si patelin,
A cru qu'il pouvait faire impunément offense
A son ami Laroche , homme sans importance ;
Mais je vous prouverai bientôt, cher Dorival,
Qu'un plus petit que nous peut nous faire un grand mal,
Dussé-je pour toujours renoncer à ma place.
En le perdant il faut que je me satisfasse.
Autant pour mes amis je suis alerte, actif; Quand on m'offense , autant je suis vindicatif.
riRMIN.
Permettez; la vengeance à rien du tout n'est bonne; Puis, à ses ennemis il faut que l'on pardonne.
LAROCHE
Pour les ingrats , monsieur , point de compassion ! Le démasquer, c'est faire une bonne action. Sa place , et vous savez cela mieux que tout autre » Pour plus d'une raison, devrait être la vôtre. Ainsi donc, travaillez; à force de talents Méritez des emplois, vous perdez votre temps. D'en être digne ou non , bien fou qui s'embarrasse ; Sachez flatter, ramper, vous aurez une place; C'est le plus sûr moyen : Dorival l'a choisi; Et ne voyez-vous pas comme il a réussi?
FIRMIN
Mais vous vous abusez sur son compte peut-être ?
LAROCHE
M'abuser! allons donc; je suis loin de connaître Les autres hommes, moi; quant à lui, je le tien; Je lis mieux dans son cœur encor que dans le mien : Dès l'enfance, annonçant tout ce qu'il devait être, Le flatteur s'en allait rodant autour du maître , Déjà s'appropriant le bien fait par autrui ; Dès-lors , d'ambition brûlant comme aujourd'hui , Par les plus vils détours comme il cherchait à plaire l Tartufe et patelin , c'était son caractère. Voilà comme il s'est fait le plus brillant état. Aussi sur les moyens fut-il peu délicat : N'allez pas croire au moins que je le calomnie; De notre ancien ministre on sait assez la vie : Il est dans le malheur, n'en disons pas de mal;