ACTE I, SCENE IL 4ii
jVIais comment près de lui se poussa Dorival ? C'est en faisant métier des plus honteux services; Du ministre il servait les passions, les vices ; Et ce ministre à peine était disgracié, Que déjà par l'ingrat il était oublié.
CHARLES
Mais comment, prèsd'Ariste, homme honnête et sévère...
LAROCHE
Il sait , suivant les gens , changer de caractère. Pourvu qu'elle s'accorde avec son intérêt. Qu'une bonne action se présente , il la fait Avec la même ardeur qu'il se rendrait coupable De quelque trait honteux à son but favorable.
CHARLES
Mais , avec son esprit , Ariste aura bientôt , J'espère, apprécié Dorival ce qu'il vaut.
LAROCHE
C'est ce qu'il craint. Mais quoi ! de bassesses prodigue.
S'il est faible en talent, il est fort en intrigue.
D'abord , en affectant force occupations ,
Il a l'art d'esquiver les conversations.
Il médite d'ailleurs des projets d'importance ,
Projets dont, malgré lui, j'ai pleine connaissance.
FIRMIIV.
Et quels sont ses projets?
LAROCHE
Ariste, en ce moment, Jouit d'un grand crédit près du gouvernement; Pour certaine ambassade il cherche un galant homme ; A lui l'on s'en rapporte; enfin, c'est lui qui nomme. D'une autre part , sa fille unique a dix-sept ans ; Sa fortune est immense , et ses traits sont charmants. Si Dorival , chargé d'un poste d'importance ,
4i2 MÉDIOCRE ET RAMPANT.
Parvient à s'éloigner cVAriste et de la France >
Avec un secrétaire intelligent, discret,
Sa médiocrité long-temps reste un secret;
Et supposé qu'enfin il se laisse surprendre,
Qu'importe si d'Ariste il est devenu gendre?
Par tromper le ministre il a donc commencé.
Dans la diplomatie il se dit exercé.
La mère du ministre est savante , et se pique
De goût pour les beaux-arts, surtout pour la musique,
Dorival, en faisant sa partie, a parlé
Charades , madrigaux ; enfin il s'est mêlé ,
Tant mon homme est doué d'une impudence rare.
D'essayer quelques airs, les soirs, sur sa guitare.
Pour la jeune personne, elle a lu des romans;
Près d'elle il a joué l'amour, les sentiments;
Le voilà donc chéri de toute la famille,
Adoré de la mère, estimé de la fille.
Déjà de l'ambassade il est presque certain ,
Et de Laure bientôt il demande la main.
CHARLES
Qu'entends-je ! Dorival oser prétendre à Laure!
LAROCHE
Sans doute il y prétend.
CHARLES
Quoi! celle que j'adore..,.
LAROCHE
Plaît-il ? vous l'adorez !
FIRMIIV.
Il a perdu le sens; jS^e l'écoutez donc pas.
LAROCHE
Dieux! qu'est-ce que j'apprends?
permettez; cet amour qui vous semble un délire.