ACTE II, SCEiN^E lY
Mais Dorival a fait de brillantes affaires : J'en suis où j'en étais lorsque j'ai commencé. Dans ma petite place ainsi qu'il m'ait laissé, Que du pauvre Laroche, au milieu de sa gloire, Long-temps il ait perdu tout-à-fait la mémoire , C'est fort bien; mais qu'après un aussi long oubli Il semble ne songer à moi , son vieil ami , Que pour me renvoyer, sans que je le mérite, Car je suis supprimé, voilà ce qui m'irrite. Il n'a pas un seul mot à dire contre nous, Tandis que moi je dis que , s'il fait avec vous L'honnête homme aujourd'hui , jadis, tout au contraire. Il faisait le fripon, quand il le fallait faire. Dans le bien fait par vous s'il vous sert, je répond Que de l'ancien ministre il était le second Dans le mal fait par lui. Comme un valet, le traître Prend ainsi la livrée et le ton de son maître. A la plus belle place enfin il est monté , Et je ne l'en crois pas capable , en vérité. Seul il fixe les yeux, et fait que l'on oublie Des hommes de talent, des hommes de génie, Tels que ce bon Firmin....
ARISTE
Firmin !.. Qu'est-ce que c'est?
Firmin dans nos bureaux?
LAROCHE
Un excellent sujet.
ARISTE
Un des premiers commis?
LAROCHE
Un père de famille.
Dont le fils à Strasbourg a connu votre fille. Tomel. 28
ARISTE
Ah! oui, Charles Firmin.
LAROCHE
Un jeune homme d'esprit.
ARISTE, a Laroche.
Poursuivez.
LAROCHE
Mais c'est tout : j'en ai bien assez dit. ARISTE, a Dorwal.
Répondez.
DORIVAL
D'être ingrat on me fait le reproche, A moi ! je me croyais mieux connu de Laroche. Dans son état obscur si Laroche est resté , J'ai manqué de crédit , et non de volonté. Ma conduite aujourd'hui lui semble criminelle ; Celui qui m'a connu pendant vingt ans fidèle Devait-il , se hâtant de me trouver des torts , A me déshonorer employer ses efforts.
Avec l'acharnement et le fiel de la haine ! Laroche m'est bien cher, et pour preuve certaine...
LAROCHE
Et quelle preuve donc? Me prend-il pour un sot?
ARISTE
Tandis que vous parliez il n'a pas dit un mot.
LAROCHE
J'ai tort.
DORIVAL
Oui , de Laroche on a donné la place , Et jamais on n'a moins mérité sa disgrâce ; Mais je croyais^ non pas qu'il viendrait m'accuser De crimes que l'envie a pu me supposer. Mais qu'il viendrait , sans faire une telle incartade ,