‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 337 sur 391 · ACTE II, SCENE lY · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE lY

S'expliquer avec moi, son ancien camarade; Et moi je me faisais d'avance un vrai plaisir D'aller alors plus loin encor que son désir. "^

Quand il se verra sûr d'une place honorable , INIe disais-je, pour lui quel moment agréable ! Cette place de chef enfin dont je parlais. C'est à mon vieil ami que je la destinais.

LAROCHE

Une place de chef? Oh! je vous remercie. C'est par mon écriture, et non par mon génie Que je vaux quelque chose; et je crains d'imiter Ceux qui prennent un poids sans pouvoir le porter , Pour en charger un autre, et s'en donner la gloire.

DORIVAL

La place te convient, ami; daigne m'en croire.

( A Ariste. ) Il est grand travailleur, exact, plein de bon sens; Il doit donc l'emporter sur tous ses concurrents. Je laisse dans l'oubli des hommes de mérite. Vient d'ajouter Laroclie, et c'est Firmin qu'il cite! Quoiqu'il ait du talent , le choix n'est pas heureux. D'abord sa place est bonne; il mérite bien mieux. Mais sachez que Firmin est précisément 1 homme Que pour mon successeur je supplierai qu'on nomme, Si, pour certain projet qu'on m'a fait pressentir, De ma place moi-même il me fallait sortir. Cette place, dit-on, je n'en suis pas capable. Mon talent, je le sais, est peu recommandable. Mais comment n'a-t-on pas fait la réflexion Qu'on tournait contre vous cette accusation? De ma place, en effet, si je suis incapable. Vous qui me la laissez, vous êtes donc coupable; Vous qui, de mes travaux, de mon faible talent,

Avez toujours paru jusqu'ici fort content ! De notre ancien ministre on me dit le complice. Devant lui, hautement faisant la guerre au vice, J'ai dit la vérité , quand mes accusateurs Étaient peut-être tous au rang de ses flatteurs. Vingt fois, prêt à quitter ce ministre inhabile, Je restais, retenu par l'espoir d'être utile. Heureux quand je pouvais trouver quelque moyen D'empêcher quelque mal, de faire quelque bien! Après l'avoir bravé quand il était en place. Je l'ai plaint aussitôt que j'appris sa disgrâce : Est-ce un crime ? Je suis fier de l'avoir commis. Il m'est dur de te voir parmi mes ennemis , Cher Laroche; et pour moi c'est une peine extrême Que d'avoir à parler contre un homme que j'aime. Mais veux-tu l'effacer? rends-moi ton amitié; De ce que j'ai souffert je serai trop payé.

LA.ROCHE

Le traître!.... il m'attendrit.

ARiSTE, à Laroche.

Qu'avez-vous à répondre?

LAROCHE

Moi?.... rien : ce diable d'homme a l'artde me confondre.

ARISTE

Ecoutez; sans relâche attaquer un méchant, C'est le signe assuré d'un vertueux penchant. Mais aussi s'obstiner dans une injuste haine. D'un mauvais caractère est la marque certaine.

DORIVAL

Non, il ne me hait pas. Son cœur est excellent, Mais il est vif; pour vivre il n'a que son talent. Il est bien excusable; il se croyait sans place: Moi, j'ai des torts aussi. Souffre que je t'embrasse;

Page 1