ACTE II, SCENE V
ARISTE
Il est brusque , étourdi ; mais je le crois honnête.
DORIVAL
Très-honnête , et tout part d'une mauvaise tête : Peut-être contre moi quelqu'un l'aura fâché.
ARISTE
Vous croyez ?
DORIVAL
Eh! vraiment... quelque ennemi caché...
Car ce pauvre Laroche , il n'est qu'une machine !
ARISTE
Mais comment
DORIVAL
Tant de gens désirent ma ruine !
ARISTE
Mais qui soupçonnez- vous d'un semblable dessein?
DORIVAL
Ah! ne le cherchons pas. Peut-être que Firmin... Mais non! Firmin, ô ciel!... il en est incapable.
ARISTE
Je pense comme vous. On le dit estimable, Très-modeste sur-tout,
DORIVAL
Il est modeste aussi.
ARISTE
Vous le connaissez , vous ?
DORIVAL
Je le crois mon ami.
ARISTE
Quel homme est-ce, entre nous?
DORIVAL
Firmin est , à bien dire, Un de ces employés, ainsi que j'en désire.
44o MÉDIOCRE ET RAMPANT.
Suppléant à l'esprit par l'application ,
Non qu'il soit sans mérite et sans instruction ;
Mais quoi, s'il sait beaucoup, il le fait peu paraître.
ARISTE
Eh! mais, vous me rendez jaloux de le connaître.
D OR IV AL
De vous voir je l'avais déjà sollicité; Peut-être il se sent fait pour son obscurité. Je me charge pourtant...
ARISTE
Non pas. Je vous rends grâce ; Près de l'homme à talent, Dorival, l'homme en place, Peut faire sans rougir la moitié du chemin ; Je veux aller moi-même au-devant de Firmin. Reprenons l'entretien troublé par ce Laroche.
DORIVAL, embarrassé.
C'est qu'il est déjà tard.
ARISTE
Cependant...
DORIVAL
L'heure approche.
Où vous devez donner audience...
ARISTE, tiran t sa montre.
Oui, vraiment.
DORIVAL
Remettons à demain.
ARISTE
Soit... Encore un moment.
DORIVAL
Quoi donc?
ARISTE
Je puis au moins vous charger d'un ouvrage Qui demande à la fois du talent, du courage.