ACTE II, SCENE IV
Qu'il ne soit entre nous plus question de rien.
LAROCHE
Moi, l'embrasser! jamais. Dire par quel moyen Il me trompe et vous trompe aussi vous-même , Ariste , Je ne le puis encor. N'importe, je persiste; Point de paix entre nous qu'il ne soit confondu.
Moi , de sa probité je reste convaincu , A moins que par des faits. . .
LAROCHE
Des faits ! mais j'en ai mille,
ARISTE
Citez-les ; prouvez-les.
LAROCHE
Voilà le difficile; Car ils sont si rusés, les flatteurs comjne lui! Jadis il était pauvre; il est riche aujourd'hui. Eh bien! si je vous dis que sa fortune entière Lui vient d'avoir porté sa faveur à lenchère, Je ne saurai comment prouver le fait cité; J'aurai dit cependant la pure vérité,
DO RI VAL
L'accusation part de trop bas pour m'atteindre: D'un sévère examen d'ailleurs qu'aurais-je à craindre? Ma fortune est le fruit de quinze ans de travaux: Oui j'ai su la gagner au prix de mon repos. Je ne m'en cache pas, elle doit m'être chère; Elle seule nourrit ma famille et ma mère.
LAROCHE
Il ment. Je ne sais pas comment vous le prouver ; Mais il ment.
ARISTE
Calmez-vous.
D'honneur , je crois rêver.
Toi me traiter si mal! Quel est donc ce délire? Dois-j(? de ta colère ou me fâcher ou rire? Mais comment s'égayer aux dépens d'un ami Qui se croit outragé ? Me méconnaître ainsi ! Reviens à toi ; sur-tout ne laisse pas , de grâce , Echapper par humeur une excellente place.
ARISTE
A parler franchement, votre obstination
Ne donne pas de vous très-bonne opinion.
Il veut votre bonheur, quand vous voulez lui nuire;
En homme délicat n'est-ce pas se conduire?
LAROCHE
Je ne m'étonne pas qu'il vous ait attendri.
Moi qui suis contre lui si justement aigri,
Je suis presque tenté de le croire sincère;
Mais non, je connais trop à fond son caractère ;
Non , restons ennemis ; près de vous , au surplus ,
Je ferais maintenant des efforts superflus.
Mais quoiqu'au dernier point le fourbe m'embarrasse.
Plutôt mourir de faim que lui devoir ma place.
Adieu. {Il soif/