DORIVAL, FIRMIN
DORIVAL
Ah! vous voilà. J'allais chez vous, mon cher confrère.
FIRMIN
Chez moi !
DORIVAL
Pour vous parler...
FIRMIN
De quoi ?
DORIVAL
D'une misère ; J'avais vraiment besoin de vous voir, cher Firmin; On voulait nous brouiller.
FIRMIN
Nous !
DORIVAL
Le fait est certain :
Soyez franc. Vains efforts, ou du moins je l'espère; Mon amitié pour vous , grâce au ciel , est smcère. Aussi , quand , ce matin , Laroche , en étourdi , M'accusa, Dorival se montra votre ami.
Quoi! Laroche....
DORIVAL
Il m'a fait la plus affreuse scène.
FIRMIN
Il se voit sans état : vous concevez sa peine.
DORIVAL
C'est un ingrat. Après ce que pour lui j'ai fait!
C'était pour vous servir , dit-il , qu'il agissait.
Il vous servait fort mal en cherchant à me nuire.
Vous rendre heureux, voilà tout ce que je désire.
Mais comme je connais bien mieux que lui vos goûts ,
J'avais déjà formé certains projets sur vous.
Je le sais, le fracas des bureaux vous ennuie,
Et de Paris enfin vous n'aimez pas la vie.
Vous serez satisfait de mes arrangements;
Je vous assurerai de bons appointements ;
Ainsi sur votre sort aucune inquiétude.
Cependant vous vivrez dans quelque solitude ;
]Moi , je vous enverrai de l'ouvrage là-bas.
Vous aimez le travail, vous n'en manquerez pas.
Mais comment....
DORIVAL
Ce projet n'est encor qu'en idée; La chose de long-temps ne sera décidée. Heureux qui vit aux champs! Pour ma part, je gémis De me voir par ma place enchaîné dans Paris , Esclave du grand monde , en butte à l'injustice. Aussi d'un bon parent j'ai cru remplir l'office , Tantôt en renvoyant sans délais au pays Un cousin qui voulait s'établir à Paris. Cher cousin! J'ai payé les frais de son voyage; Ne vaut-il pas bien mieux vivre obscur au village Que végéter ici....
FIRMIN
Comme vous, je le croi.
Quel motif, s'il vous plaît , vous conduisait chez moi ?
DORIVAL
Mais des vrais sentiments d'un confrère que j'aime, Avant tout, je voulais m'assurer par moi-même;