ACTE II, SCENE X
DORSIGTfY l'oncle.
Très-plaisant.
CHAMPAGNE
C'est pourtant au fidèle Champagne que vous devez votre bonheur.
DORSIGNY l'oncle.
Comment cela ?
CHAMPAGNE
N'est-ce pas moi qui vous ai donné le conseil de passer pour M. Dorsigny?
DORSIGNY l'oncle, h part.
Oh! le pendard!
CHAMPAGNE
Mais ce qui me paraît incompréhensible , c'est cette étonnante ressemblance avec votre oncle ; je jurerais que c'est à lui que je parle, si je ne le savais à plus de deux cents lieues.
DORSIGNY l'oncle, Cl part.
Mon coquin de neveu fait un bel usage de ma figure.
CHAMPAGNE
Seulement , monsieur , vous avez l'air un peu trop âgé... Votre oncle est à-peu-près de votre âge ; vous vous êtes un peu trop attaché à vous vieillir.
DORSIGNY l'oncle.
Tu crois?
CHAMPAGNE
Oui , monsieur , mais c'est fort peu de chose ; d'ailleurs votre oncle n'est pas là pour qu'on puisse vous comparer à lui : fort heureusement pour nous il n'y est pas ; il nous mettrait dans un cruel embarras s'il revenait.
DORSIGIfY l'oncle.
il est revenu.
CHAMPAGNE
Qu'est-ce que vous dites , monsieur ?
DORSIGNY l'oncle.
Il est revenu.
CHAMPAGNE
O ciel ! et vous restez tranquillement ici ! arrangezvous comme vous pourrez; pour moi , je me sauve.
DORSIGNY l'oncle.
Reste ici , maraud. Ah ! voilà donc de vos inventions , monsieur le fourbe !
Comment, monsieur, est-ce là la récompense!...
DORSIGNY l'oncle.
Reste ici , te dis-je; vraiment, ma femme n'est pas aussi folle que je le croyais , et je laisserais un pareil tour impuni! Non, morbleu! je veux m'en venger dès ce soir. Il n'est pas tard , je cours chez mon notaire ; je l'amène avec moi; cette nuit même, Lormeuil épouse ma fille. Je surprends monsieur mon neveu , et je lui fais signer le contrat de mariage de ma cousine : quant à toi , double fripon
CHAMPAGNE
Moi , monsieur , je signerai le contrat de mariage aussi , si vous voulez ; je danserai même à la noce.
DORSIGNY l'oncle.
Oui , c'est moi qui me charge de te faire danser ; je vois bien clairement que ce n'est pas à la probité de Simon que je dois la quittance des deux mille francs de tantôt. Il est fort heureux pour moi que le bijoutier ait fait banqueroute ; mon coquin de neveu ne se contentait pas de payer ses dettes avec mon argent , il en