ACTE III, SCENE IV
DORSIGNY l'oncle.
Eh bien! monsieur, il faut bien que je parte ave<? vous ; mais c'est malgré moi , je vous jure.
PREMIER GARDE
Ah! monsieur, nous sommes accoutumés à emmener les gens malgré eux.
DORSIGNY l'oncle, à Champagne.
Tu es donc mon valet, coquin?
CHAMPAGNE
Oui, monsieur.
DORSIGNY l'oncle.
Par conséquent je suis ton maître.
CHAMPAGNE
C'est juste.
DORSIGNY l'oncle.
Un valet doit suivre son maître ; viens avec moi à .Strasbourg.
CHAMPAGNE, Cl part.
Diable. {^Haut.) Monsieur....
le postillon.
C'est juste.
CHAMPAGNE
Monsieur, je vais vous affliger.... Vous savez combien je vous suis attaché.... Je vous en donne une assez forte preuve dans ce moment; mais.... vous savez aussi combien j'aime ma femme; elle a paru si joyeuse tantôt de me voir de retour , que j'ai résolu de ne la plus quitter, et devons demander mon congé. Vous savez que vous me devez trois mois de mes gages.
DORSIGNY l'oncle.
Je te dois trois cents coups de canne , malheureux.
PREMIER GARDE
Monsieur, vous ne pouvez pas forcer cet honnête
62 ENCORE DES MENECHMES.
garçon à vous suivre malgré lui à Strasbourg , et si vous lui devez....
DORSIGIVY l'oncle.
Je ne lui dois rien.
PREMIER GARDE
Ce n'est pas une raison pour le payer en coups de canne.
LORMEUIL.
Partez, M. Dorsigny; heureusement je suis libre, j'ai des amis , je cours les faire agir , et cette nuit même je vole sur vos traces,
Moi , je vais donner de l'argent au postillon , pour qu'il nous mène doucement , et que tu puisses promptement nous atteindre. [Au postillon.) Tiens, mon ami, voilà pour boire à ma santé ; mais il faut que tu nous mènes....
le postillon.
Ventre à terre....
DORSIGNY l'oncle.
Eh! non, écoute....
LE POSTILLON
Je vous mènerai comme tantôt ; on eût dit que le diable nous emportait.
DORSIGNY l'oncle.
Que le diable t'emporte toi-même, maudit ivrogne! Quand je te dis....
LE POSTILLON
Vous êtes pressé , je le suis aussi ; c'est tout simple : allons , partons , mon capitaine , partons.
DORSIGNY l'oncle.
J'enrage; mais écoute-moi donc.