SCÈNE V
BELFORT, FRONTIN
FRONTIN
Nous n'avons que ce que nous méritons , monsieur. Pourquoi diable nous avisons-nous de courir quand tout le monde dort ? En bonne foi , ne devriez-vous pas être las de cette vie errante que vous menez depuis deux
ans? Vous n'en avez pas encore vingt-cinq, et il n'y a peut-être pas un petit coin clans l'Europe que vous n'ayez visité.
BELFORT
Ah! moucher Frontin , j'ai de grands projets de réforme. Sais-tu ce que je viens faire en France ? Un de mes amis me mande que tous les jours mon père pleure ma mort, dont il s'accuse d'être l'auteur. Je ne veux plus lui causer de nouveaux chagrins ; j'ai vingt -cinq ans , il est temps de prendre un état. Depuis longtemps mon père exerce la médecine avec honneur à jN^evers , je veux lui succéder. En un mot, je ne reviens que pour me faire médecin.
FRONTIiy.
J'entends : monsieur votre père vous cédera son fonds et se retirera : vivat , monsieur , on nous attend , sans doute.
BELFORT
Eh! non vraiment, je veux leur ménager une surprise agréable. Me voici donc enfin de retour dans mon pays, je n'espérais pRis le revoir; et ma chère Euphémie , comme elle doit être belle à-présent , n'est-ce pas , Frontin ?
FRONTIN
Elle doit être charmante. Cette Euphémie est sans doute une des maîtresses que vous avez laissées dans votre patrie , et que vous vous flattez de retrouver fidèle.
BELFORT
Euphémie, Frontin, est la seule que j'aime. Belfort n'a jamais aimé qu'Euphémie, et Belfort l'aimera toujours.
FRONTIN
Belfort fut souvent infidèle , et Belfort le sera tou-