ACTE I, SCÈNE Y
jours. Il vous sied bien de vous vanter d'être constant ! quand il n'y aurait que cette petite aventure galante qui vous a forcé de vous expatrier.
Bah! folie de jeunesse et rien de plus. J'étais à Paris; la maîtresse d'un homme en place s'avise de me soupçonner un peu de mérite ; il était de mon honneur de lui prouver qu'elle ne se trompait pas. Je fus cruellement puni de cette prétendue bonne fortune , par les trois mois que l'amant titré de la belle , de concert avec mon père, me fît passer au fond d'une prison d'état, où je serais encore peut-être , si l'aimable fille de mon geôlier ne m'eût procuré les moyens de gagner les pays étrangers. Etre enfermé parce qu'on est aimable ! c'est cruel.
FRONT IN
Oh ! cela crie vengeance , monsieur ; mais c'est partout de même ; par-tout le mérite est persécuté. A Madrid , nous sommes obligés de sauter par une fenêtre pour sauver l'honneur d'une femme dont le mari nous attendait au bas de l'escaher. A Rome , je reçois dans ma redingote un coup de poignard qui vous était destiné. En Turquie , j'ai vu le moment où l'on allait empaler le valet, et mettre le maître hors d'état de faire des sottises. A Turin, déguisé en femme-de-chambre, vous avez le malheur de plaire en même temps à la femme comme un joli garçon , et au mari comme une jeune et fraîche soubrette. Je ne sais si vous vous rappelez le coup d'épée qui vous retint six semaines à Berlin ; mais je n'ai pas oublié , moi , ce fameux combat à coups de poing que je fus obligé de soutenir à J^ondres , contre cet honnête artisan avec la femme duquel vous causiez pendant que nous nous battions. Par-tout nous
avons trouvé matière à maudire la méchanceté des hommes.
BELFORT
Et par-tout matière à bénir la bonté des femmes.
FROJVTIiy.
Oh ! cela s'arrangeait à merveille ; monsieur prenait pour lui les caresses des femmes , et me laissait les coups de bâton des hommes.
BELFORT
Que veux-tu , mon cher Frontin , les femmes m'ont perdu. En deux mots voici mon histoire.
AIR
Enfant chéri des dames,
Je fus en tout pays
Fort bien avec les femmes,
Mal avec les maris.
Pour charmer l'ennui de l'absence , A vingt beautés je fais la cour, Laissant aux sots l'ennuyeuse constance.
Je les adore tour-à-tour.
Un nouveau goût s'éveille.
J'entends à mon oreille Le dieu d'amour me répéter tout bas :
Enfant chéri des dames,
Sois dans tous les pays
Fort bien avec les dames.
Mal avec les maris.
Mais le ciel me seconde,
Et veut faire, je croi,
L'ami de tout le monde
D'un homme tel que moi.
Me voici dans la France,
Tout ira pour le mieux,
Car on aime l'aisance
Dans ce climat heureux!....
?ion , il n'est pas de climat plus heureux :